Vieillerie

Arrive le jour du mal de dos. Peut-on l’éviter ? Oui. Il y a foison de tutos sur internet, d’articles dans les magazines, de kinés dans les villes et même Ameli explique comment échapper au mal le plus répandu de nos contrées (avec la dépression et l’insomnie). Heureusement qu’il reste la dépression et l’insomnie pour se remonter le moral quand on a mal au dos. L’un n’empêche pas les deux autres, mais n’entrons pas dans cette spirale infernale. Stoppons le mal avant qu’il ne s’installe, ne se vautre dans tous les recoins de notre quotidien.

Quand le mal de dos se déclare, il accompagne une contrariété que je rumine, pendant qu’il irradie peinard jusqu’au jour où je retourne me coucher pour le dompter. Et je me dis : soit c’est le début de la vieillesse, soit c’est la fin de la jeunesse. Avons-nous un espace entre ces deux états (le bel âge ?) ? Que ne sommes-nous éternellement jeunes dans notre corps et mentalement matures ? Ah vie bizarre, comme tu es curieusement articulée. Avec la sérénité de l’âge, j’apprendrai à évacuer les contrariétés dès qu’elles se présentent et bannirai tous leurs maux (y compris la moutarde, c’est un jeu de mot idiot, j’adore la moutarde).

A ce moment-là vous pensez : ceinture abdominale. J’y ai pensé aussi. Je suis armée, je la recharge tous les matins comme un bon petit soldat qui lutte contre les méchants (moi aussi je suis en guerre, on a tous nos guerres, quoi qu’en dise Rambo C’est pas ma guerre alors que de fait, ça devient son combat, pauvre de lui). Mais ça ne suffit pas. Peut-être ne muscle-je pas dans le bon sens ? Possible. Je ne suis pas Véronique & Davina, je suis moi et c’est assez. Je vais reprendre un tuto abdos qui ne bousille pas le périnée avant d’aller m’asseoir sur ma petite chaise de travail sans croiser les jambes.

Bon lundi les amis, tenez-vous droits et lavez-vous les coudes !

Langage corporel

J’ai perdu un moyen d’expression en faisant disparaître la moitié inférieure de mon visage. Le sourire fait passer un bonjour-merci, il aide l’humour à couler, il permet de garder le silence dans certaines circonstances. Il paraît qu’on peut sourire avec les yeux, certes, mais c’est parier sur une gigantesque capacité de discernement dans le camp d’en face.

J’ai remplacé le sourire par un petit geste de la main qui me donne l’impression d’avoir cinq ans. Un petit galop de l’index et du majeur, dont je me demande s’il a un sens en langue des signes. Comment signer sans le bas du visage ? J’ai observé la traductice en médaillon du Président, je ne vois pas comment elle ferait sans la bouche.

Et puis ce truc facile : avec un jean et un pull tout simple, il suffit d’un beau rouge à lèvres pour être élégante. C’est mort. Adieu féminité.

Autant rester chez soi.

Bon dimanche et lavez-vous les coudes !

A peu près

Certains noms ont une lettre muette ou un accent fictif qui permet d’échapper au drame. Certains noms sont similaires à d’autres. Depuis qu’Agnès Buzyn, on m’appelle souvent Buzyn, alors qu’avant on disait volontiers Busy, en précisant crânement que je devais être très occupée. On m’appelle Buzyn, parce que le son est familier, on occulte l’ancienne Ministre de la Santé. La mémoire ricoche.

A l’heure du bilan, quand elle s’en prendra plein la tête, je pourrai épeler mon nom en disant « Buzyn sans haine » et on rigolera bien. J’ai hâte.

Profitez bien du soleil et lavez-vous les coudes !

De la tenue

Depuis des semaines, tel un animal rampant des collines (le lit et le canapé ont le profil topographique de la plaine, mais ils m’évoquent la colline, la moquette est la plaine, le niveau de l’eau est la rue en contrebas, c’est très joli chez moi), j’évolue dans une structure molle : pantalon hors d’âge et majoritairement composé de trous, il ne craint rien, sauf l’exposition au monde du dehors, où je me suis rendue hier.

