J’ai fait du vélo !

Hier, je suis allée au bureau. Trente minutes de vélo à l’allée, trente minutes au retour, en comptant les escaliers. C’était comme y aller un 15 août, sauf que ça ne me viendrait pas à l’idée. Il faisait beau comme un 15 août, les magasins étaient fermés comme un 15 août, il y avait trois voitures et quelques piétons désoeuvrés comme un 15 août. Au bureau, ils étaient deux. Et l’un deux m’a dit (non sans une certaine ironie), c’est super, quand on sortira du confinement, on pourra attaquer le plan canicule. Merci Patrick !

L’idée m’avait déjà caressée, sans que j’y prenne trop de plaisir… il en sera ainsi tous les ans : pandémie, canicule, inondation. On aura des plans pour tout et on s’y pliera gentiment, rassurés de pouvoir « gérer le truc ». J’ai oublié les grèves. Et les gilets jaunes. Finalement on oublie vite.

Je digresse, je digresse, mais le pire dans tout ça, c’est que j’étais claquée hier soir ! J’ai failli m’endormir devant Pirates des Caraïbes dont je me suis aperçue avec joie que je ne m’en souvenais pas. La seule chose dont je me souvenais c’est la blancheur étincelante des dents de Keira Knightley. A l’époque, je ne l’avais pas trouvée crédible, aujourd’hui, je m’en fous. Je n’ai pas même eu une pensée pour le joli couple que formèrent Vanessa et Johnny au temps de ma jeunesse. Je me demande si je ne suis pas en train de me foutre de tout.

Après je suis allée me coucher et j’ai cauchemardé qu’on venait me réveiller. J’ai crié, et ça m’a réveillée. Non mais franchement. Il faut que je vire le scénariste, ma vie manque de peps.

Demain, c’est chasse aux oeufs de lapin dans le salon ! Je vous raconterai (mais non, rassurez-vous).

Bonne journée mes pâquerettes et lavez-vous les coudes.

Elle téléphone

« Je n’ai plus de pelloche. » Vous souvenez-vous de cette phrase, vous les plus de 20 ans ? Phrase remplacée par le poétique « Je n’ai plus de batterie. » qui signifie tellement plus que l’absence de photo. A plat je suis, lorsque je n’ai plus de batterie. Mais lorsque mon téléphone n’en a plus, je n’ai plus : 1/ de téléphone 2/ d’agenda 3/ de répertoire téléphonique (combien de numéros de téléphone connaissez-vous par coeur ?) 4/ de plan de ville/métro/bus (on s’en fout, on est confinés) 5/ de géo-localisation (on s’en fout, on est confinés) 6/ de météo (on s’en fout, on est confinés) 7/ de quantité de pas et de poids (on s’en fout, on est confinés) 8/ de nouvelles du monde (on pourrait s’en foutre) 9/ de musique (aïe) 10/ de podcasts (re-aïe).

Avec un petit coup de jus, la batterie se recharge et toutes les angoisses s’envolent. Comment faisait-on, avant le téléphone portable, pour dissiper nos angoisses ? Certains avaient un chat de race, d’autres une chaine hi-fi dont le son était très pur, d’autres encore un appareil photo aussi cher qu’une voiture et tous avaient le téléphone à cadran gris, kaki ou crème qu’on trouvait aux PTT. D’ailleurs il y avait un ministère des PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones), jusqu’en 1991 (oui, j’étais déjà née).

Tout ça pour vous dire que j’arrête les polaroids. C’est mignon, ça fait des dessins bien carrés… Mais vous savez ce que c’est : la couleur ne tient pas et c’est plein de produits chimiques.

Demain, je vous raconterai un truc de dingue.

Bonne journée les connectés et lavez-vous les coudes !

Shame on lists

Les listes. Je vais écrire au sujet des listes. Tout le monde aime les listes. Il y a une dizaine d’années, la chanteuse Rose faisait la liste de toutes les choses qu’elle voulait « faire avec lui », gros succès commercial. Rose a ensuite basculé du côté sombre du succès (alcool, drogue, sorties en boîte) avant de faire un retour sur le devant de la scène médiatique (dont personne ne parle). Je ne suis pas du tout en train d’évoquer les listes. Mais le truc avec Rose, c’est qu’elle avait écrit cette chanson pour reconquérir son mec qui l’avait plaquée au motif qu’elle n’était pas assez (me souviens plus pas assez quoi, mais pas assez c’est la panacée). Succès : le mec revient. Jaloux de son succès il lui pourrit la vie et la voilà qui sombre. Je me souviens avoir lu une interview de Rose. Mais pourquoi ai-je retenu cette histoire et pas le PIB de l’Allemagne ? Notre mémoire ne serait-elle qu’une ennemie ? (Enfin la mienne)

