32 mars

Joyeux 1er avril ! C’est le jour où on rit de la blague à déflagration lente qu’était le « Bonne année 2020 ». A l’époque nous étions principalement obnubilés par les grèves et les potentielles pénuries qu’elles allaient engendrer. C’est maintenant qu’on en rit ! On disait aussi qu’elles seraient catastrophiques pour l’économie du pays. Re-barre de rire. Mais qu’elles allaient sans doute nous permettre de revoir notre façon de nous déplacer et de travailler. Re-re-barre de rire. « Edouard mon cher, repassez-moi un peu de grève, j’en ai marre du Covid-19. »

Et encore, le 19 ça n’était rien comparé au 20, dira-t-on l’année prochaine au bord de l’hilarité.

Ce sont les épreuves, vécues communément qui soudent un peuple. Chic. Nous allons enfin fraterniser. Mais ce que « découvrent » en ce moment les journalistes, c’est l’addiction de tout un peuple à la picolette. Certains spécialistes sont catastrophés, nous alertent sur le danger qui consiste à reporter nos frustrations sur la bouteille. C’est mal. J’attends l’étude qui démontrera qu’un verre de vin chaque jour immunise contre le virus.

Bonne journée mes confinés. Grosse bise de loin aux malades… Et lavez-vous les coudes !

Chiffon !

Dans les guides de bien-vivre le confinement et mieux travailler chez soi qui fleurissent sur Internet, on peut lire qu’il faut s’habiller tous les jours (on ne va pas rester à poil, certes) et enfiler ses chaussures. Si vous êtes un homme (un vrai), vous vous serez rasé, dans le cas contraire, une pointe de votre maquillage habituel ou un petit bijou vous procurera de l’énergie positive.

Tu parles, Charles. Le soulier de ville sur mon champ de moquette, c’est hors de question ! La petite jupe qui tombe bien pour rester assise sur ma chaise ou éplucher les patates, c’est hors de question !

A la maison, je m’habille en vêtements de maison, un point c’est tout. Des vêtements d’appartement, pour être précise. Si je vivais dans une maison, j’aurais d’autres vêtements, je ferais de plus amples mouvements et probablement du bricolage. J’aurais des problèmes de toiture et de jardinage, des dilemmes de ravalement de façade, des soucis d’isolation. Je serais préoccupée et je me languirais du temps où je n’avais qu’un petit appartement. Donc je profite de mon appartement, avec mes jeans usés et mes pulls troués, mes sabots Birkenstock aux pieds.

Fais-je la poussière ? Oui. Surtout au téléphone. Il est important que le corps se mette en mouvement pour que l’esprit fonctionne. Travaillez la motricité de vos membres, vous travaillerez celle de vos neurones. C’est mon conseil pour bien travailler confiné.

Bonne journée les mouvementés, et lavez-vous les coudes !

Youpi c’est lundi

Était-il vraiment nécessaire, ce changement d’heure ? Le soleil ne s’est pas levé pendant ma séance de yoga. Je me suis dit « ça y est, lui aussi il me fait la gueule » et puis j’ai réalisé qu’on avait simplement changé d’heure. Qu’un truc aussi dingue que le changement d’heure puisse nous paraître simple est déjà surréaliste. Vous imaginez ? Demander à un peuple tout entier d’avancer sa petite aiguille d’une heure, docilement, tous en même temps ? C’est quand même une prouesse. A une époque où le mobile multifonction (smartphone en français) n’existait pas. Soit les arguments étaient solides (nous allons préserver la planète en économisant l’énergie), soit la punition était terrible (vous allez rater la première heure de classe). Quoiqu’il en soit, le truc a pris.

Quoiqu’il en soit, youpi c’est lundi ; on va lire plein de méls et se faire des bonnes grosses blagues entre collègues. Après s’être renseigné sur la santé de tout le monde, évidemment. Nous ne sommes pas des sauvages. La preuve, on a tous docilement changé d’heure.

Bisous les amis et lavez-vous les coudes !

(…) manche

Aujourd’hui, rien. Comme disait l’autre dans son journal (qui était un journal de chasse).

Aujourd’hui c’est dimanche. Je me suis reposée plus qu’un dimanche habituel. Je me suis dispensée de mes tâches habituelles : un vrai bon gros dimanche de flemme, avec sieste et lecture de bandes dessinées. Je n’ai pas écouté mes rendez-vous radiophoniques habituels, parce que les programmes sont chamboulés et les formules actuelles me fatiguent.

Je n’ai pas parlé chiffon hier, mais les dessins sont prêts.

Il fait froid dehors, mais on s’en fout. On a changé d’heure et on s’en fout aussi. C’est tranquille. La ville est calme. On se repose.

Ça reste un dimanche… Ça n’est pas un lunmanche ou un vendremanche. Et demain on ira au boulot sans y aller.

