Parlons culotte

Partout ailleurs, il est question de nourriture (comment se nourrir durant le confinement, composer ses menus, cuisiner rapidement, mijoter longuement), et d’alcool (à partir de combien de verres sort-on du raisonnable, sachant qu’on ne prendra pas le volant et que le réveil ne sonnera pas) ; ici et aujourd’hui, la culotte sera le sujet de fond.

Lorsque je compose ma tenue, je choisis d’abord les souliers que je vais porter, mais je commence toujours par enfiler une culotte. En confinement, je ne porte pas de souliers. J’enfile une paire de baskets pour aller faire les courses, et tout le monde le sait : les baskets ne sont pas de souliers, quel que soit leur prix et même si Louboutin en fait.

La culotte est un fondamental de la garde-robe, bien cachée et de préférence indécelable (et me revient à la mémoire l’image de cette cycliste dont le string s’agitait au-dessus du pantalon… Non non non), elle est un confort et un réconfort dans certaines situations. En cette période de confinement, si j’ai cessé les souliers, j’ai aussi cessé les « tenues », mais pas la culotte. Certains matins, j’en porterais bien deux.

S’il existe en France un Musée de la culotte où on peut observer l’évolution de ce vêtement selon les époques, le milieu social, la région, le métier et l’âge ; j’aimerais bien le visiter. En attendant, mon musée personnel ne cerne qu’une catégorie dans une seule époque : la mienne. La salle des archives est au milieu de l’exposition temporaire, et les trésors sont rares. Je mène parfois quelques travaux de restauration et d’autres fois des travaux de recherche pour enrichir certaines collections (frous-frous, par exemple, comporte plusieurs pièces).

Je ne passe pas non plus ma vie dans mon tiroir à culottes (j’ai un cerveau), et si tout se passe bien, je n’y pense pas toute la journée, mais lorsqu’on se croise, ma culotte et moi, aux toilettes, je lui fais un petit sourire si elle est rigolote et un soupir si elle est fatiguée.

Bonne journée mes petites culottes et bonne journée chez lecteurs (et lavez-vous les coudes ! ).

De grandes échéances

Lorsque la classe était libérée pour la récréation, nous formions un grand mouvement de cris vers la porte et lâchés dans la cour, nous nous éparpillions aux quatre vents. S’il pleuvait, nous nous serrions le long du mur, contrariés et déçus. Lorsque l’ancienne maîtresse a été remplacée par une jeune plus stricte et qu’il fallut se tenir en rang et sortir sans crier, tous les jours sont devenus des jours de pluie. Certains ont le talent de gâcher la joie. Ceux-là, il faudrait leur interdire les salles de classe, les jardins et les entreprises. Qui a dit que les sinistres sauveraient le monde ?

Le 11 mai ne sonnera pas le début de la récré, que les choses soient claires. On va y aller mollo, par étape, selon des règles claires, mais avec le sourire. Disciplinés et détendus. Sérieux et hilares. Vous voyez le style ?

Bonne journée les confinés et lavez-vous les coudes !

Univers univers

Comment faisait-on avant l’invention du casque ? Avec mon frère, nous avions un mange-disque Davy Crockett, Davy Crockett, l’homme qui n’a jamais peur y tournait en boucle Il était né-hé dans le Tennessee… Ensuite j’ai eu un électrophone, l’enceinte en plastique rouge servait de capot. J’écoutais Michel Berger, puis Indochine, Elli Medeiros, Partenaire Particulier et d’autres pépites des années 80. Mais pas des tonnes non plus, parce que les disques coûtaient cher. Alors on se les prêtait et quand on faisait des boums, chacun apportait sa pile. Tous les disques portaient le nom de leur propriétaire. Il fallait voir nos expressions d’endeuillés lorsque le disque était rayé. Une tragédie.

Je me souviens être allée chez une fille qui avait quatre mètres en linéaire de 45 tours, alors que je n’ai jamais dépassé les cinquante centimètres. Parents très aisés, goût éclectique, nous ne sommes jamais devenues amies, la différence entre nous était trop vaste et je ne me rappelle plus son nom.

