Faux bond

J’ai failli ne pas écrire ici aujourd’hui. Grosse fatigue, irrésistible envie de rien plutôt qu’autre chose. Il y a bien-sûr l’appel du dehors, tellement décevant, de ces rues de quartier, identiques à ce qu’elles étaient avant. Il n’est pas dit qu’un ailleurs soit préférable. Plus personne n’y croit. L’horizon à perte de vue, les grands espaces, l’aventure, tout ça appartient au monde de l’imaginaire. Dans la réalité, on revient toujours devant son évier. Nous sommes ancrés, ici ou là ; nous revenons à notre lit. Les habitudes reprennent, les gestes n’ont pas besoin d’être pensés.

L’ordinaire. La période fut exceptionnelle, l’ordinaire nous attendait sagement.

D’ici quelques jours nous reprendrons la route qui ne mène à rien que nous ne connaissions déjà. L’ordinaire route du quotidien régulier, désormais régulé par les gestes qui protègent.

La distance est ce qu’on peut désormais revendiquer, notre petit espace préservé, notre souffle derrière un masque, nos pensées lissées. La distance, ce sont quelques mots qui suffisent à renvoyer chacun à son propre évier.

Demain est férié. N’est-ce pas une bonne nouvelle ?

Bonne soirée les amis et lavez-vous les coudes !

La vie du lendemain

On pourrait croire qu’il sera ici question du retour au bureau, des dîners insouciants au restaurant, des bières en terrasse, des apéros géants au Parc, des flâneries à visage découvert, des futiles occupations d’extérieur. Non. Je vous parle d’un effet banal lié à l’alcool. L’abus ? N’allons pas jusque-là. C’était un dîner standard, sans mélange de breuvages, sans matières grasses, presque sans sucre ; un coucher certes tardif pour un vendredi soir qui clôt une semaine de boulot stressante (que les gens sont pénibles avec leurs enjeux de mouchoirs de poche).

Un lendemain à vous faire regretter d’avoir été aussi raisonnable durant toutes ces semaines ! C’est vrai, le corps perd l’habitude, il faut l’entraîner, lui donner un rythme régulier, qu’il oublie vite ce coquin ! Il est perdu, il ne sait plus, trois verres de vin et le voilà noyé dans un brouillard ténu, la bouche sèche, les pieds qui traînent. Déchéance.

Que n’en profiterais-je pour délaisser ces méchantes habitudes ? A moi les apéros méditation et dîners au jus d’herbes, les gros dodos. Vivre au rythme du soleil, vivre d’eau, vivre ivre de bienséance ! Je vais y penser. Je vous donne ma réponse lundi.

Gros bisous les amis et lavez-vous les coudes.

Lapsus élévateur

Je prendrais bien un petit T pour sTimuler mon cerveau plutôt que le simuler. On dit toujours « lapsus révélateur », formule magique à la Harry Potter, entonnée par des moldus qui bien souvent nous tapent sur les nerfs. Révélateur de quoi ?

Je sais : on dirait que j’aurais un cerveau, veau de mer, mercantile, tylenol… Et j’en passe. Syndrome de l’imposteur. J’adore l’idée qu’imposteur soit un nom masculin alors que le syndrome atteint majoritairement les femmes. Si on donnait un féminin à ce nom, les femmes n’auraient plus besoin de le ressentir. Et surtout, les hommes pourraient avoir le syndrome de l’impostrice (courrier ?), de l’imposeuse (lapin ?), de l’impostresse (ulcère ?) ou de l’imposeure (est-il ?). Heureusement qu’il y a l’imposture. Tout ne commence-t-il pas par une imposture ? Notre incroyable capacité à nous adapter, à être crédules la légitimera a posteriori.

En parlant d’adaptation, j’ai traversé l’hémisphère gauche de Paris pour me rendre dans le droit et j’ai pu apprécier tout au long du chemin l’effacement des publicités au profit de la communication citoyenne : on se salue sans se toucher, on garde la distance, on porte un masque… Diantre, ce sera ainsi jusqu’à la nuit des temps ? Ai-je pensé en mon cerveau encasqué. Fun. Et je vois déjà venir une aristocratie de la distance s’opposer aux populaires embrassades. On ne change pas une équipe qui gagne.

Bonne journée les embarrassés d’embrasser et lavez-vous les coudes !

Anti-narcissique

Et voilà, on y est ! C’est le jour tant redouté où je suis obligée de fouiller dans mes archives pour dégoter un vieil inédit. Je le vis mal, c’est un échec. J’ai consacré ce temps précieux du dessin au traitement de méls pro en retard. Quelle erreur, quelle bêtise, quelle mauvaise gestion du temps, quelle incompétence, quelle vanité. Mes mots envoyés me vaudront un « cool, merci Pauline » dans le meilleur des cas, une nouvelle question dans le pire. Rien si je n’avais rien fait. J’eus donc doublement gagné du temps en ne rien faisant (je viens de comprendre la stratégie des planqués). Peu importe. Passons.