Bonne soirée les confinés et lavez-vous les coudes !

Doser le silence

Chers confinés,

Pour débuter le week-end, parlons silencieusement des bruits qui nous entourent. Avec cette histoire de télétravail, je parviens facilement à passer cinq heures par jour au téléphone. Je me contente parfois d’écouter une tripotée de gugusses prendre des positions cruciales, d’autres fois je déroule des kilomètres de procédures passionnantes (cliquez en bas à gauche et tapez « j », « a », « v »…). Par chance, c’est assez varié.

Mais cinq heures avec l’oreille farcie, bon sang, ce que c’est usant. Lorsque je travaille à quelque chose, j’aime écouter de la musique. En bureau partagé, c’est une manière efficace de m’isoler des conversations ; à la maison ça permet à mon fils de jouer tranquillement (tranquillement ?) sans avoir à lui demander de baisser le son.

L’écoute de podcasts enchante mes plaisirs domestiques, France Inter accompagne volontiers mes ablutions (oui, je n’ai pas encore cessé de me laver…) et il m’arrive aussi d’avoir des conversations personnelles avec des gens intimes.

On peut dire en résumé que j’ai les oreilles bien remplies.

SILENCE ! Je ne crie pas, je murmure. Le matin c’est silence d’une heure sur mon tapis de yoga. Silence encore lorsque j’écris ici. Silence là-bas lorsque je dors. J’en prendrais bien un peu plus, de ce temps libre. M’asseoir au soleil avec des bouchons d’oreilles ou nager sous l’eau avec les poissons.

Bon week-end au calme et lavez-vous les coudes !

Soyez magiques

Amoureux des grands espaces, bonjour !

Il est difficile en cette étrange période de confinement de préserver ses petits secrets. Quelques conseils pour y parvenir :

– Fermez la porte de la cuisine lorsque vous cuisinez. Si quelqu’un entre, par exemple pour boire un verre d’eau ou pour raconter ses exploits à Fortnite, grognez ;

– Fermez la porte de la salle de bain lorsque vous briquez la baignoire. Vous bénéficiez ainsi d’une inhalation vinaigre blanc et bicarbonate, idéale pour aérer vos sinus ;

– Fermez la porte lorsque vous nettoyez les toilettes… En règle générale, fermez la porte lorsque vous êtes aux toilettes. Les gens y sont habitués, ils n’insisteront pas. Toutefois, il peut arriver que l’enfant pose une question (urgente, ça va sans dire, même à la douzième semaine de confinement, il y aura encore des urgences), répondez alors « J’arrive dans 5 mn ! ». Il est habitué.

– Faites la sieste lorsque quelqu’un d’autre entreprend une tâche. Ce qui vous évitera de faire des commentaires superflus sur son mode opératoire. Moi par exemple, je fais la sieste pendant que mon chéri passe l’aspirateur. Ça n’est pas toujours facile, mais je tiens bon. Parfois je le soupçonne même d’attendre que je sois endormie pour le faire… Il préserve ainsi tous ses secrets (petit coquin).

Surtout, n’avouez jamais ! Ne brisez pas la magie du parfait logis avant la fin du confinement : ces moments de tranquillité vous sont précieux.

Demain, je vous parlerai chiffon.

Bonne journée les fées du logis, et lavez-vous les coudes !

Pangolin, petit malin

Hier, mon fils m’a demandé si c’est mignon un pangolin. Il y a quelques semaines, après avoir entendu parler de ce petit animal à la radio, j’avais regardé vite fait sur Internet… Mais le manidé n’avait pas imprégné ma mémoire (grand âge, quand tu nous tiens ! ). Nous étions à table, sans smartphone (vous connaissez la règle) et j’ai répondu :

« Oui, c’est mignon, ça ressemble un peu à un ourson. » Il a souri et demandé : « Comme un raton laveur ?  » et j’ai acquiescé. Stupide suis-je. Je me demande combien de bêtises je lui reponds à chaque fois qu’il pose une question. Que n’ai-je appris le pangolin à l’école ?

C’est moche, un pangolin. Ça ressemble au Casimir de mon enfance (grand âge, quand tu nous tiens !) avec de grosses écailles qui peuvent faire de très jolis vêtements, d’après Google Images, ça a de grosses patounettes avec de longues griffes qui ressemblent à des doigts. Ça se roule en boule (et ça c’est marrant) dans son immense queue, queue qui sert également à transporter les petits ou à se suspendre.

Le pangolin est donc plein de ressources et c’est ce que j’expliquerai à mon fils. Après tout, qui mangerait un animal mignon ? Hein ? (Non, je ne vais pas dire ça) (il y a plein d’animaux mignons qui sont mangés) (c’est mignon, un cochon) (c’est mignon, une pomme) (arrêtons de manger, ça sera plus simple).

Souhaitez-moi bonne chance !

Bonne journée les amigos, et lavez-vous les coudes !

