Nez poëte

Un joli poil est-il un poil poli ? Dru, bouclé, rebelle, à gratter ? Les habitants du village de Poil dans la Nièvre s’appellent les Pictiennes et les Pictiens (et non les Pileuses et les Pileux, bande de rigolos). Bien des caps ont un nez dans leur nom (Cap Gris-Nez, Nez de Jobourg), mais aucune ville ne se nomme Nez. Les habitants pourraient être les Naseaux et les Narines, ou bien les Poils et les Crottes, mais personne ne voudrait y habiter, alors qu’à Montcuq…

Il y a quelques mois, des chercheurs ont réalisé la sculpture d’Emma, l’employée du futur, pour nous permettre de visualiser les impacts de la sédentarité et de la pollution sur notre corps. Dos courbé, yeux rouges, poignets glonflés pour le travail sur ordinateur, varices, chevilles gonflées et teint blafard pour le manque d’exercice, gros poils aux sourcils et dans le nez contre la pollution. Le poil nous protège. Gratitude envers le poils. Le rapport entre la densité des poils de nez et la propagation de la Covid19 a-t-il été étudié ?

Je me suis assez poilée avec vous, je vais vaquer ! Bonne journée les amis et lavez-vous les coudes !

C’était bien

En novembre 1999, mon fils aîné a fêté ses deux ans, quelques jours avant, mon livre Alice dans la ville a été imprimé. Jusqu’à présent, j’ai mis au monde plus d’enfants que de livre. J’en ai écrit plus que je n’ai été enceinte. Un éditeur m’a un jour répondu qu’il n’avait pas de case où ranger mon texte, à regrets d’ailleurs (les éditeurs regrettent beaucoup, mais je regrette souvent qu’ils ne regrettent pas plus…).

De la séance de dédicace organisée dans une librairie du centre ville, je me souviens d’un monsieur qui m’avait dit en riant n’avoir jamais de sa vie lu un livre en entier. Il a acheté le mien, 80 pages de textes courts et illustrés, sans intrigue, presque sans histoire. L’a-t-il terminé ? (Guillaume Musso se pose-t-il la question ?)

Il était venu acheter le livre après avoir lu un article paru dans le journal local. J’avais été interviewée et photographiée par un vrai journaliste, dans ce monde d’avant.

Il y a mille exemplaires. Certains dorment chez des inconnus, certains ont probablement été détruits, beaucoup sont chez des amis ou dans la famille. Trois sont à la bibliothèque municipale.

La librairie et la maison d’édition ont fermé. Il me reste deux exemplaires de mon livre. Une histoire courte, presque sans histoire.

Bon mercredi amis lecteurs et lavez-vous les coudes !

Se faire du bien

Avec le prélèvement à la source, j’ai eu peur que ma fierté soit anéantie. La notion d’effort, essentielle au cercle de la récompense, ne joue-t-elle pas un rôle dans le sentiment d’accomplissement (« À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». Corneille in Le Cid) ?

L’expérience me prouve au contraire qu’avec le prélèvement à la source, il est plus facile de se faire du bien. L’année prochaine, j’irai me déclarer dès l’ouverture de la campagne, pour voir si le plaisir augmente ou diminue.

Cette analyse est passionnante. Mais il vous faudra attendre une petite année pour en connaître la conclusion.

En attendant, je dois trouver d’autres voies pour accéder au bien-être. Chaque jour doit apporter sa part de joie, et il faut savoir la saisir. C’est pas gagné, mais je vais essayer.

Bon mardi les amis, vous avez jusqu’à jeudi pour bénéficier de cette première « Offre bonheur », et lavez-vous les coudes sans compter.

La vie des poissons

Ça doit être sympa de respirer sous l’eau, de frayer dans les vagues, de dévorer les plus petits que soi pour finir dans la gueule d’un géant. Et pourtant, le poisson a souvent l’air courroucé. Bien peigné, mais courroucé, comme lorsque je sors de chez le coiffeur.

Le poisson a bien du soucis à se faire, les océans sont pollués et notre pandémie multiplie la consommation des plastiques à usage unique, qui atterrissent dans les océans (je sais, on ne peut pas atterrir dans l’eau). Une partie de ma conscience a refusé d’admettre que le masque jetable est en polypropylène (il y a des gens qui croient sincèrement que le coca fait maigrir), tandis que l’autre partie de ma conscience se tordait de rire en briquant la maison au vinaigre.

