Rester aimable

Avoir un chat était quand même bien pratique. Réceptacle innocent de la mauvaise humeur, de la poisse et de l’agacement, il endossait la responsabilité de tout ce qui allait mal. Ah chat, comme tu manques à mes colères. En fait non, pas du tout. Depuis que chat est parti au royaume des chats, je suis beaucoup moins en colère : chat était bel et bien responsable de tout ce qui vrillait dans ma vie, urine sur canapé comprise !

Autre hypothèse à cette mauvaise foi assumée : j’ai mûri. Pas grandi (je plafonne hélas à cent soixante centimètres), pas vieilli, mûri. Mais j’en sors grandie, mais pas vieillie ni mûrie. Si vous voyez ce que je veux dire. Je prends en charge ma colère (et l’ensemble de mes logiques, ce qui n’est pas rien).

Je m’efforce de rester aimable en toutes circonstances. Voui. C’est plus facile sur un lieu de travail où le costume me structure qu’à la maison où il y a relâche. Je pourrais être aimable tout le temps, franchement, ça ne serait pas un effort surhumain. Tout le monde est très gentil ici, et pas stupide (les gens bêtes sont agaçants, inutile de le nier !). Je pourrais être hyper cool tous les jours, sympa, détendue, rassurante, parfumée, souriante… Mais ce serait trop facile. Tss tss, qui voudrait être aimé pour ses seules qualités ?

Je m’accorde plusieurs fois pas jour un excès d’agacement (simulé ou non), afin de réveiller un peu la dynamique plan-plan du foyer. En l’abscence de chat, le travail permet facilement de justifier mon courroux (coucou).

Ah comme la vie est belle !

Bonne journée les colériques et les doux, et lavez-vous les coudes !

Comment se débarrasser des mites alimentaires

Ami lecteur, si tu viens ici pour trouver le moyen de chasser la mite alimentaire de tes placards, j’en suis désolée. Ai-je une tête à parler trucs et astuces ? Honnêtement ?

Vous ne voulez pas de mites alimentaires ? N’en achetez pas ! Haricots en conserve et poissons panés, petits pois surgelés et jambon sous vide sont autant de sésames pour une cuisine démitée.

Lorsque la mite est là, louez l’espièglerie de son vol enjoué ; et la joie d’habiter une maison vivante. Cessez de lutter, acceptez simplement d’être une créature parmi d’autres. J’ai aussi dans ma cuisine une araignée qui descend le long de son fil à la nuit tombée et pendant trois jours j’ai eu une petite fourmi… Je me sens à la campagne. Je me sens en empathie avec les créatures terrestres. J’appartiens à écosystème, mon rôle ne consiste pas à le discipliner, mais à le respecter. Ô joie d’appartenir.

Pis personne n’a encore révélé que la mite est susceptible de transmettre le Covid-19, alors pourquoi se faire du mouron (patapon).

Bon lundi amis des mites, restez chez vous et lavez-vous les coudes !

Pouce vert et morne pousse

« Pour réussir sa vie, un homme doit faire un enfant, écrire un livre et planter un arbre. » C’est une citation de Compay Segundo. J’ai parcouru sa page Wikipedia sans y trouver de livre ni d’enfant, quant à l’arbre… Sinon, je n’accorde aucun crédit à cette phrase, à moins de se mettre d’accord sur le sens du mot « réussite », qui comme vous le savez, est un jeu de cartes à une seule personne, qu’on appelle aussi patience. On réussit là où les autres renoncent, parce qu’on est très patient…

S’il me fallait réussir selon Compay, il ne me resterait plus qu’à planter un arbre. Fastoche, que je me dis, passe-moi une branche et de l’eau que je bouture rapidos. Et ni une ni deux, je me saisis d’une branche de sauge, car qui a de la sauge dans son jardin n’a pas besoin de médecin (je n’ai pas de jardin, qu’importe je fonce) d’un pot de yaourt en verre et point.

Comme je trouve le rituel assez léger comparé à la promesse (réussir sa vie), je compose une formule d’encouragement pour cette petite branche qui doit pousser ses radicelles hors de son mini tronc. Si je devais en faire autant, je perdrais mes moyens.

J’encourage, donc, chaque jour, un petit mot gentil, une présentation de l’appartement, un peu de radio, quelques podcasts, pousse ma grande, lui dis-je. Mais son mini tronc reste glabre, ses feuilles fanent et se courbent.