Souvent, mes listes sont constituées de tâches à accomplir ou de denrées à acquérir. Je ne fais pas de liste « à être ». Je ne fais pas la liste des fleurs et des cailloux de ma journée (fleur pour le positif et caillou pour le négatif, vous l’aurez compris). Je ne fais pas la liste des choses qui me mettent en colère. J’ai essayé, mais il n’y avait que deux items, il me semble qu’une liste doit comporter trois items au minimum pour être prise au sérieux. Je ne fais pas la liste des pays dans lesquels j’aimerais aller, parce que je n’ai pas envie d’aller ailleurs, je suis très bien ici. J’ai déjà fait des listes de choses que je ferai « après ». Ce genre de liste est pour les périodes sombres. Je ne fais pas de liste de mariage, mais il m’arrive d’établir la liste des invités.

Là, je pourrais faire la liste des activités à mener après le confinement. On pourrait ensuite comparer nos listes dans une grande chaîne de solidarité et élaborer des statistiques (60 % iront boire une bière pression, 10 % iront dans un parc et 80 % voir des amis ou la famille). A partir de ces statistiques, il faudra construire le plan de déconfinement. On laisse les 10 % aller au parc, mais on segmente par tranche d’âge les buveurs de bière. Et puisque 100 % vont retourner à l’école, je propose qu’on annule la rentrée. Reprise en septembre.

Vous votez pour moi ? Bonne journée mes chers concitoyens et lavez-vous les coudes.

Couler de source

Ce dessin n’illustre pas l’expression « se mettre le doigt dans l’oeil », qui signifie avoir tout faux. C’est un autoportrait de la fille qui dépose sa lentille (rigide, perméable à l’oxygène) dans son oeil. Cette opération n’est pas douloureuse, elle est quasi quotidienne lorsque tout coule de source.

Couler de source signifie aller de soi. J’ai tort de penser que certaines choses coulent de source, alors que je sais pertinemment qu’elles dépendent d’autres que moi. On ne peut pas préjuger du pouvoir des autres, de leur capacité ou de leur désir à répondre au vôtre.

Se procurer de la farine coulait de source, se saisir d’une demi-douzaine d’oeufs coulait de source, pousser la porte d’un lunetiste pour acheter du produit pour lentilles rigides perméables à l’oxygène coulait de source (bien que bien que… Le fait de ne pas trouver de produit pour lentilles dans une pharmacie m’avait toujours un peu agacée. Que dire maintenant ?) En ce moment, rien de tout ça ne coule de source.

Ce qui semble évident ne peut l’être invariablement, et c’est quand même bon de l’expérimenter.

Bonne journée les explorateurs, et lavez-vous les coudes !

Jouer aux vacances

« On dirait qu’on serait en vacances ». J’ai choisi une formule à mi-temps : je travaille le matin. L’après-midi, je joue avec mon fils. Et je suis drôlement contente d’être sa mère, parce que c’est moi qui lui ai appris à jouer « aux jeux de société ». Notre société étant excessivement réduite, la façon dont nous jouons est probablement illisible pour les autres.

Je n’aime pas jouer. Ceux qui jouent avec sérieux me donnent envie de quitter la table. Quel est l’intérêt de jouer « sérieusement » ? Ne serait-ce pas antinomique ? Autant dire que les « serious game » qui fleurissent dans le monde de la cohésion d’équipe me donnent envie de me casser la jambe ou filer ma démission. C’est une réaction violente, j’en conviens, qui cache probablement la terreur d’y prendre plaisir (dois-je consulter ?).

Donc, nous jouons, avec des règles adaptées à notre besoin de faire n’importe quoi. Des règles floues, implicites et mouvantes. Parfois c’est la suppression des règles qui permet de se focaliser sur l’intérêt du jeu (trouver un maximum d’images dans Lynx est plus intéressant qu’éliminer le plus lent). Inventer une nouvelle couleur au Uno et prolonger la partie jusqu’à épuisement de la pioche est plus amusant qu’être le premier à liquider son jeu. Je m’autoanalyse au passage : n’aurais-je pas un problème avec la performance ?