Je ne peux que me révolter contre moi-même… Et s’il faut 450 ans à un masque jetable pour disparaître dans la nature, imaginez le temps que durera ma révolte. Certes, je ne jetterai pas mon masque dans la nature (ni dans la rue), mais dans une gentille poubelle d’ordures ménagères. L’incinération produira de l’énergie.

Au bureau, le rouleau d’essuie-mains en tissu des toilettes a été remplacé par du papier, une profonde poubelle portant mention « Réservée aux masques, gants et essuies-mains » a été placée en-dessous. L’incinération produira de l’énergie. La collecte en dépensera, le lavage en dépensait, mais on fabriquait le tissu une fois…

Bonne journée les amis, qu’importe la façon dont vous les séchez, lavez-vous les coudes.

Bien peu de choses

Je me sens obligée de vous parler de Mike Brant, j’adore étaler ma connaissance. Il s’est jeté du 6è étage, il est mort sur le trajet vers l’hôpital (relisez cette phrase). C’était en 1975, il avait 28 ans. Il n’appartient même pas au Club des 27, j’espère au moins qu’il a une question au Trivial Pursuit.

Je n’étais pas fan de Mike Brant (de son vrai nom Moshe Brand), j’avais deux ans et demi, je doute avoir été affectée par son décès, ou son art. Je n’ai fait que répondre à une question de mon fils « Il est mort comment Mike Brant ? ». Au moins j’aurais appris un truc, si jamais je rejoue au Trivial Pursuit, je saurais répondre. Ce qui suppose que trois conditions soient réunies : 1/ Je suis prise au piège 2/ Il existe une question sur Mike Brant 3/ Je me souviens de ce que j’ai appris hier (ah ah ah).

De plus, Mike Brant ne parlait pas vraiment français, il chantait en phonétique (en yaourt), mais il chantait aussi en allemand. Il aurait pu chanter en chinois, mais non.

Grâce à moi, vous êtes désormais susceptibles de remporter la victoire sur une question Mike Brant. Je me sens enfin utile. #satisfaction

Bon dimanche les amis, prenez les escaliers et lavez-vous les coudes !

Vie saine, vilaine

(Vous l’avez vu venir, le jeu de mot avec Villani ? Voyez comme j’ai augmenté la maîtrise de moi)(habiter le 14e n’est pas une raison pour s’offrir des jeux de mots sur le dos de Villani, il faut rester petit)(fin de parenthèses)

(N’empêche qu’une majuscule change tout… Rester Petit, ça n’est pas comme rester petit. Il y a des gens qui posent des majuscules partout, pour montrer qu’ils ont compris, mais dans la plupart des cas, il faut rester minuscule, sauf s’il est question de madame Minuscule. Bref, je ne vais pas parler politique, je ne suis pas assez intelligente.)(c’est fini cette fois)

Dans ma quête de la vie parfaite (chapite 12 de mon Guide pour être moi, qui ne paraîtra jamais, soyez rassurés) il est question d’exclure de mon alimentation les produits industriels. Pourquoi ? Parce que c’est mal. Au début du confinement, j’ai fabriqué des pâtes. C’était ma phase passionaria de la bouffe, des heures en cuisine, les mains dans la farine… Plus tard, j’ai préféré dessiner.

Mais l’enfant aime les pâtes, c’est même une forme d’amour inconditionnel. Je pense qu’il aime plus les pâtes que moi. Donc on achète des pâtes, il est parfois écrit artisanal sur le paquet, si on cherche bien, c’est la recette qui l’est et non la pâte. On achète aussi du chocolat et de la moutarde, des cornichons et du poisson (en conserve). Et après je culpabilise. Un jour j’ai même acheté des saussices de soja.

Et puis après, je me dis que j’ai vraiment la vie facile, ce qui me permet de me prendre la tête pour des bêtises ! (Ok, je sauve la planète à mon échelle)

Bonne journée les écolos et pas colos et lavez-vous les coudes !

Comme ça vous arrange

Quand le collège a appelé pour savoir si je comptais y envoyer mon fils, j’ai probablement répondu : « Comme ça vous arrange » je suis hyper arrangeante comme fille, donc sujette à interprétation.

C’est ainsi que mon fils a été renvoyé à la maison, au motif qu’il n’est pas sur la liste. Alors que moi, ça m’arrange toujours quand il est là. Depuis je lui répète toutes les cinq minutes que je suis une mauvaise mère et qu’à cause de moi il ne fera pas l’ENA. A quoi il répond que l’ENA n’existera plus quand il sera grand, et ça au moins, je n’y suis pour rien.

