Menu/monnaie

Le confinement a eu raison de ma monnaie : je n’ai pas retiré d’espèces depuis le mois de mars. Le seul à en pâtir est le monsieur qui fait la manche devant la Biocoop. J’ai remplacé la pièce par la boîte de son choix : sardines, haricots, camembert… Il dit que ça lui va. Je lui donnais moins que le prix de la boîte, mais la pièce, il pouvait l’utiliser comme il voulait.

La dernière fois, il n’a pas eu envie de choisir. Il a eu la même réplique que mes autochtones quand je leur demande ce qu’ils veulent manger : « Comme tu veux ». J’ai râlé (doucement hein, je ne vais pas gueuler sur ma caution bonne conscience) que je ne voulais pas être responsable de son menu. Imaginez que je lui compte ses calories et vitamines, à ce vieux gaillard, et après je l’enverrai faire du sport et se brosser les dents ! Je ne sais même pas où il vit.

Je ne connais pas sa vie.

Il y a plein de gens dont j’ignore la vie, et tant mieux d’ailleurs.

Que ferais-je de tant de détails et d’états d’âme ? Il me faudrait une vie -justement- pour tout embrasser.

Il me dit, dans une baguette, c’est très bon la sardine à la tomate, on écrase et c’est prêt. La fois d’avant, il m’avait dit que le camembert, c’était très bon dans une baguette, on écrase et c’est prêt. Rien sur les haricots, du coup je lui ai pris des sardines, ça se conserve mieux. Mais je me demande s’il a du pain.

Il est midi les amis, bon appétit et lavez-vous les coudes et les mains !

Matérielle Girl

Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? Je ne sais pas. Mais un pouvoir de nuisance, c’est certain. Nos objets se débrouillent toujours pour nous trahir au pire moment, avec pour seule intention -je le soupçonne- de nous faire regretter notre attachement à leur égard. Il ne faut pas s’attacher aux objets, c’est exactement ce que j’expliquais à mon coussin (en lin, avec des pompons aux quatre coins, il est tellement chou que je lui ai choisi un compagnon dans une autre couleur, afin qu’ils échangent entre pairs, en faisant la paire. Bref). Il n’a rien répondu, mais il avait un air espiègle et câlin, j’ai tout de suite compris qu’il n’en pensait pas moins.

Hier j’ai fracassé mon téléphone contre la porte de l’immeuble. L’émotion, sans doute, de mettre le nez dehors et probablement une once de culpabilité de n’avoir point de masque tendu sur ce nez. Mon téléphone s’est vengé de sa servilité, tout comme la minuterie du four, le thermostat de la plaque à induction et mon stylo bille. Tous ces objets se sont ligués contre moi, mais je tiens bon. Je ne lâche rien.

Sinon : Material Girl est une chanson de Madonna, sortie en 1985 dont le propos traduit son désir d’une vie riche et aisée. Nous pouvons rapprocher ce propos d’une citation de Marguerite Duras : « Je veux bien ne pas avoir d’argent dans un monde désargenté, mais je ne veux pas être privée d’argent dans un monde où il y est. »

Ainsi puis-je justifier de me représenter en Madonna (elle-même se représentant en Marilyn) plutôt qu’en Marguerite Duras, c’est dimanche quand même !

A demain amis de l’immatériel et lavez-vous les coudes !

Ah, si j’étais riche !

Je choisis presque tout Et moi ? Pas toi Je vais te rêverComme tout le monde (pas vous ?) je me demande souvent ce que je ferais de mon argent si j’en avais beaucoup.
En premier lieu, il convient de définir « beaucoup » : combien d’euros pour être un heureux, un héros, un huppé ? Ma réponse varie, car joyeusement femme varie.

Les jours de grand vent, lorsque je suis dynamique, jeune encore et pleine de désirs, riche rime avec plusieurs millions, car j’ai de l’ambition. Les jours de lait caillé, j’en voudrais moins car je ne saurais quoi en faire : une petite sieste sous un duvet de plumes, un rayon de soleil caressant ma joue, et basta !

Avec beaucoup d’argent, il convient de garder les pieds sur terre. Les pieds. Les chaussures. Chaussez-moi. Encore ? Me direz-vous. Oui, encore. Toujours. Mille chaussures à mes pieds, je n’en voudrais pas, car pour en jouir, il faut les porter. A partir de combien est-ce assez ? Est-ce déjà trop quand c’est assez ? La réponse est oui. Savourez une tablette de chocolat, quart de carré par quart de carré jusqu’à la nausée et vous comprendrez. Le plaisir est présent à chaque quart, mais il arrive trop tard l’instant du déplaisir, car il vient après le dégoût. Le plaisir est un enfant qu’il ne faut pas trop gâter.

Depuis que j’ai réalisé qu’avec beaucoup d’argent, je n’achèterai pas beaucoup de chaussures, je n’ai plus envie d’être riche.