Avec le mange-disque qu’il fallait se partager, les disputes étaient fréquentes. Candy Candy exaspérait mon frère, dès qu’il entendait ses petits sanglots, il réclamait son tour (soyons honnête, Candy avait très peu de rapport avec sa revendication… Le droit d’usage était l’enjeu). A l’époque, il était impossible de cacher ce qu’on écoutait, il déboulait dès les premières notes et faisait valoir son autorité.

L’acoustique de l’électrophone combiné à mon appétit pour la répétition, induit par le manque d’envergure de ma discothèque, venaient à bout de la patience parentale (pas bien épaisse, il est vrai). Je me faisais engueuler tout le temps, ce qui est le lot de l’adolescente dont la chambre jouxte celle des parents. Ah que n’ai-je eu un casque à l’époque !

Le Walkman est arrivé. Chouette nouvelle, éternel dilemme que posait le choix du support (cassette ou vinyle ?) lorsque sortait un tube. Ensuite on a fait des copies, des compils, des copies de compils et c’était la fête. On pouvait demander à les passer dans l’auto-radio parental ; la demande était rarement acceptée, au motif que le son était de mauvaise qualité (la qualité, un argument d’adulte) ; mais comme l’auto-radio flinguait les cassettes, ce qui était une tragédie, on a fini par regarder ailleurs, grandir et acquérir l’autonomie du transport.

Écouter de la musique ensemble, en famille ? Ça nous arrive quand on prend l’apéro : moment festif. En dehors de ces moments, chacun écoute ce qu’il aime, quelle qu’en soit la qualité. 

Hier, les voisins d’en face écoutaient The Wall (l’album complet) des Pink Floyd, fenêtres grandes ouvertes, en communion avec leur jeunesse. Je les crois vraiment au bout de leur vie…

Bon dimanche mes petits coquelicots et lavez-vous les coudes !

Femme d’intérieur

En temps normal, je me force toujours un peu à sortir de la maison. C’est une vaine occupation que de passer du temps à l’extérieur quand il y a tant à faire à l’intérieur.

Les murs de mon appartement circonscrivent ce que j’aime le plus au monde. Et ils n’en font pas partie, c’est à dire que ce pourrait être un autre appartement, une autre maison, une autre chambre pourvu qu’elle soit mienne. Cet aspect de moi n’est pas passé avec l’âge, tout comme il n’est pas venu avec lui. Rester dans ma chambre, ne pas aller à l’école, garder le silence, bricoler mes bricoles est tout ce que j’aurais souhaité, enfant.

Quelle espèce d’adulte serais-je alors devenue ? J’aurais placé au coeur de mon quotidien tout ce qui s’en situe à la périphérie. J’aurais goûté le monde à dose homéopathique et sa saveur en aurait été plus prégnante, j’aurais emporté un fragment de son bruit qui détaché du brouhaha aurait révélé une histoire. Et j’aurais joué longtemps avec cette saveur et cette histoire, je les aurais multipliées.

On peut toujours se prendre à rêver. Contactés pour l’évoquer, les proches de Christophe ont dit qu’il avait vécu confiné toute sa vie. Comment faire autrement, si on veut créer ?

Bon week-end ensoleillé les amis , et lavez-vous les coudes !

No pain no gain (Dieu)

Hier j’ai fanfaronné sur le sujet d’aujourd’hui : je vais parler de Dieu. J’ai écourté ma séance de yoga de quinze minutes pour avoir le temps de réfléchir, tout en sachant que ça ne serait pas suffisant.

Sans rire, vous me voyez parler de Dieu ? Lequel d’abord, sous quel prisme ensuite et avec quel axe enfin ? Dieu c’est un peu comme l’humour : on aimerait qu’il soit universel, mais c’est ce qu’il y a de moins bien partagé (j’ai l’impression de paraphraser un comique quelconque).

Lisez Victor Hugo, ça sera mieux. Ou relisez-le, ça occupe. Ou lisez Bobin, c’est bien.

« Ils ont fait de toi une image, ils ont fait de toi une idole, ils ont fait de toi une Eglise. Moi je fais de toi un coquelicot, l’étendard minuscule de l’éternel, le fleurissement par surprise. » (Le Christ aux coquelicots – Christian Bobin – Editions Lettres vives – 2002).