Après on dit que plus rien n’existera, à part les cafards et les scorpions, qu’on enchaînera pandémies canicules inondations, tout est foutu dans le futur, mais on s’en fout, on aura Amazon. Voilà pour l’ambiance générale.

Mais tout n’est pas perdu, il est sur liste d’attente. Nous voilà rassurés.

Bonne journée à ceux qui reprennent, aux autres aussi, restons unis dans le lavage de coudes.

Vent de fête

J’avais prévu ce matin un texte sur les marqueurs sociaux du passage à l’âge adulte.

Mais pauvres amis ! Les voisins s’en sont donnés à cœur joie cette nuit, remplissant de leurs rires et éclats de voix l’espace resserré de ma chambre à coucher ! J’avais encore l’impression de les entendre au petit matin. Ah Charlotte, tu es une vraie pote, Charlotte tu dépotes (j’ignore combien de fois ce prénom a été prononcé). Charlotte poivrote, je n’envie pas ta gueule de bois ce matin.

Je ne suis pas en état d’écrire sur les marqueurs sociaux du passage à l’âge adulte. Je replonge une fois encore dans mes archives d’inédits et voilà ce que j’ai trouvé (voir supra). Aujourd’hui, je suis en carence de sommeil, je vais être d’une humeur de dogue, je vais me traîner, je vais pleurer et maudire cette fichue nature qui réclame ses huit heures de sommeil par nuit. Les intelligents du monde dorment en moyenne quatre heures. Ils font TOUT. Ils apprennent TOUT. Ils vont sur la LUNE. Ils sont TOUJOURS contents et pensent plus VITE que nous… Enfin que moi, humble créature normale.

Tenez bon les amis, et lavez-vous les coudes.

Sur la pointe (des fesses)

J’aime bien dessiner les pieds, c’est plein d’orteils, de bouboules et de talons. Attention, je ne suis pas fétichiste. D’ailleurs quand j’étais adolescente, je peignais plutôt des seins, souvent des fesses, mais très peu de pieds. J’aurais dû faire des pieds et des mains avant de peindre des fesses : le pied est plus lisible que la fesse.

La fesse souffre d’obligations esthétiques, on veut la faire lisse et ronde, dans des dimensions raisonnables et conventionnelles. C’est assez ennuyeux, une fesse, si on y réfléchit. Maintenant, je préfère les pieds. Voilà ce qu’on appelle, je crois, la maturité. D’un point de vue pratique, il est plus aisé de portraiturer son pied que sa fesse, même avec toute la souplesse que m’apportent mes années de yoga.

Certes, je dessine mes pieds de tête, j’ai ce défaut de paresse. Quant à ce dessin, imaginez : une paire de fesses sur un cerveau aurait été une façon de dire « je m’assois sur mon cerveau », là vous voyez bien que je me hisse dessus. Il ne faut pas compter sur ses fesses pour se hisser.

Bref, rien de moins important que nos coudes à laver.

Bonne journée !

Vraie nature

J’écoute des podcasts féministes. Lorsque les protagonistes ont mon âge, ou dix ans de moins, elles disent souvent que les jeunes d’aujourd’hui sont en avance, qu’elles sont plus vigilantes que nous au même âge. Tu m’étonnes ! Qu’est-ce qu’on a pu nous répéter de bien nous tenir, de répondre gentiment, de dire merci même si le compliment est douteux, de ne pas faire de vague, de nous attacher les cheveux, de nous écraser. J’ai bénéficié récemment des conseils d’une aînée pour régler une « situation » avec un con (je dis con, pour résumer) : il faut l’ignorer. Et moi qui croyais que l’ignorance n’avait jamais résolu un problème ! Je devais me tromper…

Moi aussi, je trouve les jeunes plus éveillées (et tant mieux), sans doute n’ont-elles pas été bercées aux mêmes illusions. La théorie que je préfère est que l’homme traite la nature comme il traite la femme. D’où l’état du monde. Et toc, ai-je envie de dire. J’entends d’ici les dents grincer, et les « oui mais les femmes aussi elles polluent avec leurs tampons ». Et je me marre. Puis-je argumenter ? Difficilement : je suis un pur produit de ma génération provinciale, je sais être polie, m’asseoir correctement, porter des vêtements décents, me taire, rire aux blagues misogynes. L’enjeu consiste à brosser à rebrousse poils tout ce fatras, quitte à m’entendre dire que j’ai passé l’âge.

Ma vraie nature est dans le flou.

A demain les amis et lavez-vous les coudes !