Je me suis dit, ma vieille, tu vas voir des gens, mets de vrais vêtements. Mon jean APC, une paire de bottines à talons et un gilet vert, me voilà parée pour m’enfermer dans un bureau avec un masque. Je n’ai vu que des moitié de visages inconnus. A la fin du rendez-vous (à distance respectable) on a soulevé le masque pour se montrer à quoi on ressemble, histoire de se reconnaître si on se croise un jour dans les couloirs. Un jour…

Le jean APC, toile japonaise : quand il est neuf, on réfléchit avant de s’asseoir. Ai-je vraiment besoin de m’asseoir ? Si j’attends huit heures, je peux m’allonger directement, sans plier les jambes. APC recommande de le nettoyer à sec ou dans la mer pour préserver tenue et couleur. Je le lave en machine, mais j’ai bien préservé la torture. C’est bizarre ce contact retrouvé avec le vêtement, je me suis sentie différemment humaine. Dos droit, mains enduites de gel, pieds parallèles… J’étais une autre. Fascinante expérience. Et puis je suis rentrée chez moi, telle Wonder Woman, j’ai tourné tourné tourné et repris mes habits ordinaires.

Quelle vie mes amis ! Bonne journée et lavez-vous les coudes !

Je doute

Dans le doute abstiens-toi dit le proverbe. Si je l’écoutais, vous n’auriez pas grand chose à lire et je passerais mes journées à regarder mes pieds. Peut-on douter de ses pieds ? Ça dépend de l’odeur, me répondrez-vous.

Je suis sortie hier. Les parisiens étaient éparpillés sur les trottoirs comme un samedi de soldes. A la pharmacie, j’ai acheté des masques. Jetables.

J’ai des sacs en tissus pour acheter mes légumes, des tissus enduits de cire d’abeille pour le fromage, je fais mes yaourts, je fabrique du tofu pour ne plus acheter le plastique qui est autour, je privilégie le vrac, avec le cas de conscience qui s’impose lorsque le riz de Camargue est emballé et l’Italien en vrac. J’ai imaginé un service qui calcule la production de déchets ménagers en fonction des achats. Je me déplace à vélo, je choisis toujours le train, je trimballe mon thermos de thé partout. Mais j’ai acheté des masques jetables.

Allez savoir…

Bonne journée les amis et lavez-vous les coudes !

Je sors.

Cet enthousiasme est simulé. J’aimerais autant ne pas aller, ne serait-ce que cinq minutes, mettre le nez dans une salle d’attente. Mais l’orthodontie réclame un suivi. On pourrait tous vivre comme des sauvages, tignasses au vent et dents dehors ; seulement l’animal social qui est en nous préfère se plier aux normes qui sont les nôtres (c’est le moment de lancer ce gros débat : pour ou contre les cheveux blancs ?).

Partons donc. Suivons le chemin. Parcourons tes rues, Paris, les pieds à l’étroit dans nos souliers délaissés depuis tant de jours. Prenons le vent, le soleil, l’air dont on a tant vanté la pureté et le besoin. Ah air de Paris, vent de liberté, insouciance du baguenaudage retrouvé. Ô rues riches d’architectures, de divagations canines, de héros masqués. Comme vous m’avez manqué.

A part ça, sans doute à cause de l’émotion que je viens de décrire, j’ai très mal dormi. Réveillée par un cauchemar, j’ai mis longtemps avant de me rendormir, en faisant la liste de tout ce je ferais si j’étais en arrêt de travail pendant deux semaines. J’ai plein d’idées ! Mais je vais être raisonnable et liquider les affaires en cours avant de poser quelques jours de congés que la pluie viendra arroser.

Je suis assez portée sur la rime ce matin… Assez pour conclure par même à Hollywood, lavez-vous les coudes.

T’es sortie ?

Hé non, je ne suis pas sortie. J’ai chaussé mes baskets pour aller jusqu’à la boîte aux lettres. La boîte était vide, je suis remontée, j’ai enlevé mes baskets, je me suis lavée les mains, j’ai ouvert ma boîte mél où le collège avait laissé un courriel m’annonçant qu’un message m’attendait dans l’ENT. Je suis allée dans l’ENT où le message dit que les cours vont reprendre le 2 juin et qu’il faut répondre à un sondage. Un picto m’annonce une nouveauté dans la rubrique « Informations et sondages », pof je clique et j’apprends qu’il y avait soutien de maths pour les vacances de printemps. Bon.

Minimum vous m’avez sur le dos jusqu’au 2 juin. Tout dépend de l’évolution de l’épidémie. Par exemple si elle évolue vers l’Ouest et que par mégarde elle tombe dans l’océan, ce sera fini. Mais si elle évolue vers l’Est, elle va continuer. Si elle a peur de l’eau et qu’elle fait demi-tour, ça n’ira pas non plus. Peut-être m’aurez-vous sur le dos jusqu’en septembre où on n’aura pas besoin de se raconter nos vacances. Gain de temps, gain de productivité.