Cet autoportrait que je vous livre est un remède au narcissisme tant il m’est fidèle. Mes bottines rouges sont trop grandes pour moi, j’ai un sourcil plus haut que l’autre, le sourire grinçant et je pique du nez. Je me suis un peu flattée sur les chevilles : les miennes sont plus épaisses. Le dessin date de l’an dernier, d’après les chaussures. Je n’ai pas vraiment changé depuis, éventuellement de collants (vous savez comme ces petites bêtes ont la vie courte), mais avec le confinement, j’ai cessé d’en porter. Vous avez noté le petit V de la victoire. Bah voilà, c’est tout moi : V’y vais quand même.

Bon veudi les amis ! (Lavez-vous les coudes)

Polie panoplie

Je ne sais pas vous, mais je m’apprête à vivre une matinée pourrie. En temps normal, je me serais apprêtée pour l’occasion. J’aurais choisi mes chaussures selon le degré d’adversité et l’attitude à adopter. Le télétravail permet de choisir le créneau horaire de l’affrontement, on ne risque pas de se faire coincer dans un couloir. C’est un peu comme aller à la piscine : on s’attend à un certain nombre d’épreuves.

(Je n’aime pas la piscine. Le concept est cool, mais l’expérience est pénible. Les modalités d’usage ont été annoncées pour la réouverture des bassins : sens de circulation, réservation de ligne, cabines dédiées au déshabillage et d’autres à l’habillage, un casier vide entre chaque casier, suppression des sèche-cheveux, lavage de main obligatoire, fermeture des pataugeoires. Rien sur les pédiluves. Ils n’ont rien dit au sujet des pédiluves ! Je suis inquiète. Je n’avais pas prévu d’aller à la piscine, je déteste la piscine, mais ne pas évoquer le pédiluve quand on parle piscine, c’est ignorer Hugo en littérature.)

Après avoir choisi mes chaussures, j’aurais hésité sur la couleur du haut : éviter le rouge qui attise la colère, privilégier le rose qui suscite l’affection (je n’ai qu’un seul haut rose, comme c’est bizarre). Dire que certains pensent qu’il est futile de s’habiller ! Je vais me recentrer sur mes compétences, je n’ai pas d’autre choix…

Il est temps d’aller dans le grand bain. Inspiration/expiration… Je plonge.

Bonne journée les nageuses et nageurs et lavez-vous les coudes (et les pieds) !

Ma semaine sans Instagram

Ô Instagram, gouffre de mes heures vacantes, aliénation de ma liberté, comme je suis soulagée de te laisser de côté !

Je ne blâme pas Instagram d’avoir dissous mes précieuses minutes qui si elles l’avaient vraiment été ne seraient pas allées s’y gâcher (quelle phrase improbable). Je me blâme seule de ma faiblesse. Yes. Plusieurs fois par an, je décide d’arrêter et j’y reviens comme on achète un magazine people au milieu de l’été pour voir la tête du nouvel amoureux de Stéphanie de Monaco ou Sophie Marceau (ne serais-je pas d’un autre siècle ?). Quelle n’est pas ma joie de retrouver le temps de consulter avec curiosité la conjugaison du verbe dissoudre, qu’on ne m’avait pas apprise à l’école.

On dit « j’ai dissous le vin dans l’eau » et « vous avez dissoutes l’assemblée ». C’est formidable. « Nous eûmes dissoutes ce vilain vernis à ongles ». J’adore. Je vais dissoudre plus souvent. Je vais dissoudre mes mauvaises habitudes dans une bassine de cercles vertueux. Chaque jour un nouveau verbe, pour atteindre le stade supérieur de mon évolution (je me prends pour un Pokémon, j’évolue) (d’ailleurs je n’ai pas saisi le but de l’évolution chez le Pokémon) (consommer moins de plastique ?).

Ces heures précieuses que je me lègue seront bien employées, je vous le promets.

Bon mardi chers lecteurs et lavez-vous les coudes !

Table rase

J’ai rangé. Oh, rien de spectaculaire… Quelques papiers ont pris le chemin de la poubelle, les copeaux de crayon et autres rognures de gomme ont été aspirés. Un béotien ne remarquerait rien. Il faut être humble au quotidien, sinon c’est la déprime. J’adore ceux qui disent « Moi je range un peu tous les jours », ceux qui suivent des méthodes (d’abord les vêtements, puis les papiers…), ceux qui ont un coach ; mais mes préférés sont ceux qui ont un cagibi ou une pièce inutilisée dans leur appartement. Ah la grande pièce qui n’a aucune fonction et qui au fil des ans se remplit de tout, mieux qu’un grenier, elle est dans le même couloir que le salon. Au début c’était une chambre d’amis, mais le lit était pourri et les amis ne sont jamais venus y dormir. Peut-être à cause de l’ambiance pesante au petit-déjeuner, ou de la salle de bain humide, ou des toilettes jouxtant la chambre des enfants. Ou de l’impression d’être un intrus. C’est difficile de dormir chez l’habitant lorsqu’il n’est pas hôtelier. Je connais peu de parisiens qui ont un grenier de plain-pied, c’est un luxe de province.

Il est un peu tôt pour mesurer le bénéfice du rangement sur mes capacités intellectuelles… Laissons passer la semaine et voyons.

