Une soirée de merde

Il en existe parfois, de ces soirées qui se mettent à dérailler car malgré tous les messages que votre hémisphère bienveillant vous transmet, vous persévérez à tracer ce sillon d’humeur sombre.

Ça commençait pourtant bien. Mon fils était au parc avec les copains, je savais quoi cuisiner pour un dîner pas trop repoussant mais avec des légumes, on allait avoir des sujets de conversation pour accompagner le plat. Une soirée familiale quatre étoiles nous attendait. A 19h, le fils n’était toujours pas rentré et l’Esprit maternel s’est emparé de moi, avec son cortège de réflexions stériles : Si je ne m’inquiète pas, on va penser que je suis une mauvaise mère. Si je vais le chercher, les copains vont me trouver chiante. Vais-je le gronder ? Non c’est débile/Oui sinon il va croire que je ne m’inquiète pas pour lui. Et s’il lui était arrivé un truc (mais enfin madame, c’est seulement à cette heure-ci que vous vous inquiétez ?) ? A 19h15, j’ai pris le chemin de parc. Aux terrains de foot, il n’y avait que des vieux (de 20 ans). J’ai pensé Bon, il doit être chez un pote. J’en appelle un dont la mère (bisous la mère) me dit qu’il est chez l’autre. Là je me dis que je passe pour une dingue. Sur le trajet du retour, je profite de l’air et du soleil, en me demandant si je le gronde ou pas. L’Esprit maternel vole au-dessus de ma tête.

Bêtement, j’écoute l’Esprit maternel. Je le gronde. Mon hémisphère (il était où celui-là ?) bienveillant boude. C’est la guerre. J’en rajoute une couche. Tout le monde est fâché. Sacrée soirée comme dirait l’autre, pas le temps de dessiner par dessus le marché. Mon hémisphère bienveillant rame pour réparer la soirée, tente des excuses et des explications, de l’humour aussi. Mais bon. Le remords me vrille, je broie du noir. A ce rythme-là, il va rater son bac et ce sera ma faute (je déconne, je n’ai pas pensé ça). On passe à autre chose.

Plus tard, mon fils en a conclu que ça n’était pas grave, qu’on manquait seulement d’expérience. Esprit sage.

Bonne journée et lavez-vous les coudes !

Lundi matin

Je voulais écrire quelque chose, mais au-delà d’une certaine heure, il est trop tard pour vous souhaiter une bonne journée.

Voici le dessin du jour, avant qu’il ne soit périmé. Et ce titre un peu étrange lorsque midi est passé depuis plusieurs heures.

Le matin a disparu, entre l’heure du réveil et l’heure du travail, happé par les préparatifs et le chemin du collège. Où donc ira se nicher ce temps d’écriture ?

Bonne fin de journée… Et lavez-vous les coudes !

Jauge

Coucou !

Je fais toujours coucou lorsque j’ai la tête en bas, mais d’habitude personne ne me regarde. Etrange abîme.

Aujourd’hui, dimanche 21 juin 2020, jour de Fête de la musique dans une queue d’épidémie. Je me souviens de la première en 1982, de l’effervescence, du climat joyeux et du parfum de liberté. La fête était improvisée, on ne savait pas encore qu’il y en aurait d’autres. Les premières années, c’était chaque fois une aventure.

Les événements se sont organisés, avec de grosses scènes sur les grandes places, mais toujours des petits courageux aux coins des rues, avec leur crin-crin timide sous le menton ou la flûte au bec. Et nous, badauds nostalgiques, fuyant la foule agglutinée au podium des grosses pointures, captant les sons mal balancés des amateurs de café.

Cette année je ne sais pas. Déjà quand ça tombe un dimanche, c’est moins festif. Il n’y aura pas a fuir les grands rassemblements. Flâner dans les rues me donnerait l’impression de me rendre au chevet d’une mourante. Cette vieille fête que d’année en année on dit moins en forme, qu’on peine à rendre joyeuse. Notre patrimoine.

Il est encore tôt. Tout est calme. Attendons les premières notes.

Bonne fête aux musiciennes et musiciens ; et lavez-vous les coudes !

Bohème bordélique

Cette métaphore yogistique pourrait évoquer le travail où il est souvent question de flexibilité, de souplesse et d’agilité. Parfois il s’agit d’un vernis qui cache une vaste incertitude, d’autres fois ce sera de la sagesse, et souvent il sera question de méthode. Que les adeptes des méthodes redescendent d’un cran, je ne vais pas en parler (l’agile déchaîne les passions).

C’est en s’ancrant qu’on parvient à onduler.