C’est joli, n’est-ce pas. Bobin est un rebelle. Quand il écrit sur Dieu, il partage une vision « God next door », comme disent les américains à propos de la femme réelle (par opposition à l’actrice inaccessible, si j’écris « simple », « accessible », « naturelle » pour qualifier la Girl next door, on change de registre, on tombe dans « La femme d’à côté »). Le Dieu à portée de main, ça me laisse rêveuse. Quel veinard ce Bobin.

Que dire du titre de cet article ? C’est un titre provisoire que je vais laisser. Il est en anglais, mais prononcé à la française, avec le prisme de Dieu, il prend un sens particulier. Qu’est-ce qu’un titre ? Dirait Juliette, ça n’est ni le pied, ni la main, etc. Si La Bible s’était appelée La Boble, son succès n’aurait pas été démenti.

Vous comprendrez que je ne dise rien du sujet de demain.

Bonne journée mes coquelicots et lavez-vous les coudes !

Esprit mantra

Esprit mantra, es-tu là ? Eh non. Dommage, je suis persuadée du bénéfice du mantra sur l’esprit. Les mots répétés résonnent et bercent le corps et la tête dont les pensées sans cesse courent dans tous les sens, ou se fixent parfois sur une seule phrase, négative de préférence, venue de nulle part (ou de la radio restée allumée dans un coin de la pièce). J’aimerais bien essayer, mais je n’aimerais pas réveiller toute la maison avec mes incantations.

Intérioriser le mantra et couper le son n’étant pas une solution, je renonce temporairement et le place dans ma Caisse de retraite.

Vous n’avez pas de Caisse de retraite ? C’est là qu’il faut ranger tout ce que vous ne pouvez pas faire dans votre vie actuelle, mais qui deviendra possible lorsque vous en aurez terminé avec ce satané boulot. Certaines intentions ne peuvent pas être placées dans votre Caisse de retraite : sauter en parachute, devenir chirurgien, participer à une compétition de poney… Ce qui concerne les sports extrêmes, ça n’est pas possible. Il faut le faire avant.

Je ne médite pas non plus. Pourtant je ne risque pas de réveiller grand monde, même en y allant à fond. Tout le monde médite, de nos jours. Tout le monde « s’ancre », parce que le monde bascule.

Il faut se tenir au pinceau tandis que l’échelle disparaît. Il n’y a pas d’autre solution.

Demain, je vous parlerai de Dieu dans tout ça.

Bonne journée mes petits confinés et lavez-vous les coudes !

Sommeil sommeil

Laissez entrer le sommeil, Le sommeil donne la même couleur aux gens, sommeil d’été, Seul le sommeil surplombe tout, La nuit je dors… Vous connaissez la chanson, je ne vais pas vous faire un dessin : j’overdose de sommeil. Je ne sais plus comment avoir autre chose que la flemme.

Vacances obligent (je poursuis mon mi-temps vacances) je fais une sieste après le déjeuner, avec cette impression d’être changée en enclume, et de m’enfoncer aussi profondément dans le sommeil que dans le matelas, avec un engourdissement instantané de tout le corps. Un délice. Je dois dormir vingt minutes, pas plus. Ensuite je me lève pour « faire un truc », mais je pense n’avoir fait aucun truc depuis le début des vacances.

Le soir, je me couche à 22h30 maximum et je dors toute la nuit. Si j’atteins mon lit plus tôt, je lis. Avant la sieste aussi, je lis. Mais je m’endors presque instantanément. C’est assez frustrant, je n’ose pas prendre le livre à un autre moment de la journée, de peur de m’endormir !

Quelle ne fut pas ma joie, ce matin, d’ouvrir les yeux à 5h20 ! Aurais-je comblé mon déficit, rattrapé mon retard, touché le fond ? Vais-je remonter à la surface de ma vie et m’éclater en dansant toute la journée sur de la musique rock ? Vais-je saisir toutes les opportunités que m’offre la vie : nettoyer les carreaux, ôter les tâches de la moquette, laver le linge délicat à la main, repriser mes pulls tous déchirés au coude (le gauche), dépoussiérer les plinthes et les plaintes, lessiver les étagères de la cuisine, nettoyer chaque bocal, chaque ampoule, chaque tuyau ?

Vous le saurez dans le prochain épisode.

Bonne journée les éveillés et lavez-vous les coudes !

