Femme d’intérieur

En temps normal, je me force toujours un peu à sortir de la maison. C’est une vaine occupation que de passer du temps à l’extérieur quand il y a tant à faire à l’intérieur.

Les murs de mon appartement circonscrivent ce que j’aime le plus au monde. Et ils n’en font pas partie, c’est à dire que ce pourrait être un autre appartement, une autre maison, une autre chambre pourvu qu’elle soit mienne. Cet aspect de moi n’est pas passé avec l’âge, tout comme il n’est pas venu avec lui. Rester dans ma chambre, ne pas aller à l’école, garder le silence, bricoler mes bricoles est tout ce que j’aurais souhaité, enfant.

Quelle espèce d’adulte serais-je alors devenue ? J’aurais placé au coeur de mon quotidien tout ce qui s’en situe à la périphérie. J’aurais goûté le monde à dose homéopathique et sa saveur en aurait été plus prégnante, j’aurais emporté un fragment de son bruit qui détaché du brouhaha aurait révélé une histoire. Et j’aurais joué longtemps avec cette saveur et cette histoire, je les aurais multipliées.

On peut toujours se prendre à rêver. Contactés pour l’évoquer, les proches de Christophe ont dit qu’il avait vécu confiné toute sa vie. Comment faire autrement, si on veut créer ?

Bon week-end ensoleillé les amis , et lavez-vous les coudes !

No pain no gain (Dieu)

Hier j’ai fanfaronné sur le sujet d’aujourd’hui : je vais parler de Dieu. J’ai écourté ma séance de yoga de quinze minutes pour avoir le temps de réfléchir, tout en sachant que ça ne serait pas suffisant.

Sans rire, vous me voyez parler de Dieu ? Lequel d’abord, sous quel prisme ensuite et avec quel axe enfin ? Dieu c’est un peu comme l’humour : on aimerait qu’il soit universel, mais c’est ce qu’il y a de moins bien partagé (j’ai l’impression de paraphraser un comique quelconque).

Lisez Victor Hugo, ça sera mieux. Ou relisez-le, ça occupe. Ou lisez Bobin, c’est bien.

« Ils ont fait de toi une image, ils ont fait de toi une idole, ils ont fait de toi une Eglise. Moi je fais de toi un coquelicot, l’étendard minuscule de l’éternel, le fleurissement par surprise. » (Le Christ aux coquelicots – Christian Bobin – Editions Lettres vives – 2002).

C’est joli, n’est-ce pas. Bobin est un rebelle. Quand il écrit sur Dieu, il partage une vision « God next door », comme disent les américains à propos de la femme réelle (par opposition à l’actrice inaccessible, si j’écris « simple », « accessible », « naturelle » pour qualifier la Girl next door, on change de registre, on tombe dans « La femme d’à côté »). Le Dieu à portée de main, ça me laisse rêveuse. Quel veinard ce Bobin.

Que dire du titre de cet article ? C’est un titre provisoire que je vais laisser. Il est en anglais, mais prononcé à la française, avec le prisme de Dieu, il prend un sens particulier. Qu’est-ce qu’un titre ? Dirait Juliette, ça n’est ni le pied, ni la main, etc. Si La Bible s’était appelée La Boble, son succès n’aurait pas été démenti.

Vous comprendrez que je ne dise rien du sujet de demain.

Bonne journée mes coquelicots et lavez-vous les coudes !

Esprit mantra

Esprit mantra, es-tu là ? Eh non. Dommage, je suis persuadée du bénéfice du mantra sur l’esprit. Les mots répétés résonnent et bercent le corps et la tête dont les pensées sans cesse courent dans tous les sens, ou se fixent parfois sur une seule phrase, négative de préférence, venue de nulle part (ou de la radio restée allumée dans un coin de la pièce). J’aimerais bien essayer, mais je n’aimerais pas réveiller toute la maison avec mes incantations.

Intérioriser le mantra et couper le son n’étant pas une solution, je renonce temporairement et le place dans ma Caisse de retraite.

Vous n’avez pas de Caisse de retraite ? C’est là qu’il faut ranger tout ce que vous ne pouvez pas faire dans votre vie actuelle, mais qui deviendra possible lorsque vous en aurez terminé avec ce satané boulot. Certaines intentions ne peuvent pas être placées dans votre Caisse de retraite : sauter en parachute, devenir chirurgien, participer à une compétition de poney… Ce qui concerne les sports extrêmes, ça n’est pas possible. Il faut le faire avant.