Je ne glande pas, j’ondule. Je me situe entre la méditation et le foisonnement créatif. Ensuite, et seulement ensuite, il est possible d’avoir de la flexibilité et de la rapidité (définition absolue de l’agilité). J’aime bien les gens qui vous accusent de manquer de flexibilité ou d’esprit d’équipe. Cette phrase : il/elle ne sait pas travailler en équipe. Je suis certaine que vous l’avez déjà entendue. J’adore.

Derrière tout ça se cache quand même le mythe de l’intelligence. Les intelligents sont doués d’agilité, s’ils ont été bien élevés, ils ont l’esprit d’équipe et au cran supérieur, l’esprit de compétition. Ceux qui ne savent pas faire, on les regarde de travers avec une once de pitié, et on les zappe.

Je ne sais même pas pourquoi je vous raconte ça… Alors que le monde a tant de beauté à offrir.

Bise du pied, bonne journée et lavez-vous les coudes !

Lapsus élévateur

Je prendrais bien un petit T pour sTimuler mon cerveau plutôt que le simuler. On dit toujours « lapsus révélateur », formule magique à la Harry Potter, entonnée par des moldus qui bien souvent nous tapent sur les nerfs. Révélateur de quoi ?

Je sais : on dirait que j’aurais un cerveau, veau de mer, mercantile, tylenol… Et j’en passe. Syndrome de l’imposteur. J’adore l’idée qu’imposteur soit un nom masculin alors que le syndrome atteint majoritairement les femmes. Si on donnait un féminin à ce nom, les femmes n’auraient plus besoin de le ressentir. Et surtout, les hommes pourraient avoir le syndrome de l’impostrice (courrier ?), de l’imposeuse (lapin ?), de l’impostresse (ulcère ?) ou de l’imposeure (est-il ?). Heureusement qu’il y a l’imposture. Tout ne commence-t-il pas par une imposture ? Notre incroyable capacité à nous adapter, à être crédules la légitimera a posteriori.

En parlant d’adaptation, j’ai traversé l’hémisphère gauche de Paris pour me rendre dans le droit et j’ai pu apprécier tout au long du chemin l’effacement des publicités au profit de la communication citoyenne : on se salue sans se toucher, on garde la distance, on porte un masque… Diantre, ce sera ainsi jusqu’à la nuit des temps ? Ai-je pensé en mon cerveau encasqué. Fun. Et je vois déjà venir une aristocratie de la distance s’opposer aux populaires embrassades. On ne change pas une équipe qui gagne.

Bonne journée les embarrassés d’embrasser et lavez-vous les coudes !

Ma semaine sans Instagram

Ô Instagram, gouffre de mes heures vacantes, aliénation de ma liberté, comme je suis soulagée de te laisser de côté !

Je ne blâme pas Instagram d’avoir dissous mes précieuses minutes qui si elles l’avaient vraiment été ne seraient pas allées s’y gâcher (quelle phrase improbable). Je me blâme seule de ma faiblesse. Yes. Plusieurs fois par an, je décide d’arrêter et j’y reviens comme on achète un magazine people au milieu de l’été pour voir la tête du nouvel amoureux de Stéphanie de Monaco ou Sophie Marceau (ne serais-je pas d’un autre siècle ?). Quelle n’est pas ma joie de retrouver le temps de consulter avec curiosité la conjugaison du verbe dissoudre, qu’on ne m’avait pas apprise à l’école.

On dit « j’ai dissous le vin dans l’eau » et « vous avez dissoutes l’assemblée ». C’est formidable. « Nous eûmes dissoutes ce vilain vernis à ongles ». J’adore. Je vais dissoudre plus souvent. Je vais dissoudre mes mauvaises habitudes dans une bassine de cercles vertueux. Chaque jour un nouveau verbe, pour atteindre le stade supérieur de mon évolution (je me prends pour un Pokémon, j’évolue) (d’ailleurs je n’ai pas saisi le but de l’évolution chez le Pokémon) (consommer moins de plastique ?).

Ces heures précieuses que je me lègue seront bien employées, je vous le promets.

Bon mardi chers lecteurs et lavez-vous les coudes !

Un grand jour

Vous me reconnaissez ? C’est moi, hyper fière d’avoir mis au monde deux magnifiques garçons, dont l’un est un homme et l’autre presque un adolescent qui fête ses douze ans aujourd’hui.

On va faire une grosse fête de malade (c’est une expression, personne n’est malade, ne paniquez pas), à trois dans l’appartement. J’ai posé ma journée, ça va guincher.

Comme d’habitude je l’ai saoulé pendant une semaine pour dire adieu à ses onze ans. Avec un peu de chance, il fera pareil avec ses enfants et nous pourrons être fiers d’avoir œuvré pour une nouvelle tradition familiale. Notez mon optimisme : je crois que mes enfants feront des enfants. C’est dire si l’euphorie me gagne en ce jour de gloire.