Ô pression

Hier l’été s’est arrêté et le Président a annoncé qu’on n’irait pas boire de bière pression avant juillet. Il l’a dit avec ses mots à lui, mais j’ai bien reçu le message. La dame sur la droite l’a dit avec ses gestes à elle, et j’ai bien reçu son message également. Le type qui transcrit ce que dit le Président l’a dit avec ses lettres et quand il a tapé « foutu » à la place de « futur », j’ai continué à recevoir le message.

Les températures ont chuté brutalement, elles ont bien reçu le message. Restez chez vous, buvez de la bière bouteille, artisanale de préférence, bio si possible, pas trop alcoolisée, sans sucre ajouté (bon sang, vous allez tout savoir de moi).

J’ai remis le chauffage (je vous ai dit que l’appartement est au nord ?), j’ai fait mon yoga sans broncher, je n’ai même pas pesté en tendant la main vers la jatte (j’adore le mot jatte) de pâte à pain qui n’était pas là, vu que j’ai oublié de faire le pain hier. Je me suis dit, tant pis. C’est moins grave que bien des choses. Tout est moins grave que bien des choses en ce moment. Je suis pépouse sur le canapé, j’ai les pieds au chaud et je m’apprête à prendre mon petit-déjeuner. Le ciel est bleu. C’est bien.

Bonne journée les bien-heureux et lavez-vous les coudes !

Télécran

J’avais un Télécran lorsque j’étais enfant. Je pouvais passer des heures à dessiner, à essayer d’en comprendre la magie. Le plus grand défi consistait à tracer des cercles. Une fois l’oeuvre accomplie (ou ratée), secouer le Télécran faisait disparaître l’image. Un jeu vain, donc, dont l’équation magique s’est résolue lorsque mon pied est passé au travers de l’écran, révélant une épaisse crème dorée (probablement toxique sur le modèle d’origine).

Lorsque j’ai remis la main sur un Télécran, trente ans plus tard, je n’y ai pas passé des heures. J’ignore si ma perception du temps a changé (tout s’est accéléré) ou si le jeu m’ennuie. La réponse est probablement : la somme des deux.

L’écran qui crame mon temps en ce moment est celui de la tablette où je regarde des séries. Bones, 12 saisons,246 épisodes de 46 minutes. J’en ai regardé 29, ça avance bien. Les histoires d’amour bourgeonnent tranquillou. On apprend la patience en révisant son vocabulaire (heureusement, je regarde en VO) anglais. Avec un peu de chance, j’aurais le temps visionner tous les épisodes avant la fin du confinement.

Il est important de se fixer des objectifs, et un cadre, nous a-t-on dit, pour réussir son confinement. Voilà qui est fait.

Bon lundi chômé mes amis, et lavez-vous les coudes.

Voisin voisine

Si vous avez la chance de fraterniser avec vos voisins à 20h tapantes, vous remarquez peut-être leur authenticité.

Le rebord de la fenêtre prolonge agréablement leur appartement et devient le dehors de leur intérieur. Ils s’exposent aux regards tels qu’ils sont vraiment, à chaud. Mes voisins ont eu chaud hier. Plein soleil toute journée, c’est l’atout passéiste des appartements orientés sud. Ce sont de nouveaux voisins, ils ont aménagé début mars. On ne se connaît pas vraiment, leurs rideaux sont curieux. Les précédents voisins avaient un chien, un fabuleux vieux batard qui sortait ses maîtres dans les rues du quartier, l’air de penser qu’il compatissait avec eux. Ceux d’avant avaient un chat.

Ceux-là ont chaud. Lui, une petite bedaine rassurante pour la femme ultra stressée qu’elle semble être. Parfois on entend des tensions dans sa voix, et un agacement prononcé. Elle s’isole sur le bord de la fenêtre, avec son téléphone et une cigarette. Hier ils se parlaient, lui en short et sans t-shirt fumait à la cool. Elle était pleinement vêtue de nippe sans intérêt, ou alors un interêt subtil qu’on perçoit de très près.

Nous en face, orientés nord, portant pull et chaussettes, faisant mine de ne pas trop les regarder pour qu’ils conservent leur intimité ; et nous demandant si nous sommes prêts à assister à ce spectacle durant tout l’été.

Bon dimanche lumineux et lavez-vous les coudes.