La vie des poissons

Ça doit être sympa de respirer sous l’eau, de frayer dans les vagues, de dévorer les plus petits que soi pour finir dans la gueule d’un géant. Et pourtant, le poisson a souvent l’air courroucé. Bien peigné, mais courroucé, comme lorsque je sors de chez le coiffeur.

Le poisson a bien du soucis à se faire, les océans sont pollués et notre pandémie multiplie la consommation des plastiques à usage unique, qui atterrissent dans les océans (je sais, on ne peut pas atterrir dans l’eau). Une partie de ma conscience a refusé d’admettre que le masque jetable est en polypropylène (il y a des gens qui croient sincèrement que le coca fait maigrir), tandis que l’autre partie de ma conscience se tordait de rire en briquant la maison au vinaigre.

Je ne peux que me révolter contre moi-même… Et s’il faut 450 ans à un masque jetable pour disparaître dans la nature, imaginez le temps que durera ma révolte. Certes, je ne jetterai pas mon masque dans la nature (ni dans la rue), mais dans une gentille poubelle d’ordures ménagères. L’incinération produira de l’énergie.

Au bureau, le rouleau d’essuie-mains en tissu des toilettes a été remplacé par du papier, une profonde poubelle portant mention « Réservée aux masques, gants et essuies-mains » a été placée en-dessous. L’incinération produira de l’énergie. La collecte en dépensera, le lavage en dépensait, mais on fabriquait le tissu une fois…

Bonne journée les amis, qu’importe la façon dont vous les séchez, lavez-vous les coudes.

Bien peu de choses

Je me sens obligée de vous parler de Mike Brant, j’adore étaler ma connaissance. Il s’est jeté du 6è étage, il est mort sur le trajet vers l’hôpital (relisez cette phrase). C’était en 1975, il avait 28 ans. Il n’appartient même pas au Club des 27, j’espère au moins qu’il a une question au Trivial Pursuit.

Je n’étais pas fan de Mike Brant (de son vrai nom Moshe Brand), j’avais deux ans et demi, je doute avoir été affectée par son décès, ou son art. Je n’ai fait que répondre à une question de mon fils « Il est mort comment Mike Brant ? ». Au moins j’aurais appris un truc, si jamais je rejoue au Trivial Pursuit, je saurais répondre. Ce qui suppose que trois conditions soient réunies : 1/ Je suis prise au piège 2/ Il existe une question sur Mike Brant 3/ Je me souviens de ce que j’ai appris hier (ah ah ah).

De plus, Mike Brant ne parlait pas vraiment français, il chantait en phonétique (en yaourt), mais il chantait aussi en allemand. Il aurait pu chanter en chinois, mais non.

Grâce à moi, vous êtes désormais susceptibles de remporter la victoire sur une question Mike Brant. Je me sens enfin utile. #satisfaction

Bon dimanche les amis, prenez les escaliers et lavez-vous les coudes !

Vie saine, vilaine

(Vous l’avez vu venir, le jeu de mot avec Villani ? Voyez comme j’ai augmenté la maîtrise de moi)(habiter le 14e n’est pas une raison pour s’offrir des jeux de mots sur le dos de Villani, il faut rester petit)(fin de parenthèses)

(N’empêche qu’une majuscule change tout… Rester Petit, ça n’est pas comme rester petit. Il y a des gens qui posent des majuscules partout, pour montrer qu’ils ont compris, mais dans la plupart des cas, il faut rester minuscule, sauf s’il est question de madame Minuscule. Bref, je ne vais pas parler politique, je ne suis pas assez intelligente.)(c’est fini cette fois)

Dans ma quête de la vie parfaite (chapite 12 de mon Guide pour être moi, qui ne paraîtra jamais, soyez rassurés) il est question d’exclure de mon alimentation les produits industriels. Pourquoi ? Parce que c’est mal. Au début du confinement, j’ai fabriqué des pâtes. C’était ma phase passionaria de la bouffe, des heures en cuisine, les mains dans la farine… Plus tard, j’ai préféré dessiner.

Mais l’enfant aime les pâtes, c’est même une forme d’amour inconditionnel. Je pense qu’il aime plus les pâtes que moi. Donc on achète des pâtes, il est parfois écrit artisanal sur le paquet, si on cherche bien, c’est la recette qui l’est et non la pâte. On achète aussi du chocolat et de la moutarde, des cornichons et du poisson (en conserve). Et après je culpabilise. Un jour j’ai même acheté des saussices de soja.

Et puis après, je me dis que j’ai vraiment la vie facile, ce qui me permet de me prendre la tête pour des bêtises ! (Ok, je sauve la planète à mon échelle)

Bonne journée les écolos et pas colos et lavez-vous les coudes !

