Couler de source

Ce dessin n’illustre pas l’expression « se mettre le doigt dans l’oeil », qui signifie avoir tout faux. C’est un autoportrait de la fille qui dépose sa lentille (rigide, perméable à l’oxygène) dans son oeil. Cette opération n’est pas douloureuse, elle est quasi quotidienne lorsque tout coule de source.

Couler de source signifie aller de soi. J’ai tort de penser que certaines choses coulent de source, alors que je sais pertinemment qu’elles dépendent d’autres que moi. On ne peut pas préjuger du pouvoir des autres, de leur capacité ou de leur désir à répondre au vôtre.

Se procurer de la farine coulait de source, se saisir d’une demi-douzaine d’oeufs coulait de source, pousser la porte d’un lunetiste pour acheter du produit pour lentilles rigides perméables à l’oxygène coulait de source (bien que bien que… Le fait de ne pas trouver de produit pour lentilles dans une pharmacie m’avait toujours un peu agacée. Que dire maintenant ?) En ce moment, rien de tout ça ne coule de source.

Ce qui semble évident ne peut l’être invariablement, et c’est quand même bon de l’expérimenter.

Bonne journée les explorateurs, et lavez-vous les coudes !

Jouer aux vacances

« On dirait qu’on serait en vacances ». J’ai choisi une formule à mi-temps : je travaille le matin. L’après-midi, je joue avec mon fils. Et je suis drôlement contente d’être sa mère, parce que c’est moi qui lui ai appris à jouer « aux jeux de société ». Notre société étant excessivement réduite, la façon dont nous jouons est probablement illisible pour les autres.

Je n’aime pas jouer. Ceux qui jouent avec sérieux me donnent envie de quitter la table. Quel est l’intérêt de jouer « sérieusement » ? Ne serait-ce pas antinomique ? Autant dire que les « serious game » qui fleurissent dans le monde de la cohésion d’équipe me donnent envie de me casser la jambe ou filer ma démission. C’est une réaction violente, j’en conviens, qui cache probablement la terreur d’y prendre plaisir (dois-je consulter ?).

Donc, nous jouons, avec des règles adaptées à notre besoin de faire n’importe quoi. Des règles floues, implicites et mouvantes. Parfois c’est la suppression des règles qui permet de se focaliser sur l’intérêt du jeu (trouver un maximum d’images dans Lynx est plus intéressant qu’éliminer le plus lent). Inventer une nouvelle couleur au Uno et prolonger la partie jusqu’à épuisement de la pioche est plus amusant qu’être le premier à liquider son jeu. Je m’autoanalyse au passage : n’aurais-je pas un problème avec la performance ?

Notre ludothèque est mince (puisque je n’aime pas jouer, j’évite d’acheter des jeux, je reste cohérente), on tourne avec quatre : les deux déjà cités, Logic Ville et un Memory (le Pimemento, pour les connaisseurs).

Donc la réponse est non : je n’ai pas verni mes ongles de pieds.

Bonne journée les printaniers et lavez-vous les coudes !

Miam miam

Hélène Darroze, cheffe étoilée et mère de famille, n’a pas les mêmes problèmes que moi, c’est certain. Lorsqu’elle pose sur la table un chef-oeuvre odorant, nappé de graisse de canard (madame est originaire du Sud-Ouest), tout le monde est déjà là depuis dix bonnes minutes, babines retroussées, peinant à contenir ses grognements d’envie. L’instinct animal ressort. Les mains sont crispées sur les couverts, le pied tremble un peu… Ah comme ça doit être palpitant un déjeuner familial chez Darroze !

Plus palpitant qu’ici où personne ne se précipite jamais pour manger… Car l’enfant aime le gras, le sucre et la viande, mais il n’aime pas les légumes ; l’homme aime le gras, le sucre et la viande, et tolère les légumes. Je me situe à l’exact opposé… Et c’est moi qui cuisine. Suis-je une femme ?

Non, car la femme ne se caractérise pas en opposition à l’homme. Mais sinon oui (la preuve, c’est moi qui cuisine), et bien des indices le prouvent.

Un ancien collège m’expliquait autrefois que la plupart du temps, ce qu’on mange est mauvais. Son idéal était de gober une pilule plutôt que d’avaler une louche de nourriture insignifiante. Je lui donne raison. Vous avez lu Un jeûneur de Kafka ? Lorsqu’il explique « je n’ai pas su trouver l’aliment qui me plaise. Si je l’avais trouvé, crois-moi, je n’aurais pas fait d’histoire et je me serais gavé comme toi et comme tout le monde. »

(Peut-on encore parler après Kafka ? )

Bonne journée les amis et lavez-vous les coudes !

Quoi de neuf ?

Salutations dominicales mes amis !

Je n’allais tout de même pas vous laisser seuls un dimanche soir… Là où sévissent le pique de déprime et l’angoisse, l’envie de s’éteindre à petit feu, la lassitude des lundis toujours recommencés.

Il vous manque, votre dimanche d’avant confinement ? Quand les actions de la semaine commençaient à mouliner dans votre tête, qu’il fallait se poser la question du costume à endosser, du dossier à pitcher, de la conversation pénible à préparer, de la réunion inutile à se fader ?

