L’âge du temps

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L’avenir incertain m’a fait repousser le moment de faire réparer mon vélo. On s’habitue à l’usage exclusif du frein avant, à ne plus pouvoir passer les vitesses et à haleter au rythme du couinement de la chaine. Faisant corps avec mon vélo, je me croyais usée, éventuellement carencée. Alors c’est donc ça, vieillir : constater que les performances physiques diminuent, que le faux plat et la côte sont les nouveaux Everest, que le corps est un frein aux envies, qu’il peut entraver le mental et même l’influencer négativement. Je déplorais déjà de n’avoir pas été amie bien longtemps avec mon corps.

Parmi les critères les plus importants dans ma recherche d’emploi figurait le fait de pouvoir m’y rendre à vélo. Me convertir au métro quotidien, c’est comme emprunter volontairement le chemin de l’abattoir : c’est renoncer.

C’est le lâchage du frein avant qui m’a fortement incitée à confier mon vélo au réparateur. « C’est grave docteur ? » m’enquis-je avant de lui demander de préciser s’il était docteur en médecine ou vétérinaire. Il réfuta vétérinaire, alors que j’objectais « monture ». Après l’énoncé des soins apportés à mon piètre compagnon, et le montant associé aux réparations, j’ai rigolé que cette remise à neuf allait changer ma vie (je n’en croyais pas un mot).

Ce jour-là, j’ai eu deux fois tort : 1/ ma vie a changé, 2/ le réparateur de vélo est docteur en médecine. J’aborde le versant d’une nouvelle et « pédalante » jeunesse.

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