Notre ludothèque est mince (puisque je n’aime pas jouer, j’évite d’acheter des jeux, je reste cohérente), on tourne avec quatre : les deux déjà cités, Logic Ville et un Memory (le Pimemento, pour les connaisseurs).

Donc la réponse est non : je n’ai pas verni mes ongles de pieds.

Bonne journée les printaniers et lavez-vous les coudes !

Miam miam

Hélène Darroze, cheffe étoilée et mère de famille, n’a pas les mêmes problèmes que moi, c’est certain. Lorsqu’elle pose sur la table un chef-oeuvre odorant, nappé de graisse de canard (madame est originaire du Sud-Ouest), tout le monde est déjà là depuis dix bonnes minutes, babines retroussées, peinant à contenir ses grognements d’envie. L’instinct animal ressort. Les mains sont crispées sur les couverts, le pied tremble un peu… Ah comme ça doit être palpitant un déjeuner familial chez Darroze !

Plus palpitant qu’ici où personne ne se précipite jamais pour manger… Car l’enfant aime le gras, le sucre et la viande, mais il n’aime pas les légumes ; l’homme aime le gras, le sucre et la viande, et tolère les légumes. Je me situe à l’exact opposé… Et c’est moi qui cuisine. Suis-je une femme ?

Non, car la femme ne se caractérise pas en opposition à l’homme. Mais sinon oui (la preuve, c’est moi qui cuisine), et bien des indices le prouvent.

Un ancien collège m’expliquait autrefois que la plupart du temps, ce qu’on mange est mauvais. Son idéal était de gober une pilule plutôt que d’avaler une louche de nourriture insignifiante. Je lui donne raison. Vous avez lu Un jeûneur de Kafka ? Lorsqu’il explique « je n’ai pas su trouver l’aliment qui me plaise. Si je l’avais trouvé, crois-moi, je n’aurais pas fait d’histoire et je me serais gavé comme toi et comme tout le monde. »

(Peut-on encore parler après Kafka ? )

Bonne journée les amis et lavez-vous les coudes !

Quoi de neuf ?

Salutations dominicales mes amis !

Je n’allais tout de même pas vous laisser seuls un dimanche soir… Là où sévissent le pique de déprime et l’angoisse, l’envie de s’éteindre à petit feu, la lassitude des lundis toujours recommencés.

Il vous manque, votre dimanche d’avant confinement ? Quand les actions de la semaine commençaient à mouliner dans votre tête, qu’il fallait se poser la question du costume à endosser, du dossier à pitcher, de la conversation pénible à préparer, de la réunion inutile à se fader ?

Ce moment crucial, entre 18h et 19h où vous songez que ça y est, c’est la fin du week-end… Demain vous ferez entrer votre cerveau dans cette boîte trop étroite et céder votre « liberté » en échange d’un salaire qui vous affranchit. A quand remonte la dernière fois où c’était bien, où c’était bon ? Où c’était juste ?

J’espère vous avoir bien remonté le moral. Demain je vous parle marmite : en France on ne pense qu’à manger, c’est bien connu.

Profitez de ce beau soleil derrière la fenêtre. Bonne soirée les confinés et lavez-vous les coudes !

Nouvelles règles du foot

Vous ignorez ma passion pour le foot ? Moi aussi. Là par exemple, je n’irais pas regarder une rediffusion d’un match vintage, même si Platini joue, même si je suis nostalgique de mon enfance (pitié, grand Dieu non !). Dans cette enfance, je croyais que Panini et Platini étaient dans le même groupe verbal. Voyez le niveau.

Sous la menace (coupe du Monde, Euro), je peux regarder un match, pour me sentir appartenir au groupe. L’exclusion, ça va bien cinq minutes, comme dirait Mbappé. Sur le sujet de l’appartenance, il me semble que le confinement est plus efficace (le PSG a d’ailleurs gagné un match à huis clos) que la grand messe du foot.

Et je voulais vous dire que la façon de compter les points lors d’un match est hyper clivante. Seuls les buts marqués sont comptabilisés, ce qui dénigre totalement le boulot du gardien. Souvenez-vous de la prestation incroyable de Rui Patrício lors de l’Euro 2016. Ce type a arrêté je ne sais pas combien de tirs avec une grâce incroyable. Et rien. Pas un point supplémentaire. C’est à vous dégoûter de bosser

Ma proposition est la suivante : tous les tirs sont comptés et pondérés selon le résultat. Une équipe pourra gagner un match sans avoir marqué un but : le gardien de l’équipe B arrête dix tirs, l’équipe A marque un but. L’équipe B remporte le match.