Je ne médite pas non plus. Pourtant je ne risque pas de réveiller grand monde, même en y allant à fond. Tout le monde médite, de nos jours. Tout le monde « s’ancre », parce que le monde bascule.

Il faut se tenir au pinceau tandis que l’échelle disparaît. Il n’y a pas d’autre solution.

Demain, je vous parlerai de Dieu dans tout ça.

Bonne journée mes petits confinés et lavez-vous les coudes !

Sommeil sommeil

Laissez entrer le sommeil, Le sommeil donne la même couleur aux gens, sommeil d’été, Seul le sommeil surplombe tout, La nuit je dors… Vous connaissez la chanson, je ne vais pas vous faire un dessin : j’overdose de sommeil. Je ne sais plus comment avoir autre chose que la flemme.

Vacances obligent (je poursuis mon mi-temps vacances) je fais une sieste après le déjeuner, avec cette impression d’être changée en enclume, et de m’enfoncer aussi profondément dans le sommeil que dans le matelas, avec un engourdissement instantané de tout le corps. Un délice. Je dois dormir vingt minutes, pas plus. Ensuite je me lève pour « faire un truc », mais je pense n’avoir fait aucun truc depuis le début des vacances.

Le soir, je me couche à 22h30 maximum et je dors toute la nuit. Si j’atteins mon lit plus tôt, je lis. Avant la sieste aussi, je lis. Mais je m’endors presque instantanément. C’est assez frustrant, je n’ose pas prendre le livre à un autre moment de la journée, de peur de m’endormir !

Quelle ne fut pas ma joie, ce matin, d’ouvrir les yeux à 5h20 ! Aurais-je comblé mon déficit, rattrapé mon retard, touché le fond ? Vais-je remonter à la surface de ma vie et m’éclater en dansant toute la journée sur de la musique rock ? Vais-je saisir toutes les opportunités que m’offre la vie : nettoyer les carreaux, ôter les tâches de la moquette, laver le linge délicat à la main, repriser mes pulls tous déchirés au coude (le gauche), dépoussiérer les plinthes et les plaintes, lessiver les étagères de la cuisine, nettoyer chaque bocal, chaque ampoule, chaque tuyau ?

Vous le saurez dans le prochain épisode.

Bonne journée les éveillés et lavez-vous les coudes !

Ô pression

Hier l’été s’est arrêté et le Président a annoncé qu’on n’irait pas boire de bière pression avant juillet. Il l’a dit avec ses mots à lui, mais j’ai bien reçu le message. La dame sur la droite l’a dit avec ses gestes à elle, et j’ai bien reçu son message également. Le type qui transcrit ce que dit le Président l’a dit avec ses lettres et quand il a tapé « foutu » à la place de « futur », j’ai continué à recevoir le message.

Les températures ont chuté brutalement, elles ont bien reçu le message. Restez chez vous, buvez de la bière bouteille, artisanale de préférence, bio si possible, pas trop alcoolisée, sans sucre ajouté (bon sang, vous allez tout savoir de moi).

J’ai remis le chauffage (je vous ai dit que l’appartement est au nord ?), j’ai fait mon yoga sans broncher, je n’ai même pas pesté en tendant la main vers la jatte (j’adore le mot jatte) de pâte à pain qui n’était pas là, vu que j’ai oublié de faire le pain hier. Je me suis dit, tant pis. C’est moins grave que bien des choses. Tout est moins grave que bien des choses en ce moment. Je suis pépouse sur le canapé, j’ai les pieds au chaud et je m’apprête à prendre mon petit-déjeuner. Le ciel est bleu. C’est bien.

Bonne journée les bien-heureux et lavez-vous les coudes !

Télécran

J’avais un Télécran lorsque j’étais enfant. Je pouvais passer des heures à dessiner, à essayer d’en comprendre la magie. Le plus grand défi consistait à tracer des cercles. Une fois l’oeuvre accomplie (ou ratée), secouer le Télécran faisait disparaître l’image. Un jeu vain, donc, dont l’équation magique s’est résolue lorsque mon pied est passé au travers de l’écran, révélant une épaisse crème dorée (probablement toxique sur le modèle d’origine).

