On pourrait croire qu’il sera ici question du retour au bureau, des dîners insouciants au restaurant, des bières en terrasse, des apéros géants au Parc, des flâneries à visage découvert, des futiles occupations d’extérieur. Non. Je vous parle d’un effet banal lié à l’alcool. L’abus ? N’allons pas jusque-là. C’était un dîner standard, sans mélange de breuvages, sans matières grasses, presque sans sucre ; un coucher certes tardif pour un vendredi soir qui clôt une semaine de boulot stressante (que les gens sont pénibles avec leurs enjeux de mouchoirs de poche).
Un lendemain à vous faire regretter d’avoir été aussi raisonnable durant toutes ces semaines ! C’est vrai, le corps perd l’habitude, il faut l’entraîner, lui donner un rythme régulier, qu’il oublie vite ce coquin ! Il est perdu, il ne sait plus, trois verres de vin et le voilà noyé dans un brouillard ténu, la bouche sèche, les pieds qui traînent. Déchéance.
Que n’en profiterais-je pour délaisser ces méchantes habitudes ? A moi les apéros méditation et dîners au jus d’herbes, les gros dodos. Vivre au rythme du soleil, vivre d’eau, vivre ivre de bienséance ! Je vais y penser. Je vous donne ma réponse lundi.
Comment faisait-on avant l’invention du casque ? Avec mon frère, nous avions un mange-disque Davy Crockett, Davy Crockett, l’homme qui n’a jamais peur y tournait en boucle Il était né-hé dans le Tennessee… Ensuite j’ai eu un électrophone, l’enceinte en plastique rouge servait de capot. J’écoutais Michel Berger, puis Indochine, Elli Medeiros, Partenaire Particulier et d’autres pépites des années 80. Mais pas des tonnes non plus, parce que les disques coûtaient cher. Alors on se les prêtait et quand on faisait des boums, chacun apportait sa pile. Tous les disques portaient le nom de leur propriétaire. Il fallait voir nos expressions d’endeuillés lorsque le disque était rayé. Une tragédie.
Je me souviens être allée chez une fille qui avait quatre mètres en linéaire de 45 tours, alors que je n’ai jamais dépassé les cinquante centimètres. Parents très aisés, goût éclectique, nous ne sommes jamais devenues amies, la différence entre nous était trop vaste et je ne me rappelle plus son nom.
Avec le mange-disque qu’il fallait se partager, les disputes étaient fréquentes. Candy Candy exaspérait mon frère, dès qu’il entendait ses petits sanglots, il réclamait son tour (soyons honnête, Candy avait très peu de rapport avec sa revendication… Le droit d’usage était l’enjeu). A l’époque, il était impossible de cacher ce qu’on écoutait, il déboulait dès les premières notes et faisait valoir son autorité.
L’acoustique de l’électrophone combiné à mon appétit pour la répétition, induit par le manque d’envergure de ma discothèque, venaient à bout de la patience parentale (pas bien épaisse, il est vrai). Je me faisais engueuler tout le temps, ce qui est le lot de l’adolescente dont la chambre jouxte celle des parents. Ah que n’ai-je eu un casque à l’époque !
Le Walkman est arrivé. Chouette nouvelle, éternel dilemme que posait le choix du support (cassette ou vinyle ?) lorsque sortait un tube. Ensuite on a fait des copies, des compils, des copies de compils et c’était la fête. On pouvait demander à les passer dans l’auto-radio parental ; la demande était rarement acceptée, au motif que le son était de mauvaise qualité (la qualité, un argument d’adulte) ; mais comme l’auto-radio flinguait les cassettes, ce qui était une tragédie, on a fini par regarder ailleurs, grandir et acquérir l’autonomie du transport.
Écouter de la musique ensemble, en famille ? Ça nous arrive quand on prend l’apéro : moment festif. En dehors de ces moments, chacun écoute ce qu’il aime, quelle qu’en soit la qualité.
Hier, les voisins d’en face écoutaient The Wall (l’album complet) des Pink Floyd, fenêtres grandes ouvertes, en communion avec leur jeunesse. Je les crois vraiment au bout de leur vie…
Bon dimanche mes petits coquelicots et lavez-vous les coudes !
J’ai une âme de groupie. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup : depuis des années, je lis les carnets de Joann Sfar. Avec lui, j’ai repris le piano, essuyé le ukulélé, racheté de l’encre de Chine, changé de format de carnet. J’ai même failli aller à Center Parc !
Chaque nouvelle parution est un rendez-vous avec « l’homme qui vit la vie dont je rêve, même si parfois elle est pourrie ». Dernièrement ça n’est pas la joie extatique, ce qui me rend mélancolique. Mais, inutile de se faire trop de soucis pour lui : il a tout ce qu’il lui faut à portée de main… je peux continuer à m’en faire des t-shirt..