La poule pond

C’est quoi le problème avec les oeufs ? Depuis samedi 14, impossible de mettre la main sur une boîte de six. Le rayon est vide. Vous avez tous décidé de faire des gâteaux ? De bouffer de l’omelette à l’ail des ours ? Du soufflé au fromage ? Des chouquettes ?

Les poules n’ont pas cessé de pondre rien que pour me priver de mon oeuf quotidien (à la coque, au petit déjeuner, avec des mouillettes de mon pain frais)(j’ai une tendance légère à la parano, ça me réconforte) ?

Sait-on jamais, avec les poules, quand ça n’est pas la grippe aviaire, c’est la grève du croupion.

A moins que le problème soit similaire à celui du gel hydroalcoolique : les fabriquants en ont de pleines piscines, mais le flacon en plastique est en rupture. Les poules sont vautrées sur des monceaux d’oeufs (pas datés du coup), mais les boîtes ne sont plus fabriquées parce que tout le monde est confiné.

Je me sentais en harmonie avec mon oeuf enfermé dans sa petite coquille comme moi dans mon cocon. Je ne vais quand même pas m’identifier à la banane nappée dans sa peau ?

Ce qui m’angoisse, ce sont mes rêves. Depuis quelques jours, mes collègues de travail sont impliqués dans mes rêves : on se parle, on rit, on travaille, on se touche (soft, hein… Ça reste le boulot), il y a des méchants et des gentils et des gentils qui deviennent méchants et inversement. C’est très angoissant. J’espère que cet empiètement de ma vie professionnelle sur ma vie privée (pour ne pas dire intime) ne va pas durer trop longtemps.

Bonne journée mes poulettes, et lavez-vous les coudes !

La revoyure

Il est un peu tôt pour songer au moment où nous nous retrouverons à la machine à café. D’un seul regard nous saurons identifier ceux qui ont un jardin et ceux qui ont conservé une hygiène de vie (ce qui suppose qu’ils en avaient une… L’espoir réside dans l’idée qu’on puisse acquérir une hygiène de vie en phase de confinement).

Au risque d’en décevoir : les collègues ne sont pas ceux qui manquent le plus. D’une part nous sommes en contact toute la semaine (certains arrivent même à m’énerver comme avant, il suffit qu’ils restent eux-mêmes) (bienveillance, on a dit) et d’autre part nous sommes habitués à ne pas nous voir tous les jours, puisque nous évoluons sur plusieurs sites. Et puis la grève nous a magnifiquement entraînés !

Quant aux amis du quartier, nous les retrouvons principalement à la Cité U, lorsque les beaux jours arrivent. Nous maîtrisons totalement l’art de l’apéritif dînatoire. Il ne fait pas encore assez chaud pour y penser… Il suffit de ne pas y penser. N’y pensons pas.

Les autres amis (les amis de toujours), on les voit assez peu. Nous sommes perchés dans des arrondissements distants, chaque dîner est un plan de bataille.

Personne ne manque, finalement.

Sauf que ça serait trop simple ! Nous ne pouvons pas nous retrouver, nous avons donc férocement envie de le faire ! Vendredi 13, nos amis ont dit « On se revoit après le confinement ! » et on a tous bien rigolé. Ah ah. On en reparle dans un mois.

Bonne journée, amis, collègues et inconnus et lavez-vous les coudes !

Ça prend forme

On attaque la deuxième semaine de confinement, je ne suis pas sortie depuis lundi dernier, je porte des vêtements mous et je mange trop (quoiqu’on fasse, on mange trop).

J’ai mesuré mon fils pour voir combien de centimètres il va gagner à force de rester allongé… J’espère qu’il fera chaud quand nous sortirons, il pourra porter sa paire de jeans en bermudas.

La grande histoire, c’est qu’il va falloir sortir aujourd’hui ! Il n’y a plus de légumes, on ne va quand même pas attraper le scrobut (dents qui se déchaussent, hémorragies, décès) ?! J’en suis toute fébrile… Est-ce une infraction ? Une prise de risques démesurée ? Vais-je croiser des gens honteux comme moi de vivre en pleine débauche ? Dois-je acheter du sucre alors qu’on n’en mange pas, mais au cas où on en aurait besoin (ah non, le sucre n’aide pas contre le scorbut, donc pas besoin) ? Est-il prudent d’apporter ses contenants dans l’esprit « zéro déchet » ou vaut-il mieux prendre du tout emballé  » zéro Covid » ? Ai-je le droit de sortir accompagnée ? N’est-il pas plus prudent d’attraper le virus séparément ?

Dans la nuit, j’ai rêvé que je me réveillais à 7h14 au lieu de 6h. J’étais hyper stressée (dans mon rêve) par mon retard. Qu’est-ce que j’ai ri à 6h. Et j’en ris encore !

Bonne journée les confinés, et lavez-vous les coudes !