Adolescence #1

Adolescence #1

Combien d’adolescences vais-je traverser ? Est-ce la même qui repart en boucle et n’en finit jamais de me façonner ? A moins que j’aie des « poussées d’adolescence » : j’avance sur le chemin tranquille et soudain un caillou dévie ma route. Chute, rechute. Les questions qui remettent tout en question affluent, avec la principale, lancinante, qui ne s’efface jamais complètement : à quoi bon, puisqu’à la fin, tout disparaît ? Pas seulement moi, je veux dire : tout.

La semaine dernière, j’écrivais une lettre pour accompagner le manuscrit que je compte envoyer à quelques éditeurs. Arrivée à la fin de cette lettre, j’arrivais aussi à la conclusion que ça ne servait à rien d’envoyer un texte supplémentaire, sur un marché saturé, où le motif littéraire n’est même plus la question. J’ai refermé mon PC. Je reconnais bien là mon fameux « stop and go » pointé par les différents coachs que j’ai fréquenté ces derniers temps. Ma bicéphalie aigue qui lacère d’un côté et caresse de l’autre. Je créé dans un monde qui crève.

D’autres fois, je peins et je me prends à évaluer l’impact carbone de mon acte. C’est assez sévère : bois des châssis, coton ou lin des toiles, enduit, pigments naturels ou non, liants, poils et bois des pinceaux, savon et eau. Au moins, rien n’atterrit dans une galerie, j’économise le transport… mais je publie ici-même des photos et des textes. J’ai de grandes plongées dans la sobriété : je désinstalle Instagram, coupe toutes les notifications, cesse de publier, me désabonne de tous les courriels. Je dévoue mon temps numérique au travail (à vous tous, donc), je supplie les équipes d’arrêter d’envoyer des méls non essentiels. Je pourrais dégager le numérique de ma vie et remplacer tout ça par des petites figurines modelées en argile rouge. Il est évident que je ne le ferai pas : j’en vis.

Je me pose la question désormais célèbre : mais comment font les autres ? Comment faites-vous pour vivre avec cette dualité permanente ? Vos élans d’énergie coupés par la réalité aride ?

Je formule une hypothèse : on réduit la focale, et on continue ! Ainsi donc ai-je commencé une nouvelle série de peinture sur l’adolescence, tout en poursuivant celle sur la danse. Et j’évite de me demander pourquoi.

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