Comme ça vous arrange

Quand le collège a appelé pour savoir si je comptais y envoyer mon fils, j’ai probablement répondu : « Comme ça vous arrange » je suis hyper arrangeante comme fille, donc sujette à interprétation.

C’est ainsi que mon fils a été renvoyé à la maison, au motif qu’il n’est pas sur la liste. Alors que moi, ça m’arrange toujours quand il est là. Depuis je lui répète toutes les cinq minutes que je suis une mauvaise mère et qu’à cause de moi il ne fera pas l’ENA. A quoi il répond que l’ENA n’existera plus quand il sera grand, et ça au moins, je n’y suis pour rien.

Après on dit que plus rien n’existera, à part les cafards et les scorpions, qu’on enchaînera pandémies canicules inondations, tout est foutu dans le futur, mais on s’en fout, on aura Amazon. Voilà pour l’ambiance générale.

Mais tout n’est pas perdu, il est sur liste d’attente. Nous voilà rassurés.

Bonne journée à ceux qui reprennent, aux autres aussi, restons unis dans le lavage de coudes.

Vent de fête

J’avais prévu ce matin un texte sur les marqueurs sociaux du passage à l’âge adulte.

Mais pauvres amis ! Les voisins s’en sont donnés à cœur joie cette nuit, remplissant de leurs rires et éclats de voix l’espace resserré de ma chambre à coucher ! J’avais encore l’impression de les entendre au petit matin. Ah Charlotte, tu es une vraie pote, Charlotte tu dépotes (j’ignore combien de fois ce prénom a été prononcé). Charlotte poivrote, je n’envie pas ta gueule de bois ce matin.

Je ne suis pas en état d’écrire sur les marqueurs sociaux du passage à l’âge adulte. Je replonge une fois encore dans mes archives d’inédits et voilà ce que j’ai trouvé (voir supra). Aujourd’hui, je suis en carence de sommeil, je vais être d’une humeur de dogue, je vais me traîner, je vais pleurer et maudire cette fichue nature qui réclame ses huit heures de sommeil par nuit. Les intelligents du monde dorment en moyenne quatre heures. Ils font TOUT. Ils apprennent TOUT. Ils vont sur la LUNE. Ils sont TOUJOURS contents et pensent plus VITE que nous… Enfin que moi, humble créature normale.

Tenez bon les amis, et lavez-vous les coudes.

Sur la pointe (des fesses)

J’aime bien dessiner les pieds, c’est plein d’orteils, de bouboules et de talons. Attention, je ne suis pas fétichiste. D’ailleurs quand j’étais adolescente, je peignais plutôt des seins, souvent des fesses, mais très peu de pieds. J’aurais dû faire des pieds et des mains avant de peindre des fesses : le pied est plus lisible que la fesse.

La fesse souffre d’obligations esthétiques, on veut la faire lisse et ronde, dans des dimensions raisonnables et conventionnelles. C’est assez ennuyeux, une fesse, si on y réfléchit. Maintenant, je préfère les pieds. Voilà ce qu’on appelle, je crois, la maturité. D’un point de vue pratique, il est plus aisé de portraiturer son pied que sa fesse, même avec toute la souplesse que m’apportent mes années de yoga.

Certes, je dessine mes pieds de tête, j’ai ce défaut de paresse. Quant à ce dessin, imaginez : une paire de fesses sur un cerveau aurait été une façon de dire « je m’assois sur mon cerveau », là vous voyez bien que je me hisse dessus. Il ne faut pas compter sur ses fesses pour se hisser.

Bref, rien de moins important que nos coudes à laver.

Bonne journée !

Vraie nature

J’écoute des podcasts féministes. Lorsque les protagonistes ont mon âge, ou dix ans de moins, elles disent souvent que les jeunes d’aujourd’hui sont en avance, qu’elles sont plus vigilantes que nous au même âge. Tu m’étonnes ! Qu’est-ce qu’on a pu nous répéter de bien nous tenir, de répondre gentiment, de dire merci même si le compliment est douteux, de ne pas faire de vague, de nous attacher les cheveux, de nous écraser. J’ai bénéficié récemment des conseils d’une aînée pour régler une « situation » avec un con (je dis con, pour résumer) : il faut l’ignorer. Et moi qui croyais que l’ignorance n’avait jamais résolu un problème ! Je devais me tromper…

Moi aussi, je trouve les jeunes plus éveillées (et tant mieux), sans doute n’ont-elles pas été bercées aux mêmes illusions. La théorie que je préfère est que l’homme traite la nature comme il traite la femme. D’où l’état du monde. Et toc, ai-je envie de dire. J’entends d’ici les dents grincer, et les « oui mais les femmes aussi elles polluent avec leurs tampons ». Et je me marre. Puis-je argumenter ? Difficilement : je suis un pur produit de ma génération provinciale, je sais être polie, m’asseoir correctement, porter des vêtements décents, me taire, rire aux blagues misogynes. L’enjeu consiste à brosser à rebrousse poils tout ce fatras, quitte à m’entendre dire que j’ai passé l’âge.

