Pass illimité

L’enfer n’est pas à la portée de tout le monde, je me vante un peu. Je suis assez vantarde, d’ailleurs je tiens un blog. Je distribue aux passants des petites cartes de visite avec l’adresse de mon blog, je me suis fait un t-shirt et des badges pour le promouvoir, je songe à déployer une campagne sur YouTube et à lancer un podcast pour augmenter mon nombre de visiteurs. J’envisage aussi de me présenter aux municipales (c’est un peu tard, mais si on recommence à zéro, j’ai peut-être mes chances) ou à la FCPE. Si je me présente à la FCPE, ça me fait une dixième raison d’aller en enfer. Bingo !

FCPE : fédération des conseils de parents d’élèves. Je me sens obligée de préciser qu’il s’agit d’humour.

Restons sur neuf, c’est un chiffre que j’aime bien, malgré mon appétence pour les objets de seconde main. Je suis favorable au week-end de trois jours et à la semaine de neuf jours de vacances.

Bon week-end les amis et lavez-vous les coudes !

Le grillon du foyer

Le grillon de foyer a besoin d’aide pour soutenir sa stridulation. Je m’époumone, je percussionne et tout ça en silence pour ne pas déranger une sommité de réunion qui sauvera le monde et ses environs.

Chers collègues de mon Cher cher (j’ai toujours dit que le mariage soulage la sémantique, on peut dire « mon mari », c’est plus simple), pensez-vous vraiment qu’une réunion doive se prolonger jusqu’à 13h10 ? N’avez-vous rien d’autre à faire de votre confinement que sauter les repas ? A moins que, bande de goujats, vous fassiez patienter votre famille ou pire, glissiez une tranche de jambon en plastique entre deux tranches de pain en mousse, à moins que pire encore, vous enfourniez dans un micro-ondes une barquette trop grasse, trop salée et trop sucrée… Je n’ai même pas envie de le savoir.

« Commencez sans moi » soupire Cher cher après avoir coupé le micro.

Franchement, les mecs ? On en parle de vos qualités managériales ou on attend demain ?

Et comme promis hier, je publie la photo du gâteau au chocolat et aux légumes.

Bonne journée les amis et collègues de mes amis, et lavez-vous les coudes !

Un grand jour

Vous me reconnaissez ? C’est moi, hyper fière d’avoir mis au monde deux magnifiques garçons, dont l’un est un homme et l’autre presque un adolescent qui fête ses douze ans aujourd’hui.

On va faire une grosse fête de malade (c’est une expression, personne n’est malade, ne paniquez pas), à trois dans l’appartement. J’ai posé ma journée, ça va guincher.

Comme d’habitude je l’ai saoulé pendant une semaine pour dire adieu à ses onze ans. Avec un peu de chance, il fera pareil avec ses enfants et nous pourrons être fiers d’avoir œuvré pour une nouvelle tradition familiale. Notez mon optimisme : je crois que mes enfants feront des enfants. C’est dire si l’euphorie me gagne en ce jour de gloire.

Le 6 mai, je peux prédire la météo du week-end qui suit, quelle que soit l’année : il pleut. C’est le week-end où on invite tous les copains sur une pelouse et immanquablement, on se retrouve dans l’appartement. Confinés, pouvait-on dire les années passées… Mais c’est une expression qu’on n’emploie plus à la légère.

Je vais faire du gâteau, demain je vous posterai la photo.

Happy you les amis, et lavez-vous les coudes !

On se détend

L’ambiance est un peu trop sérieuse sur ce blog depuis quelques jours, il est temps de cesser. Cesse, me dis-je, et ponds une blague pour détendre l’ambiance. Je m’en ouvre à mon coussin (le bien nommé Cous’) afin qu’il m’inspire un humour universel et pourtant tellement difficile à traduire. Je passe mon tour pour l’universalité, donc.

Mine de rien, je viens de vous livrer l’une de mes blagues favorites, avec celle du pingouin qui respire par les fesses, et que j’ai retrouvée en fouillant dans mes archives : .

Evidemment, je ne suis pas l’autrice originale de ces deux blagues, mais la poule a-t-elle inventé l’œuf ? Herta la pâte à tartes et ma grand-mère le vélo ?

Nous passons notre temps à emprunter ce qui a été conçu avant nous : des idées, des concepts, des mélodies, des mots, des expressions (du coup, genre, en fait, tu vois, déceptif, clivant, en terme de, en effet) et même des opinions. A la fin, on finit par tous se ressembler un peu, un peu plus depuis que nous sommes unis par le confinement.

Je vous la souhaite bonne, cette journée, et lavez-vous les coudes.