Bon lundi les amis et lavez-vous les coudes !

A la cool

Quel beau dimanche les amis ! Je savoure un thé vert après avoir achevé ma séance de yoga. Me voici tranquillement allongée sur le canapé, évitant du regard tout ce qui doit être rangé. J’écris allongée, comme Philip Roth qui ne tenait plus assis ; mais dissipons toute ambiguïté : je ne me prends pas pour Philip Roth, je n’ai pas son bagage ni son bardage, encore moins son ramage. Mais je suis vivante.

Ce matin, j’ai ouvert le Yoga qui soigne de Tara Stiles pour guider ma pratique. J’ai choisi la séquence « Gueule de bois », qui vient juste après « Grippe » et « Grossesse », mais je n’ai pas pu m’empêcher de faire les postures « Acnée » et « Allergies », c’est toujours ça de pris, me suis-je dit, puisque mes allergies me donnent principalement des boutons. Mon corps, mon ami, tu trouves toujours le moyen de te rappeler à moi. Mais je pense à Philip Roth qui ne tenait plus assis, et je relativise.

Je viens tout juste d’embrasser la pièce du regard et tout ce qui doit être rangé me saute aux yeux. Place au rangement me dis-je, avant de retourner à mon petit écran fissuré. Je range le rangement dans un coin de ma tête. Je repense à cette série de conseils glanée dans un quelconque magazine pour permettre aux énergies de mieux ciculer. L’énergie qui circule fluidifie la pensée, attise la créativité, augmente les performances intellectuelles. Tout en haut de la liste trône le rangement. Même Tara en parle dans la section « Week-end inspiration », il faut dégager l’espace. Je pensais être vieille, alors que je suis simplement encombrée. Et je pense à Philip Roth qui écrivait debout, sur un pupitre incliné (l’anti bazar par excellence).

Je vais ranger. Je vais me concentrer. Et lundi, je reviendrai avec un cerveau.

Bon dimanche mes amis et lavez-vous les coudes !

Du nerf

Le cerveau a ses heures, semble-t-il. Je crois que le mien est cool entre 7h et 9h puis de 17h à 19h. Il est même super cool entre 17h et 19h. Potentiellement, il pourrait être cool jusqu’à 22h, mais ça tombe pile au moment du « tunnel du soir » qui est totalement bouché. Souvent j’emporte mon cerveau cool dans la cuisine où il taille des légumes en écoutant des podcasts, dont il ne retient rien, sauf si ça parle de sexe (mais non, c’est faux, j’écris ça pour augmenter mon audience).

Mais goddamned, comme disent nos amis, c’est le week-end, que n’ai-je besoin de me préoccuper de mon cerveau ? Que ne puis-je simplement le laisser se vautrer dans la médiocrité, l’aboulie, le déni de soi ? Mon cerveau, cet ado sempiternel cloué au canapé, rotant des litres de coca et riant gravement (il mue) aux blagues qui défilent sur son écran. Je ne bois pas de coca, c’est pour augmenter mon audience et avoir l’air normale que j’écris ça. Le coca, c’est utile contre la gastro.

Je vais l’emmener marcher, repousser la ligne d’horizon et lui montrer le ciel. Il va râler un peu, m’expliquer qu’il a la flemme, qu’il est fatigué et une fois dehors, mon petit cerveau sautillera partout, tel un caniche nain un peu pénible.

Allé hop hop hop, du nerf, on met le nez dehors sous son masque et on se lave les coudes en rentrant !

Potion magique

Je suis dans une phase obsessionnelle. Je pense cerveau, je lis cerveau, je mange cerveau… Ça passera quand il faudra envisager le maillot, probablement en 2021.

Imaginez qu’en mangeant un cerveau, vous héritiez de ses connaissances… Premièrement, plus personne ne mangerait de la cervelle d’agneau au beurre noisette. Ensuite, il y aurait L’Argus du cerveau qui publierait le palmarès des meilleures origines, selon le marché de l’emploi ou des besoins à satisfaire en priorité (si le PIB n’est plus la référence, il faudra d’autres compétences). Il y aurait des cerveaux d’exception, mis aux enchères (petit espoir pour Trump), et un organisme international chargé de neutraliser les cerveaux dangereux, et un autre organisme chargé de surveiller le précédent.

Les plus riches se débrouilleraient pour que leur cerveau soit équitablement répartis entre leurs descendants. Les moins riches n’auraient pas d’autre choix que de le vendre pour améliorer leur retraite. Ils diraient c’est le beurre dans les épinards. Ils diraient on a travaillé toute notre vie pour rien. Parce que leurs enfants n’auront pas la jouissance de ce que leurs parents auront appris. Et ainsi de suite : les pauvres auront le niveau de connaissance d’une vie alors que les riches n’auraient aucune limite, ils auraient mille vies. Ils seraient fous et désespérés, ils détruiraient la planète.

J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer du coup : on n’en est pas là.

Bonne journée aux travailleurs qui sont sur le pont et à ceux qui chillent. Sortez masqués et lavez-vous les coudes !