Ce moment crucial, entre 18h et 19h où vous songez que ça y est, c’est la fin du week-end… Demain vous ferez entrer votre cerveau dans cette boîte trop étroite et céder votre « liberté » en échange d’un salaire qui vous affranchit. A quand remonte la dernière fois où c’était bien, où c’était bon ? Où c’était juste ?

J’espère vous avoir bien remonté le moral. Demain je vous parle marmite : en France on ne pense qu’à manger, c’est bien connu.

Profitez de ce beau soleil derrière la fenêtre. Bonne soirée les confinés et lavez-vous les coudes !

Nouvelles règles du foot

Vous ignorez ma passion pour le foot ? Moi aussi. Là par exemple, je n’irais pas regarder une rediffusion d’un match vintage, même si Platini joue, même si je suis nostalgique de mon enfance (pitié, grand Dieu non !). Dans cette enfance, je croyais que Panini et Platini étaient dans le même groupe verbal. Voyez le niveau.

Sous la menace (coupe du Monde, Euro), je peux regarder un match, pour me sentir appartenir au groupe. L’exclusion, ça va bien cinq minutes, comme dirait Mbappé. Sur le sujet de l’appartenance, il me semble que le confinement est plus efficace (le PSG a d’ailleurs gagné un match à huis clos) que la grand messe du foot.

Et je voulais vous dire que la façon de compter les points lors d’un match est hyper clivante. Seuls les buts marqués sont comptabilisés, ce qui dénigre totalement le boulot du gardien. Souvenez-vous de la prestation incroyable de Rui Patrício lors de l’Euro 2016. Ce type a arrêté je ne sais pas combien de tirs avec une grâce incroyable. Et rien. Pas un point supplémentaire. C’est à vous dégoûter de bosser

Ma proposition est la suivante : tous les tirs sont comptés et pondérés selon le résultat. Une équipe pourra gagner un match sans avoir marqué un but : le gardien de l’équipe B arrête dix tirs, l’équipe A marque un but. L’équipe B remporte le match.

Avantages : le métier d’abitre va évoluer et s’enrichir de nouvelles compétences. Les enfants vont progresser en maths, on va arrêter cette hystérie autour des buts et rationnaliser tout ce bazar.

Vous votez pour moi ?

Bon week-end les sportifs, restez chez vous et lavez-vous les coudes !

Routine chérie

Comme j’aime ma petite routine de confinement ! J’aime la routine en général, elle rythme mes journées et ritualise mes semaines. Mais là, c’est le bonheur (si je pouvais remplacer le travail par la peinture, je volerais).

Je commence par me lever (on en est tous là, je suppose), à 6h. J’enfourne le pain qui a bien travaillé pendant la nuit, je bois du vinaigre de cidre dans un verre d’eau tiède et mange une cuillère de miel avec une goutte d’huile essentielle (citron, niaouli ou santal, selon mon humeur). Et je commence ma séance de yoga. Cette partie-là ne change pas. Le confinement me permet d’allonger ma séance de yoga (et mes jambes, j’en suis persuadée – l’espoir fait vivre). Il est 7h15.

Je roule mon tapis, sors le pain du four, mange un fruit et une demi-banane (la banane n’est pas un fruit mais une source de potassium) et j’allume mon petit téléphone pour écrire ici. J’écris sur mon téléphone parce que ça me pèse d’allumer mon ordi.

Sans confinement, je serais déjà sortie de la salle de bain et j’aurais fini de préparer le petit-déjeuner. J’aurais réveillé mon fils, nous aurions pris notre petit-déjeuner ensemble et nous serions allés au collège après nous être habillés en quatrième vitesse.

J’aurais pédalé jusqu’au bureau (ô joie, même les jours de pluie) pour allumer mon ordi vers 8h40. Fin de ma journée.

Bah non, pas fin… Plutôt « fin de ma vie personnelle », qui reprend en début de soirée.

Là, je retrouve ma vie personnelle à midi et à l’heure du goûter ; et parfois entre deux portes. On rigole un peu ou on boude, ça dépend et puis je retourne tapoter sur mon clavier, jusqu’à la fin de l’après-midi.

Je m’étais dit que le jour où je raconterai ma routine, j’aurai vraiment râcle le fond de mon inspiration… On y est les gars. Je me demande ce que je vais vous servir demain.

Bonne journée les amis, la bise aux malades (qui vont arrêter de l’être) et lavez-vous les coudes !

Force du proverbe

La météo prévoit un dimanche ensoleillé et une température de vingt degrés. Méfiance ! Si le proverbe énonce « En avril ne te découvre pas d’un fil », il y a une raison. Le ciel est clément, mais il y a un piège… Il faut rester bien au chaud dans son logis, car « mars martelle, avril coutelle ». Nous sommes prévenus !