L’espace intérieur

Puisque le vide nous compose à 99,9 %, il nous laisse beaucoup de place pour notre espace intérieur. Je suis multitude de personnes en moi, multitude de paysages pour chacune d’elles. Je peux être la forêt un matin de printemps, la Seine qui coule sous les ponts de Paris, simple pivoine au milieu de mes sœurs sur le bord de la cheminée, une épopée de dunes, des cimes enneigées pour quelques années encore, souveraine un matin, solitaire une nuit, avec toute ma panoplies de mots, de traits et de parfums. Je peux aller et venir à l’intérieur de moi, revenir sans cesse sur un souvenir ou le laisser se dissoudre sans un regret. Je décide où aller, quel chemin fouler, quelle pensée suivre, laquelle chasser, si tenace soit-elle, que sa rémanence ne soit qu’une couleur maintes fois lavée et diluée dans mon paysage. Nous sommes riches de ces mondes que nous élevons, le plus souvent en secret.

La grande poupée contient toutes les autres, si on les place côte à côte pour former une famille de femmes, elles sont vides alors. Selon les modèles, la plus petite est pleine et ne s’ouvre pas, ou alors elle s’ouvre et reste vide. On peut y ranger un secret minuscule. Il faut attendre la fin pour savoir. Je vais rester confinée encore un peu.

Bonne journée matriochkas, et lavez-vous les coudes (ça ne va pas être facile ! ).

Matérielle Girl

Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? Je ne sais pas. Mais un pouvoir de nuisance, c’est certain. Nos objets se débrouillent toujours pour nous trahir au pire moment, avec pour seule intention -je le soupçonne- de nous faire regretter notre attachement à leur égard. Il ne faut pas s’attacher aux objets, c’est exactement ce que j’expliquais à mon coussin (en lin, avec des pompons aux quatre coins, il est tellement chou que je lui ai choisi un compagnon dans une autre couleur, afin qu’ils échangent entre pairs, en faisant la paire. Bref). Il n’a rien répondu, mais il avait un air espiègle et câlin, j’ai tout de suite compris qu’il n’en pensait pas moins.

Hier j’ai fracassé mon téléphone contre la porte de l’immeuble. L’émotion, sans doute, de mettre le nez dehors et probablement une once de culpabilité de n’avoir point de masque tendu sur ce nez. Mon téléphone s’est vengé de sa servilité, tout comme la minuterie du four, le thermostat de la plaque à induction et mon stylo bille. Tous ces objets se sont ligués contre moi, mais je tiens bon. Je ne lâche rien.

Sinon : Material Girl est une chanson de Madonna, sortie en 1985 dont le propos traduit son désir d’une vie riche et aisée. Nous pouvons rapprocher ce propos d’une citation de Marguerite Duras : « Je veux bien ne pas avoir d’argent dans un monde désargenté, mais je ne veux pas être privée d’argent dans un monde où il y est. »

Ainsi puis-je justifier de me représenter en Madonna (elle-même se représentant en Marilyn) plutôt qu’en Marguerite Duras, c’est dimanche quand même !

A demain amis de l’immatériel et lavez-vous les coudes !

Une conversation téléphonique

Le mot magique : masque. Toute personne normalement constituée, en pleine pandémie, devrait visualiser un masque FFP2. Pas moi. D’abord je pense au masque de beauté et ensuite au masque de carnaval. Mon secret ? J’ai arrêté les infos, je ne sors pas, je parle avec mes coussins. Ils vont bien.

Mettons que mon inconscient s’en mêle, imaginons que tout ceci ne soit qu’un rêve à interpréter : je me soucie de mon apparence et tout n’est que mascarade. Y compris lorsque je me soucie de mon apparence. Ouf !

Bonne soirée, visages nus ou dissimulés, et lavez-vous les coudes !

Cher travail

Cher travail,

Ça commence à faire un bail qu’on se connaît, toi et moi. Le temps défile à folle allure, à tel point que je me suis retrouvée un matin, au milieu du gué, portée par le courant. Un peu plus loin qu’au milieu, pour être honnête, même s’il m’en coûte d’avouer qu’il nous reste moins d’années à venir que d’années passées. Je te l’ai dit, le temps file.

C’est ta fête aujourd’hui, mon cher travail et je suis heureuse de te fêter sans t’encombrer de ma présence. Tu restes là-bas, sur mon bureau de télétravail, face à mon bureau de dessin. Je tourne la chaise pour passer de l’un à l’autre, comme si j’avais deux amants. Je respecte vos horaires et vos habitudes, vos manies et vos exigences. C’est quand même à toi, mon cher travail, que je consacre le plus de temps. Il m’en coûte parfois, mais n’est-ce pas toi, justement, qui me rapporte ?