Bonne journée amis masqués et lavez-vous les coudes (j’ai laissé tomber les fosses) !

Où tousser

Cet article devait initialement porter le titre de Foule cubitale en référence à la chanson de Souchon dont on a beaucoup parlé en début de confinement. J’ai pensé recueillir zéro clic avec un titre aussi abscons, je me suis abstenue.

En ce jour de sortie de confinement (pour aller où, je vous le demande), il me semble important de localiser ce coude dans lequel on nous encourage à tousser. En règle générale, évitez de tousser ou d’éternuer, si vraiment vous ne sauriez faire autrement, ne vous trompez pas ! Choisissez le pli, la saignée, la partie antérieure, celle qu’on pourrait nommer l’aisselle (imberbe) du coude. Parfois on l’appelle fosse, ce qui m’évoque un lieu bien plus vaste que la réalité.

Nommer les parties du corps n’est pas une mince affaire. Dites omoplate et n’importe quel professionnel de santé vous jaugera avec condescendance, de nos jours il convient de le nommer scapula. Curieusement, on dit « je me suis cassé le bras », alors qu’il faudrait annoncer l’os précis qui est cassé au sein du bras. Mais personne ne vous reprendra, on s’inquiètera plutôt de savoir, sur une échelle de un à dix, où se situe votre douleur.

La question (où tousser ?) est néanmoins caduque, car à partir d’aujourd’hui, chacun tousse dans son masque. Et parle sans son masque. Et rote dans son masque. Et c’est tant mieux. Il faudra en revanche accompagner le sourire d’une gestuelle spécifique si on veut rester avenant.

Comme annoncé par tous les experts, aujourd’hui, lundi 11 mai, après des semaines d’une météo radieuse qui s’est déroulée sans nous, la pluie triomphante accompagne nos premières sorties (sourire).

Bonne journée les amis et lavez-vous les fosses cubitales !

Histoire pour mon coussin

(et pour vous aussi, si vous êtes de bonne humeur)

Pourquoi pas Emile, me demandez-vous ? Parce que Gorgozola ! Ne me remerciez pas, ce n’est qu’une blague.

Hier fut un jour marquant de notre confinement, nous avons dîné de pizzas à emporter (avis aux voisins : Toto est ouvert, sauf dimanche et lundi, comme d’habitude). J’avais presque oublié la joie simple de ne pas cuisiner, immédiatement suivie par la culpabilité d’augmenter nos déchets ménagers, puis celle de consommer pas bio. L’enfer vous dis-je.

Donc hier, on a junké. Et maintenant je boude. D’autant plus que la nourriture devient un sujet récurrent de ce blog, ce qui n’est pas le concept initial. D’ailleurs il n’y a pas de concept initial.

Mais quand même, je me pose une question, et vous la pose par la même occasion : si je mange une cacahuète, sachant qu’elle est trop grasse et trop salée, suis-je un danger pour ma santé ? Ne devrait-on pas plutôt dire « pour votre santé, évitez de manger trop trop gras, trop trop salé » (Trotro trop trop rigolo) ? Une cacahuète, c’est peanuts, comme on dit.

Bon dimanche, chillez trop trop et lavez-vous les coucoudes !

Inspiration

Pourquoi se prendre la tête ? Les enfants n’ont pas besoin de légumes, il leur faut des sucres lents et des protéines. Jambon-coquillettes-beurre, la sainte trinité, suffit à les combler. La coquillette ne saurait être une fatalité, le royaume des pâtes est peuplé de tant de sujets (que je ne vais pas énumérer, personnellement, je vénère la nouille)(un autre choix ne vous aurait-il pas étonné ?).

Mais n’est-il pas un jour, où l’on se lasse des pâtes, comme on se lasse de tout ? Et si ce jour arrive le jour où vous manquez de temps, d’inspiration et de volonté pour vous tourner vers le cassoulet, quel espoir reste-t-il alors ?

Il vous reste l’imparable Riz aux anchois : Faites cuire un riz de Camargue rond demi-complet, ouvrez une boîte d’anchois entiers à l’huile, tronçonnez une cébette bien fraîche, servez avec de la sauce soja. Chacun dosera selon son goût les quatre ingrédients, dans un joli bol. Le tour est joué, il vous reste plein de temps libre pour nourrir votre cerveau !

Gros succès à domicile… Pourvu que ça dure !

A demain mes cordons-bleus et lavez-vous les coudes !