Avantages : le métier d’abitre va évoluer et s’enrichir de nouvelles compétences. Les enfants vont progresser en maths, on va arrêter cette hystérie autour des buts et rationnaliser tout ce bazar.

Vous votez pour moi ?

Bon week-end les sportifs, restez chez vous et lavez-vous les coudes !

Routine chérie

Comme j’aime ma petite routine de confinement ! J’aime la routine en général, elle rythme mes journées et ritualise mes semaines. Mais là, c’est le bonheur (si je pouvais remplacer le travail par la peinture, je volerais).

Je commence par me lever (on en est tous là, je suppose), à 6h. J’enfourne le pain qui a bien travaillé pendant la nuit, je bois du vinaigre de cidre dans un verre d’eau tiède et mange une cuillère de miel avec une goutte d’huile essentielle (citron, niaouli ou santal, selon mon humeur). Et je commence ma séance de yoga. Cette partie-là ne change pas. Le confinement me permet d’allonger ma séance de yoga (et mes jambes, j’en suis persuadée – l’espoir fait vivre). Il est 7h15.

Je roule mon tapis, sors le pain du four, mange un fruit et une demi-banane (la banane n’est pas un fruit mais une source de potassium) et j’allume mon petit téléphone pour écrire ici. J’écris sur mon téléphone parce que ça me pèse d’allumer mon ordi.

Sans confinement, je serais déjà sortie de la salle de bain et j’aurais fini de préparer le petit-déjeuner. J’aurais réveillé mon fils, nous aurions pris notre petit-déjeuner ensemble et nous serions allés au collège après nous être habillés en quatrième vitesse.

J’aurais pédalé jusqu’au bureau (ô joie, même les jours de pluie) pour allumer mon ordi vers 8h40. Fin de ma journée.

Bah non, pas fin… Plutôt « fin de ma vie personnelle », qui reprend en début de soirée.

Là, je retrouve ma vie personnelle à midi et à l’heure du goûter ; et parfois entre deux portes. On rigole un peu ou on boude, ça dépend et puis je retourne tapoter sur mon clavier, jusqu’à la fin de l’après-midi.

Je m’étais dit que le jour où je raconterai ma routine, j’aurai vraiment râcle le fond de mon inspiration… On y est les gars. Je me demande ce que je vais vous servir demain.

Bonne journée les amis, la bise aux malades (qui vont arrêter de l’être) et lavez-vous les coudes !

Force du proverbe

La météo prévoit un dimanche ensoleillé et une température de vingt degrés. Méfiance ! Si le proverbe énonce « En avril ne te découvre pas d’un fil », il y a une raison. Le ciel est clément, mais il y a un piège… Il faut rester bien au chaud dans son logis, car « mars martelle, avril coutelle ». Nous sommes prévenus !

Ça fait froid dans le dos, non ? Les proverbes à la lumière de nos jours ont une signification différente, mais tout aussi pertinente. Ils devaient bien s’ennuyer au coin du feu, nos ancêtres, pour inventer tout ça ! Pas de télé, pas de wifi, à peine la lueur d’une flamme pour éclairer son ouvrage, et aucun moyen de partager #maviesauvage #viederêve #slowlife sur les réseaux sociaux. Sympa l’hiver ! J’ai oublié de vous dire : il pleut tous les jours depuis un mois et on n’a pas encore inventé le caoutchouc.

Pour être en empathie avec nos ancêtres, j’ai arrêté d’écouter les infos. Le soir au dîner, je demande à l’Homme de me donner les nouvelles du jour. A-t-elle regressé ? La date de la libération est-elle annoncée ? Où en sont nos alliés ? Combien de décès, de malades ? Reste-t-il du vin et pour combien de temps ?

Si on a le temps, notre conversation dévie sur la fiabilité des chiffres et les personnalités connues (les peoples) atteintes. Entre deux bouchées de pain.

Sommes-nous utiles, toute la journée, derrière notre écran de télétravailleur ? J’en doute un peu : tout dépend de l’histoire qu’on se raconte.

Bonne journée les confinés, la bise aux malades et lavez-vous les coudes !