Le sens de l’orientation

Le petit Chaperon rouge

Dimanche, ma mère s’est vantée de n’être jamais intervenue dans les choix scolaires de ses enfants. Je ne suis pas entièrement d’accord avec elle : en classe de 4e, elle m’a imposé le latin alors que je voulais apprendre le russe, au lycée elle a catégoriquement refusé que j’aille en A3 (lettres et arts) et m’a collée en B (sciences économiques, sciences sociales, mathématiques appliquées).

Au bac j’avais quand même choisi de passer l’option arts plastiques et j’ai eu 19/20.

Ce choix que mes parents m’ont imposé m’aura privé d’exceller durant ma scolarité. J’ai été une élève plutôt moyenne, avec quelques fulgurances.

J’admets qu’on oriente les enfants dans n’importe quelle filière quand ils n’expriment aucun désir, mais alors là…

Mon unique critère de sélection pour mes études supérieures aura été : loin de la maison. Inscrite à l’école nationale d’architecture de Paris la Villette, j’ai débarqué gare de l’Est le jour de la rentrée, pris le métro seule pour la première fois, avec mon gros sac pour la semaine et une vague idée de l’endroit où j’allais dormir. Je ressemblais à un pigeon.

L’année a été une suite d’actes manqués, mais j’ai appris deux trois trucs. J’ai notamment acquis un œil au quart de millimètre (ce qui me rend un peu chiante, mais j’assume).

A la rentrée suivante, j’ai commencé à travailler sur un horaire de fin de journée / début de nuit. Il est probable que j’aie sincèrement imaginé poursuivre mes études le jour et travailler le soir. Probable.

J’aimais beaucoup travailler : j’étais utile, mon chef me félicitait, je prenais des initiatives et j’étais encore plus félicitée. Je faisais des horaires incroyables, je venais le week-end, j’étais à fond.

Quand j’ai eu 20 ans, mon père m’a proposé de revenir vivre à Reims pour y faire les Beaux-arts. J’en rêve encore : toute la journée à travailler mon art, aiguiser mon œil, préciser le geste. M’approprier des techniques, échanger avec mes pairs… Parler avec des gens comme moi !!!

Devoir prendre cette décision m’a plongée dans un abîme. Ce qui m’avait poussée à quitter Reims y était encore, mais déployer ma créativité était une perspective qui me remplissait de joie, d’énergie, d’envie, de force. J’ai décliné l’offre.

Travailler, c’était comme danser sur une scène. J’avais commencé ma danse et je n’avais pas envie d’arrêter. J’ai décliné l’offre. Peindre, c’est danser aussi. Sur une autre scène. Je pratique un genre d’intermittence. Ce serait ça, ma vie : une intermittence.

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