Je ne voulais pas d’un travail qu’on dépose en même temps que son manteau, en rentrant le soir à la maison. Je voulais que le travail fasse partie de ma vie et c’était le sens que je donnais au mot artiste. Artiste/travailleuse… ça n’est pas possible. C’est porter une grimace derrière la tête en permanence. J’aurais adoré passer mes journées à peindre. Mais j’ai fait ta rencontre et emprunté ton chemin, sans savoir où il me conduirait. J’ai cru au début que je serais de passage, qu’il me suffirait de faire un pas de côté pour rejoindre ma bulle. Mais le temps a passé et le temps est venu où tout abandonner pour un atelier spartiate aurait été illusoire. Il faut beaucoup croire en son talent pour lui consacrer sa vie.

A toi mon cher travail, je ne donne pas tout de moi. Nous avons un mariage de raison. Je donne avec retenue, mais sans réticence. Je donne un fragment d’intellect, de la volonté, de la ténacité, du courage et le moins possible d’affect. Tu dois rester à ta place, conscient à l’extrême de ton incapacité à me combler. Je te tiens à distance. Il y a toujours un refuge en moi où je me précipite pour te résister. En moi est ancré ce rejet profond de me soumettre à tes exigences. Je ne serai jamais totalement sérieuse en jouant cette comédie.

Nous ne vieillirons pas ensemble, cher travail, mais je te souhaite une bonne fête et te remercie pour ce que tu m’apportes. Et lave-toi les coudes, ils sont pleins d’huile.

Charmantes créatures

Mon élevage involontaire de mites croît et je risque de vous en parler pendant des mois, à moins que mon fils ne les extermine toutes ou qu’elles volent vers le vaste monde par la fenêtre grande ouverte. Volez volez petites mites avec vos ailes de poussière ! Pourquoi rester confinées alors que rien ne vous y oblige ? Chaque créature est motivée par ses instincts intrinsèques, et je pense, après moults réflexions que la mite est sourde et mon fils ultra drôle.

Suis-je objective ? Non ! Lorsque mon fils répond « caca » à toutes mes questions, je m’enroule de rire sur la moquette du salon (on se déchausse en rentrant, je peux me vautrer sur la moquette, ne faites pas cette tête). En ce qui concerne l’avenir de l’homme sur la planète, mon fils est assez pessimiste : c’est game over en 2091. Je n’ai jamais bien différencié la lucidité du pessimisme. Lorsqu’il balance ses prophéties, j’ai envie de l’interviewer pour connaître en détail notre funeste futur. Pourvu qu’on meurt avant (oui, mais de quoi ?). Au moins, lorsqu’il est dans une phase caca, on se détend.

Je commence avec des mites et ça se termine en fin du monde, c’est probablement à cause de la pluie. Elles ne vont jamais se barrer s’il fait ce temps-là…

Demain, c’est la bien nommée « Fête du travail », je me demande si je peux publier un article. Ne serait-ce manquer de respect à l’ensemble des travailleurs ? Aux vrais blogueurs ? Aux vrais dessinateurs ? Aux travailleurs de la plume ? Je vais dormir sur ce cas de conscience (mais plus tard, parce que là j’ai du boulot).

Bonne journée divines créatures et lavez-vous les coudes si vous en avez !

Il est heureux de savoir où glander

On n’emploie plus trop « glander », c’est un verbe désuet, un peu vulgaire, un peu populaire, la mâchoire s’effondre à la prononciation de « glande ». J’aime la glande, ça fait amateur d’abats (pas ABBA, Knowing me knowing you ha-ha), c’est boucherie du temps libre. Maintenant on aimer chiller. On chille sur canapé, on chille dans les parcs et jardins, on chille avec son chien ou avec ses copains. On chille bien entendu le dimanche matin, si on est deux, on peut se chiller dessus. Chiller, c’est la nouvelle glande ; mais entre temps on a goûté aux joies du farniente et c’était d’une distinction supérieure. Il n’y a pas de verbe d’action pour farniente, on n’a pas farnienté en Italie, on a glissé dans le farniente, comme au fond de la piscine. C’est doux, c’est élégant, c’est suranné, c’est terminé. On avait un costume blanc et les pieds nus dans les mocassins, on portait une robe fluide dont la bretelle fine glissait sur l’épaule. C’était toute une histoire dans un seul mot.

Glander permet de glandouiller, version effleurée de la paresse, la glandouille est insouciante et passagère. On glandouille entre deux trucs, le nez en l’air, l’air de kiffer les nuages. Nul ne chillouille, nul ne farnientouille, mais on pourrait cependant farnientouiller son thé un mardi après-midi, ce serait charmant.

Tout ça pour dire que ça reste l’une de mes activités préférées, glander.

Bonne journée les glandouilleurs et lavez-vous les coudes !