Voilà comment j’ai raté ma vie.

En revanche, pour l’élevage de mites, je suis au top. Si vous en voulez, je vous en mets de côté pour égayer vos soirées.

Bonne journée les amis, plantez des arbres et lavez-vous les coudes !

Vous dormez bien ?

Il est beaucoup question de rêve et de sommeil. Nous avons ça en commun, ça et la bouffe. Tous, nous dormons, que nous travaillions ou non, que nous sortions ou non, nous mangeons, nous dormons, nous rêvons. On peut échanger sur le sujet.

Dormez-vous bien ? Faites-vous de beaux rêves ? Il paraît que vous rêvez de trains qui sont retardés ou prennent la mauvaise direction. Il paraît que vos cauchemars sont plus nombreux, plus intenses et le sommeil difficile à trouver. Vous vous décalez, comme pour changer d’hémisphère. Les matins raccourcissent, les soirées s’étirent ; il n’y a pourtant rien à faire de plus durant la nuit, qu’à gâcher l’électricité.

Je dors bien, il ne faut pas croire ce que je dessine. Lorsque j’ai l’impression de me réveiller la nuit, c’est que le matin est arrivé. Suis-je encore moi lorsque je dors ? Non. Incontestablement, nous sommes deux. Longtemps, dans la chambre de mon fils aîné a traîné cet exercice de physique « Dans mon lit, à quelle vitesse je me déplace ? ». Je n’ai jamais eu le corrigé, mais je parie qu’il n’aurait pas répondu à la question telle que je la visualise.

J’ai passé beaucoup de temps à « visualiser » les choses durant ma scolarité, avec une lenteur méditative et une perplexité qui ne m’ont pas rapporté beaucoup. Sauf maintenant. Je vais où je veux, et lorsque je dors je me déplace encore plus rapidement, le physique, la réalité, ont une importance toute relative.

Bon week-end, dormez bien et lavez-vous les coudes !

Les grands espaces

Les grands espaces sont intérieurs. Heureusement : s’il en était autrement, le parisien serait toujours en train de se plaindre.

Dans l’appartement encombré, l’adulte équilibré doit faire des choix. Ouvrir un tiroir et trier. Déposer à gauche ce qui mérite d’être gardé et à droite ce qui peut être donné et dans le sac ce qui part à la poubelle. Peu de choses peuvent être données.

Donner, c’est pour la gamme supérieure des objets qu’on possède. Ils doivent être utiles, utilisables, pas trop usés ; et nous être inutiles, à nous. C’est la catégorie rare des objets qui peuvent être utiles à d’autres. Par exemple une trancheuse à jambon le jour où vous décidez de tourner végétarien. La table à langer lorsque l’enfant entre au lycée.

Donc hier, j’ai descendu dans mon jardin (la chambre de mon fils) et j’ai croisé les petits fruits en bois, rattachés en leur milieu par une pastille velcro. On dirait qu’on serait en train de couper des fruits, ai-je pensé. Et tchac-tchac, avec le petit couteau en bois, je les ai sectionnés. Et ploum, je les ai ressoudés et rangés dans leur petite boîte, ni vu ni connu. C’est qu’il a bien passé l’âge de jouer à la dînette, mon collégien.

(A ce propos, en dépit des fruits et légumes en bois, du petit service à thé rouge à pois blancs, il n’est pas hyper volontaire pour mettre la main à la pâte… C’est bien du gros n’importe quoi les jeux éducatifs !)

Techniquement, nous pourrions donner les jouets. Mais je ne suis pas encore prête. Je préfère me plaindre du manque d’espace.

Amusez-vous bien aujourd’hui et lavez-vous les coudes !

Moi les animaux

Moi les animaux, je ne les mange pas. Les gens disent souvent « j’aime le boeuf, j’aime le lapin, j’aime l’autruche » et ils les mangent. Je préfère que ces gens-là ne m’aiment pas. Ou qu’ils fassent un effort de champ lexical.

Curieusement, la nuit dernière, j’ai rêvé que j’allais au restaurant. Ou plutôt que j’essayais d’atteindre un restaurant très luxueux, dans un interminable hôtel de luxe. Le menu était composé d’une variation petits-pois-pois-cassés. Auparavant, dans le même rêve, j’ai (par ordre chronologique) échappé à une guerre rouge dans un monde sauvage, navigué à bord d’une boule blanche ( ? ) vers une île magnifique et dîné chez des amis. Après le restaurant, j’avais l’intention de m’acheter un pull bleu marine. Mais je n’ai jamais réussi à trouver le bon étage et j’ai fini par me réveiller, lasse de tourner en rond.