Lorsque j’ai remis la main sur un Télécran, trente ans plus tard, je n’y ai pas passé des heures. J’ignore si ma perception du temps a changé (tout s’est accéléré) ou si le jeu m’ennuie. La réponse est probablement : la somme des deux.

L’écran qui crame mon temps en ce moment est celui de la tablette où je regarde des séries. Bones, 12 saisons,246 épisodes de 46 minutes. J’en ai regardé 29, ça avance bien. Les histoires d’amour bourgeonnent tranquillou. On apprend la patience en révisant son vocabulaire (heureusement, je regarde en VO) anglais. Avec un peu de chance, j’aurais le temps visionner tous les épisodes avant la fin du confinement.

Il est important de se fixer des objectifs, et un cadre, nous a-t-on dit, pour réussir son confinement. Voilà qui est fait.

Bon lundi chômé mes amis, et lavez-vous les coudes.

Voisin voisine

Si vous avez la chance de fraterniser avec vos voisins à 20h tapantes, vous remarquez peut-être leur authenticité.

Le rebord de la fenêtre prolonge agréablement leur appartement et devient le dehors de leur intérieur. Ils s’exposent aux regards tels qu’ils sont vraiment, à chaud. Mes voisins ont eu chaud hier. Plein soleil toute journée, c’est l’atout passéiste des appartements orientés sud. Ce sont de nouveaux voisins, ils ont aménagé début mars. On ne se connaît pas vraiment, leurs rideaux sont curieux. Les précédents voisins avaient un chien, un fabuleux vieux batard qui sortait ses maîtres dans les rues du quartier, l’air de penser qu’il compatissait avec eux. Ceux d’avant avaient un chat.

Ceux-là ont chaud. Lui, une petite bedaine rassurante pour la femme ultra stressée qu’elle semble être. Parfois on entend des tensions dans sa voix, et un agacement prononcé. Elle s’isole sur le bord de la fenêtre, avec son téléphone et une cigarette. Hier ils se parlaient, lui en short et sans t-shirt fumait à la cool. Elle était pleinement vêtue de nippe sans intérêt, ou alors un interêt subtil qu’on perçoit de très près.

Nous en face, orientés nord, portant pull et chaussettes, faisant mine de ne pas trop les regarder pour qu’ils conservent leur intimité ; et nous demandant si nous sommes prêts à assister à ce spectacle durant tout l’été.

Bon dimanche lumineux et lavez-vous les coudes.

J’ai fait du vélo !

Hier, je suis allée au bureau. Trente minutes de vélo à l’allée, trente minutes au retour, en comptant les escaliers. C’était comme y aller un 15 août, sauf que ça ne me viendrait pas à l’idée. Il faisait beau comme un 15 août, les magasins étaient fermés comme un 15 août, il y avait trois voitures et quelques piétons désoeuvrés comme un 15 août. Au bureau, ils étaient deux. Et l’un deux m’a dit (non sans une certaine ironie), c’est super, quand on sortira du confinement, on pourra attaquer le plan canicule. Merci Patrick !

L’idée m’avait déjà caressée, sans que j’y prenne trop de plaisir… il en sera ainsi tous les ans : pandémie, canicule, inondation. On aura des plans pour tout et on s’y pliera gentiment, rassurés de pouvoir « gérer le truc ». J’ai oublié les grèves. Et les gilets jaunes. Finalement on oublie vite.

Je digresse, je digresse, mais le pire dans tout ça, c’est que j’étais claquée hier soir ! J’ai failli m’endormir devant Pirates des Caraïbes dont je me suis aperçue avec joie que je ne m’en souvenais pas. La seule chose dont je me souvenais c’est la blancheur étincelante des dents de Keira Knightley. A l’époque, je ne l’avais pas trouvée crédible, aujourd’hui, je m’en fous. Je n’ai pas même eu une pensée pour le joli couple que formèrent Vanessa et Johnny au temps de ma jeunesse. Je me demande si je ne suis pas en train de me foutre de tout.

Après je suis allée me coucher et j’ai cauchemardé qu’on venait me réveiller. J’ai crié, et ça m’a réveillée. Non mais franchement. Il faut que je vire le scénariste, ma vie manque de peps.

Demain, c’est chasse aux oeufs de lapin dans le salon ! Je vous raconterai (mais non, rassurez-vous).