Ma vraie nature est dans le flou.

A demain les amis et lavez-vous les coudes !

Faux bond

J’ai failli ne pas écrire ici aujourd’hui. Grosse fatigue, irrésistible envie de rien plutôt qu’autre chose. Il y a bien-sûr l’appel du dehors, tellement décevant, de ces rues de quartier, identiques à ce qu’elles étaient avant. Il n’est pas dit qu’un ailleurs soit préférable. Plus personne n’y croit. L’horizon à perte de vue, les grands espaces, l’aventure, tout ça appartient au monde de l’imaginaire. Dans la réalité, on revient toujours devant son évier. Nous sommes ancrés, ici ou là ; nous revenons à notre lit. Les habitudes reprennent, les gestes n’ont pas besoin d’être pensés.

L’ordinaire. La période fut exceptionnelle, l’ordinaire nous attendait sagement.

D’ici quelques jours nous reprendrons la route qui ne mène à rien que nous ne connaissions déjà. L’ordinaire route du quotidien régulier, désormais régulé par les gestes qui protègent.

La distance est ce qu’on peut désormais revendiquer, notre petit espace préservé, notre souffle derrière un masque, nos pensées lissées. La distance, ce sont quelques mots qui suffisent à renvoyer chacun à son propre évier.

Demain est férié. N’est-ce pas une bonne nouvelle ?

Bonne soirée les amis et lavez-vous les coudes !

La vie du lendemain

On pourrait croire qu’il sera ici question du retour au bureau, des dîners insouciants au restaurant, des bières en terrasse, des apéros géants au Parc, des flâneries à visage découvert, des futiles occupations d’extérieur. Non. Je vous parle d’un effet banal lié à l’alcool. L’abus ? N’allons pas jusque-là. C’était un dîner standard, sans mélange de breuvages, sans matières grasses, presque sans sucre ; un coucher certes tardif pour un vendredi soir qui clôt une semaine de boulot stressante (que les gens sont pénibles avec leurs enjeux de mouchoirs de poche).

Un lendemain à vous faire regretter d’avoir été aussi raisonnable durant toutes ces semaines ! C’est vrai, le corps perd l’habitude, il faut l’entraîner, lui donner un rythme régulier, qu’il oublie vite ce coquin ! Il est perdu, il ne sait plus, trois verres de vin et le voilà noyé dans un brouillard ténu, la bouche sèche, les pieds qui traînent. Déchéance.

Que n’en profiterais-je pour délaisser ces méchantes habitudes ? A moi les apéros méditation et dîners au jus d’herbes, les gros dodos. Vivre au rythme du soleil, vivre d’eau, vivre ivre de bienséance ! Je vais y penser. Je vous donne ma réponse lundi.

Gros bisous les amis et lavez-vous les coudes.

Lapsus élévateur

Je prendrais bien un petit T pour sTimuler mon cerveau plutôt que le simuler. On dit toujours « lapsus révélateur », formule magique à la Harry Potter, entonnée par des moldus qui bien souvent nous tapent sur les nerfs. Révélateur de quoi ?

Je sais : on dirait que j’aurais un cerveau, veau de mer, mercantile, tylenol… Et j’en passe. Syndrome de l’imposteur. J’adore l’idée qu’imposteur soit un nom masculin alors que le syndrome atteint majoritairement les femmes. Si on donnait un féminin à ce nom, les femmes n’auraient plus besoin de le ressentir. Et surtout, les hommes pourraient avoir le syndrome de l’impostrice (courrier ?), de l’imposeuse (lapin ?), de l’impostresse (ulcère ?) ou de l’imposeure (est-il ?). Heureusement qu’il y a l’imposture. Tout ne commence-t-il pas par une imposture ? Notre incroyable capacité à nous adapter, à être crédules la légitimera a posteriori.

En parlant d’adaptation, j’ai traversé l’hémisphère gauche de Paris pour me rendre dans le droit et j’ai pu apprécier tout au long du chemin l’effacement des publicités au profit de la communication citoyenne : on se salue sans se toucher, on garde la distance, on porte un masque… Diantre, ce sera ainsi jusqu’à la nuit des temps ? Ai-je pensé en mon cerveau encasqué. Fun. Et je vois déjà venir une aristocratie de la distance s’opposer aux populaires embrassades. On ne change pas une équipe qui gagne.

Bonne journée les embarrassés d’embrasser et lavez-vous les coudes !