Le 6 mai, je peux prédire la météo du week-end qui suit, quelle que soit l’année : il pleut. C’est le week-end où on invite tous les copains sur une pelouse et immanquablement, on se retrouve dans l’appartement. Confinés, pouvait-on dire les années passées… Mais c’est une expression qu’on n’emploie plus à la légère.

Je vais faire du gâteau, demain je vous posterai la photo.

Happy you les amis, et lavez-vous les coudes !

Moi les animaux

Moi les animaux, je ne les mange pas. Les gens disent souvent « j’aime le boeuf, j’aime le lapin, j’aime l’autruche » et ils les mangent. Je préfère que ces gens-là ne m’aiment pas. Ou qu’ils fassent un effort de champ lexical.

Curieusement, la nuit dernière, j’ai rêvé que j’allais au restaurant. Ou plutôt que j’essayais d’atteindre un restaurant très luxueux, dans un interminable hôtel de luxe. Le menu était composé d’une variation petits-pois-pois-cassés. Auparavant, dans le même rêve, j’ai (par ordre chronologique) échappé à une guerre rouge dans un monde sauvage, navigué à bord d’une boule blanche ( ? ) vers une île magnifique et dîné chez des amis. Après le restaurant, j’avais l’intention de m’acheter un pull bleu marine. Mais je n’ai jamais réussi à trouver le bon étage et j’ai fini par me réveiller, lasse de tourner en rond.

Dans mes rêves, je ne mange pas de viande non plus. Aux rapaces captifs, on donne à manger des poussins de un jour. Normalement vous dites « Mais quelle horreur ! » alors que la plupart des poussins mâles sont broyés. J’aime bien les œufs. Je suis même en empathie avec l’œuf, alors je le mange. Mais je ne mange pas de poussin de un jour. Et je ne sais pas si on peut assimiler un poussin de un jour à une graine germée, dont l’apport nutritionnel est supérieur à la graine non germée.

J’aime l’œuf comme j’aime l’île de mon rêve. Des contours définis, indiscutables, impossibles à négocier : ce qui est autour n’est pas l’île. J’ai souvent fait ce rêve décevant d’une île sur laquelle j’arrive et qui au fur et à mesure de mon exploration se révèle ne pas en être une.

Tout ça pour vous dire qu’hier, j’ai parlé nutrition, végétarisme et véganisme avec une collègue. On a parlé boulot aussi, mais j’imagine que ça vous intéresse moins.

Bonne journée mes poussins, et lavez-vous les coudes !

32 mars

Joyeux 1er avril ! C’est le jour où on rit de la blague à déflagration lente qu’était le « Bonne année 2020 ». A l’époque nous étions principalement obnubilés par les grèves et les potentielles pénuries qu’elles allaient engendrer. C’est maintenant qu’on en rit ! On disait aussi qu’elles seraient catastrophiques pour l’économie du pays. Re-barre de rire. Mais qu’elles allaient sans doute nous permettre de revoir notre façon de nous déplacer et de travailler. Re-re-barre de rire. « Edouard mon cher, repassez-moi un peu de grève, j’en ai marre du Covid-19. »

Et encore, le 19 ça n’était rien comparé au 20, dira-t-on l’année prochaine au bord de l’hilarité.

Ce sont les épreuves, vécues communément qui soudent un peuple. Chic. Nous allons enfin fraterniser. Mais ce que « découvrent » en ce moment les journalistes, c’est l’addiction de tout un peuple à la picolette. Certains spécialistes sont catastrophés, nous alertent sur le danger qui consiste à reporter nos frustrations sur la bouteille. C’est mal. J’attends l’étude qui démontrera qu’un verre de vin chaque jour immunise contre le virus.

Bonne journée mes confinés. Grosse bise de loin aux malades… Et lavez-vous les coudes !

(…) manche

Aujourd’hui, rien. Comme disait l’autre dans son journal (qui était un journal de chasse).

Aujourd’hui c’est dimanche. Je me suis reposée plus qu’un dimanche habituel. Je me suis dispensée de mes tâches habituelles : un vrai bon gros dimanche de flemme, avec sieste et lecture de bandes dessinées. Je n’ai pas écouté mes rendez-vous radiophoniques habituels, parce que les programmes sont chamboulés et les formules actuelles me fatiguent.

Je n’ai pas parlé chiffon hier, mais les dessins sont prêts.

Il fait froid dehors, mais on s’en fout. On a changé d’heure et on s’en fout aussi. C’est tranquille. La ville est calme. On se repose.

Ça reste un dimanche… Ça n’est pas un lunmanche ou un vendremanche. Et demain on ira au boulot sans y aller.

Bonne soirée les confinés et lavez-vous les coudes !