Ça fait froid dans le dos, non ? Les proverbes à la lumière de nos jours ont une signification différente, mais tout aussi pertinente. Ils devaient bien s’ennuyer au coin du feu, nos ancêtres, pour inventer tout ça ! Pas de télé, pas de wifi, à peine la lueur d’une flamme pour éclairer son ouvrage, et aucun moyen de partager #maviesauvage #viederêve #slowlife sur les réseaux sociaux. Sympa l’hiver ! J’ai oublié de vous dire : il pleut tous les jours depuis un mois et on n’a pas encore inventé le caoutchouc.

Pour être en empathie avec nos ancêtres, j’ai arrêté d’écouter les infos. Le soir au dîner, je demande à l’Homme de me donner les nouvelles du jour. A-t-elle regressé ? La date de la libération est-elle annoncée ? Où en sont nos alliés ? Combien de décès, de malades ? Reste-t-il du vin et pour combien de temps ?

Si on a le temps, notre conversation dévie sur la fiabilité des chiffres et les personnalités connues (les peoples) atteintes. Entre deux bouchées de pain.

Sommes-nous utiles, toute la journée, derrière notre écran de télétravailleur ? J’en doute un peu : tout dépend de l’histoire qu’on se raconte.

Bonne journée les confinés, la bise aux malades et lavez-vous les coudes !

32 mars

Joyeux 1er avril ! C’est le jour où on rit de la blague à déflagration lente qu’était le « Bonne année 2020 ». A l’époque nous étions principalement obnubilés par les grèves et les potentielles pénuries qu’elles allaient engendrer. C’est maintenant qu’on en rit ! On disait aussi qu’elles seraient catastrophiques pour l’économie du pays. Re-barre de rire. Mais qu’elles allaient sans doute nous permettre de revoir notre façon de nous déplacer et de travailler. Re-re-barre de rire. « Edouard mon cher, repassez-moi un peu de grève, j’en ai marre du Covid-19. »

Et encore, le 19 ça n’était rien comparé au 20, dira-t-on l’année prochaine au bord de l’hilarité.

Ce sont les épreuves, vécues communément qui soudent un peuple. Chic. Nous allons enfin fraterniser. Mais ce que « découvrent » en ce moment les journalistes, c’est l’addiction de tout un peuple à la picolette. Certains spécialistes sont catastrophés, nous alertent sur le danger qui consiste à reporter nos frustrations sur la bouteille. C’est mal. J’attends l’étude qui démontrera qu’un verre de vin chaque jour immunise contre le virus.

Bonne journée mes confinés. Grosse bise de loin aux malades… Et lavez-vous les coudes !

Chiffon !

Dans les guides de bien-vivre le confinement et mieux travailler chez soi qui fleurissent sur Internet, on peut lire qu’il faut s’habiller tous les jours (on ne va pas rester à poil, certes) et enfiler ses chaussures. Si vous êtes un homme (un vrai), vous vous serez rasé, dans le cas contraire, une pointe de votre maquillage habituel ou un petit bijou vous procurera de l’énergie positive.

Tu parles, Charles. Le soulier de ville sur mon champ de moquette, c’est hors de question ! La petite jupe qui tombe bien pour rester assise sur ma chaise ou éplucher les patates, c’est hors de question !

A la maison, je m’habille en vêtements de maison, un point c’est tout. Des vêtements d’appartement, pour être précise. Si je vivais dans une maison, j’aurais d’autres vêtements, je ferais de plus amples mouvements et probablement du bricolage. J’aurais des problèmes de toiture et de jardinage, des dilemmes de ravalement de façade, des soucis d’isolation. Je serais préoccupée et je me languirais du temps où je n’avais qu’un petit appartement. Donc je profite de mon appartement, avec mes jeans usés et mes pulls troués, mes sabots Birkenstock aux pieds.

Fais-je la poussière ? Oui. Surtout au téléphone. Il est important que le corps se mette en mouvement pour que l’esprit fonctionne. Travaillez la motricité de vos membres, vous travaillerez celle de vos neurones. C’est mon conseil pour bien travailler confiné.

Bonne journée les mouvementés, et lavez-vous les coudes !

Youpi c’est lundi

Était-il vraiment nécessaire, ce changement d’heure ? Le soleil ne s’est pas levé pendant ma séance de yoga. Je me suis dit « ça y est, lui aussi il me fait la gueule » et puis j’ai réalisé qu’on avait simplement changé d’heure. Qu’un truc aussi dingue que le changement d’heure puisse nous paraître simple est déjà surréaliste. Vous imaginez ? Demander à un peuple tout entier d’avancer sa petite aiguille d’une heure, docilement, tous en même temps ? C’est quand même une prouesse. A une époque où le mobile multifonction (smartphone en français) n’existait pas. Soit les arguments étaient solides (nous allons préserver la planète en économisant l’énergie), soit la punition était terrible (vous allez rater la première heure de classe). Quoiqu’il en soit, le truc a pris.

Quoiqu’il en soit, youpi c’est lundi ; on va lire plein de méls et se faire des bonnes grosses blagues entre collègues. Après s’être renseigné sur la santé de tout le monde, évidemment. Nous ne sommes pas des sauvages. La preuve, on a tous docilement changé d’heure.

Bisous les amis et lavez-vous les coudes !