Dans mes rêves, je ne mange pas de viande non plus. Aux rapaces captifs, on donne à manger des poussins de un jour. Normalement vous dites « Mais quelle horreur ! » alors que la plupart des poussins mâles sont broyés. J’aime bien les œufs. Je suis même en empathie avec l’œuf, alors je le mange. Mais je ne mange pas de poussin de un jour. Et je ne sais pas si on peut assimiler un poussin de un jour à une graine germée, dont l’apport nutritionnel est supérieur à la graine non germée.

J’aime l’œuf comme j’aime l’île de mon rêve. Des contours définis, indiscutables, impossibles à négocier : ce qui est autour n’est pas l’île. J’ai souvent fait ce rêve décevant d’une île sur laquelle j’arrive et qui au fur et à mesure de mon exploration se révèle ne pas en être une.

Tout ça pour vous dire qu’hier, j’ai parlé nutrition, végétarisme et véganisme avec une collègue. On a parlé boulot aussi, mais j’imagine que ça vous intéresse moins.

Bonne journée mes poussins, et lavez-vous les coudes !

Entrechat

Ah les heureux propriétaires de chats ! Ils ont toujours une anecdote à raconter, une photo à montrer, des poils à brosser. Sur ce point-là, j’ai déjà prévenu tout le monde : quitte à avoir un chat, ce sera un sphynx ou rien. Le sphynx a un sphincter, c’est indéniablement un chat (ça et d’autres détails, comme les griffes sur le canapé, le nettoyage de la litière et les miaulements exigeants), mais un chat qui ne laisse pas de poils ! Vous savez que des années après la mort du chat classique, on retrouve toujours ses poils incrustés dans les mailles des pulls ? C’est tenace, un poil de chat.

Ma décision est donc prise depuis longtemps : si chat il y a, ce sera sans poil. Et tout le monde de dire « Mais c’est moche un chat sans poil. » et moi de répondre « Tant mieux. Comme ça il n’y a que moi qui l’aimera. » et de penser ensuite que j’ai un raisonnement vraiment débile sur l’exclusivité et que je dois avoir un bon fond de fille possessive et jalouse et que je dois être pénible à vivre. Puis je me rappelle que je n’aurai pas de chat, donc on s’en fout.

Je ne peux donc pas, après avoir évoqué Dieu, les culottes et la bouffe, vous parler de chat. Ce qui me permer probablement de conserver quelques lecteurs…

Bonne journée aux amoureux des chats, et lavez-vous les coudes !

Parlons culotte

Partout ailleurs, il est question de nourriture (comment se nourrir durant le confinement, composer ses menus, cuisiner rapidement, mijoter longuement), et d’alcool (à partir de combien de verres sort-on du raisonnable, sachant qu’on ne prendra pas le volant et que le réveil ne sonnera pas) ; ici et aujourd’hui, la culotte sera le sujet de fond.

Lorsque je compose ma tenue, je choisis d’abord les souliers que je vais porter, mais je commence toujours par enfiler une culotte. En confinement, je ne porte pas de souliers. J’enfile une paire de baskets pour aller faire les courses, et tout le monde le sait : les baskets ne sont pas de souliers, quel que soit leur prix et même si Louboutin en fait.

La culotte est un fondamental de la garde-robe, bien cachée et de préférence indécelable (et me revient à la mémoire l’image de cette cycliste dont le string s’agitait au-dessus du pantalon… Non non non), elle est un confort et un réconfort dans certaines situations. En cette période de confinement, si j’ai cessé les souliers, j’ai aussi cessé les « tenues », mais pas la culotte. Certains matins, j’en porterais bien deux.

S’il existe en France un Musée de la culotte où on peut observer l’évolution de ce vêtement selon les époques, le milieu social, la région, le métier et l’âge ; j’aimerais bien le visiter. En attendant, mon musée personnel ne cerne qu’une catégorie dans une seule époque : la mienne. La salle des archives est au milieu de l’exposition temporaire, et les trésors sont rares. Je mène parfois quelques travaux de restauration et d’autres fois des travaux de recherche pour enrichir certaines collections (frous-frous, par exemple, comporte plusieurs pièces).