Bonne journée mes pâquerettes et lavez-vous les coudes.

Elle téléphone

« Je n’ai plus de pelloche. » Vous souvenez-vous de cette phrase, vous les plus de 20 ans ? Phrase remplacée par le poétique « Je n’ai plus de batterie. » qui signifie tellement plus que l’absence de photo. A plat je suis, lorsque je n’ai plus de batterie. Mais lorsque mon téléphone n’en a plus, je n’ai plus : 1/ de téléphone 2/ d’agenda 3/ de répertoire téléphonique (combien de numéros de téléphone connaissez-vous par coeur ?) 4/ de plan de ville/métro/bus (on s’en fout, on est confinés) 5/ de géo-localisation (on s’en fout, on est confinés) 6/ de météo (on s’en fout, on est confinés) 7/ de quantité de pas et de poids (on s’en fout, on est confinés) 8/ de nouvelles du monde (on pourrait s’en foutre) 9/ de musique (aïe) 10/ de podcasts (re-aïe).

Avec un petit coup de jus, la batterie se recharge et toutes les angoisses s’envolent. Comment faisait-on, avant le téléphone portable, pour dissiper nos angoisses ? Certains avaient un chat de race, d’autres une chaine hi-fi dont le son était très pur, d’autres encore un appareil photo aussi cher qu’une voiture et tous avaient le téléphone à cadran gris, kaki ou crème qu’on trouvait aux PTT. D’ailleurs il y avait un ministère des PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones), jusqu’en 1991 (oui, j’étais déjà née).

Tout ça pour vous dire que j’arrête les polaroids. C’est mignon, ça fait des dessins bien carrés… Mais vous savez ce que c’est : la couleur ne tient pas et c’est plein de produits chimiques.

Demain, je vous raconterai un truc de dingue.

Bonne journée les connectés et lavez-vous les coudes !

Shame on lists

Les listes. Je vais écrire au sujet des listes. Tout le monde aime les listes. Il y a une dizaine d’années, la chanteuse Rose faisait la liste de toutes les choses qu’elle voulait « faire avec lui », gros succès commercial. Rose a ensuite basculé du côté sombre du succès (alcool, drogue, sorties en boîte) avant de faire un retour sur le devant de la scène médiatique (dont personne ne parle). Je ne suis pas du tout en train d’évoquer les listes. Mais le truc avec Rose, c’est qu’elle avait écrit cette chanson pour reconquérir son mec qui l’avait plaquée au motif qu’elle n’était pas assez (me souviens plus pas assez quoi, mais pas assez c’est la panacée). Succès : le mec revient. Jaloux de son succès il lui pourrit la vie et la voilà qui sombre. Je me souviens avoir lu une interview de Rose. Mais pourquoi ai-je retenu cette histoire et pas le PIB de l’Allemagne ? Notre mémoire ne serait-elle qu’une ennemie ? (Enfin la mienne)

Souvent, mes listes sont constituées de tâches à accomplir ou de denrées à acquérir. Je ne fais pas de liste « à être ». Je ne fais pas la liste des fleurs et des cailloux de ma journée (fleur pour le positif et caillou pour le négatif, vous l’aurez compris). Je ne fais pas la liste des choses qui me mettent en colère. J’ai essayé, mais il n’y avait que deux items, il me semble qu’une liste doit comporter trois items au minimum pour être prise au sérieux. Je ne fais pas la liste des pays dans lesquels j’aimerais aller, parce que je n’ai pas envie d’aller ailleurs, je suis très bien ici. J’ai déjà fait des listes de choses que je ferai « après ». Ce genre de liste est pour les périodes sombres. Je ne fais pas de liste de mariage, mais il m’arrive d’établir la liste des invités.

Là, je pourrais faire la liste des activités à mener après le confinement. On pourrait ensuite comparer nos listes dans une grande chaîne de solidarité et élaborer des statistiques (60 % iront boire une bière pression, 10 % iront dans un parc et 80 % voir des amis ou la famille). A partir de ces statistiques, il faudra construire le plan de déconfinement. On laisse les 10 % aller au parc, mais on segmente par tranche d’âge les buveurs de bière. Et puisque 100 % vont retourner à l’école, je propose qu’on annule la rentrée. Reprise en septembre.

Vous votez pour moi ? Bonne journée mes chers concitoyens et lavez-vous les coudes.