Le refuge

A chaque fois que je regarde cette peinture, je pense « Quand même elle est ratée. ». Elle est plus ratée encore sur la photo qu’en réalité, parce que la photo aplatit, aplatit aussi ce qui est déjà supposé être plat. Raison pour laquelle il faut aller au musée et rencontrer les personnes ailleurs que sur un écran. J’ai moins d’empathie pour cette photo que pour la toile réelle, sur laquelle on voit un peu de corps, un peu de mouvement, un peu de temps.

Est-ce parce que le pinceau m’ayant glissé des doigts, a tracé cette petite gondole posée sur la table, un fantôme glissant sur un fil de pensée, que j’aime finalement cette peinture ? Pour sa part de hasard, sa trace d’accident, sa volonté propre qu’elle affiche avec indifférence.

Dans ma réserve d’anciennes toiles (qui n’est pas à proprement parler une réserve, elles sont éparpillées chez les uns, chez les autres), il en est que j’aime moins que d’autres, et certaines pas du tout. C’est toujours surprenant de sortir du moche quand on s’efforce de tendre vers un « ressenti qui serait une image ».

Parfois c’est trop, je les tourne contre le mur et je les laisse bouder.

J’aurais pu parler de Venise, mais je ne connais pas.

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