Je ne passe pas non plus ma vie dans mon tiroir à culottes (j’ai un cerveau), et si tout se passe bien, je n’y pense pas toute la journée, mais lorsqu’on se croise, ma culotte et moi, aux toilettes, je lui fais un petit sourire si elle est rigolote et un soupir si elle est fatiguée.

Bonne journée mes petites culottes et bonne journée chez lecteurs (et lavez-vous les coudes ! ).

De grandes échéances

Lorsque la classe était libérée pour la récréation, nous formions un grand mouvement de cris vers la porte et lâchés dans la cour, nous nous éparpillions aux quatre vents. S’il pleuvait, nous nous serrions le long du mur, contrariés et déçus. Lorsque l’ancienne maîtresse a été remplacée par une jeune plus stricte et qu’il fallut se tenir en rang et sortir sans crier, tous les jours sont devenus des jours de pluie. Certains ont le talent de gâcher la joie. Ceux-là, il faudrait leur interdire les salles de classe, les jardins et les entreprises. Qui a dit que les sinistres sauveraient le monde ?

Le 11 mai ne sonnera pas le début de la récré, que les choses soient claires. On va y aller mollo, par étape, selon des règles claires, mais avec le sourire. Disciplinés et détendus. Sérieux et hilares. Vous voyez le style ?

Bonne journée les confinés et lavez-vous les coudes !

Univers univers

Comment faisait-on avant l’invention du casque ? Avec mon frère, nous avions un mange-disque Davy Crockett, Davy Crockett, l’homme qui n’a jamais peur y tournait en boucle Il était né-hé dans le Tennessee… Ensuite j’ai eu un électrophone, l’enceinte en plastique rouge servait de capot. J’écoutais Michel Berger, puis Indochine, Elli Medeiros, Partenaire Particulier et d’autres pépites des années 80. Mais pas des tonnes non plus, parce que les disques coûtaient cher. Alors on se les prêtait et quand on faisait des boums, chacun apportait sa pile. Tous les disques portaient le nom de leur propriétaire. Il fallait voir nos expressions d’endeuillés lorsque le disque était rayé. Une tragédie.

Je me souviens être allée chez une fille qui avait quatre mètres en linéaire de 45 tours, alors que je n’ai jamais dépassé les cinquante centimètres. Parents très aisés, goût éclectique, nous ne sommes jamais devenues amies, la différence entre nous était trop vaste et je ne me rappelle plus son nom.

Avec le mange-disque qu’il fallait se partager, les disputes étaient fréquentes. Candy Candy exaspérait mon frère, dès qu’il entendait ses petits sanglots, il réclamait son tour (soyons honnête, Candy avait très peu de rapport avec sa revendication… Le droit d’usage était l’enjeu). A l’époque, il était impossible de cacher ce qu’on écoutait, il déboulait dès les premières notes et faisait valoir son autorité.

L’acoustique de l’électrophone combiné à mon appétit pour la répétition, induit par le manque d’envergure de ma discothèque, venaient à bout de la patience parentale (pas bien épaisse, il est vrai). Je me faisais engueuler tout le temps, ce qui est le lot de l’adolescente dont la chambre jouxte celle des parents. Ah que n’ai-je eu un casque à l’époque !

Le Walkman est arrivé. Chouette nouvelle, éternel dilemme que posait le choix du support (cassette ou vinyle ?) lorsque sortait un tube. Ensuite on a fait des copies, des compils, des copies de compils et c’était la fête. On pouvait demander à les passer dans l’auto-radio parental ; la demande était rarement acceptée, au motif que le son était de mauvaise qualité (la qualité, un argument d’adulte) ; mais comme l’auto-radio flinguait les cassettes, ce qui était une tragédie, on a fini par regarder ailleurs, grandir et acquérir l’autonomie du transport.

Écouter de la musique ensemble, en famille ? Ça nous arrive quand on prend l’apéro : moment festif. En dehors de ces moments, chacun écoute ce qu’il aime, quelle qu’en soit la qualité. 

Hier, les voisins d’en face écoutaient The Wall (l’album complet) des Pink Floyd, fenêtres grandes ouvertes, en communion avec leur jeunesse. Je les crois vraiment au bout de leur vie…

Bon dimanche mes petits coquelicots et lavez-vous les coudes !