Cœur de bière

Voulzy avait le cœur grenadine, moi j’ai le cœur bière (ce qui sonne comme corbillard avec un accent, ça sent la mise en bière. Je vais mettre « de » devant, en référence à cœur de pierre ou cœur d’artichaut), un cœur doré, amer avec de la mousse, pas glacé mais frais. Pour résumer, j’apprécie la bière.

Après plusieurs semaines à me languir de la pression en terrasse, je me suis retrouvée par hasard devant une Stella et des copines (ce bol d’avoir des copines qui aiment la bière !). J’ai bu durant le confinement des litres de bières artisanales artistiquement embouteillées, mais la simplicité d’une Stella, c’est toute une épopée, c’est revenir à Ithaque et même si on n’aime pas la vue, ça fait quand même du bien.

On en a commandé une deuxième.

Il commanderait une deuxième grenadine, le Voulzy ?

Bon mardi les chéris, buvez avec modération et lavez-vous les coudes !

La vie du lendemain

On pourrait croire qu’il sera ici question du retour au bureau, des dîners insouciants au restaurant, des bières en terrasse, des apéros géants au Parc, des flâneries à visage découvert, des futiles occupations d’extérieur. Non. Je vous parle d’un effet banal lié à l’alcool. L’abus ? N’allons pas jusque-là. C’était un dîner standard, sans mélange de breuvages, sans matières grasses, presque sans sucre ; un coucher certes tardif pour un vendredi soir qui clôt une semaine de boulot stressante (que les gens sont pénibles avec leurs enjeux de mouchoirs de poche).

Un lendemain à vous faire regretter d’avoir été aussi raisonnable durant toutes ces semaines ! C’est vrai, le corps perd l’habitude, il faut l’entraîner, lui donner un rythme régulier, qu’il oublie vite ce coquin ! Il est perdu, il ne sait plus, trois verres de vin et le voilà noyé dans un brouillard ténu, la bouche sèche, les pieds qui traînent. Déchéance.

Que n’en profiterais-je pour délaisser ces méchantes habitudes ? A moi les apéros méditation et dîners au jus d’herbes, les gros dodos. Vivre au rythme du soleil, vivre d’eau, vivre ivre de bienséance ! Je vais y penser. Je vous donne ma réponse lundi.

Gros bisous les amis et lavez-vous les coudes.

Où tu voudras quand tu voudras

tu voudras, peut-être… Mais quand c’est pas toi qui décides. Pour le moment, on reste humble, nos projets ne dépassent pas la limite de l’arrondissement, on évite de passer devant notre bistrot préféré. Un peu comme après une rupture. D’ailleurs il y a rupture d’avec notre vie d’avant.

Après la phase de sidération, les jours qui suivent une rupture sont faits de tristesse, de nostalgie et d’un sentiment de liberté qui peut charrier l’angoisse ou la jubilation. Après la rupture, si on ne se berce pas d’illusions, on sait que la vie d’avant ne reviendra pas et qu’il faut occuper autrement le temps et l’espace.

Aurons-nous oublié nos rituels ? J’ai souvent en tête cette scène de Furyo où David Bowie se rase avec ses seuls gestes pour ne pas oublier. Il faudrait un mois pour se débarrasser d’une habitude. Un mois suffit à se défaire du sucre, du café, du chocolat, du négativisme (à condition d’essayer, évidemment). Nous avons eu largement le temps d’inventer d’autres rituels, de déplacer les heures, de changer de rythme. Qu’allons-nous faire de cette nouvelle vie ?

Heureusement, la question ne se pose pas dans l’immédiat ! Le collège est en berne, le bureau et le bistrot sont à la maison… On y pensera plus tard.

Bonne journée mes amis et lavez-vous les coudes !

Ô pression

Hier l’été s’est arrêté et le Président a annoncé qu’on n’irait pas boire de bière pression avant juillet. Il l’a dit avec ses mots à lui, mais j’ai bien reçu le message. La dame sur la droite l’a dit avec ses gestes à elle, et j’ai bien reçu son message également. Le type qui transcrit ce que dit le Président l’a dit avec ses lettres et quand il a tapé « foutu » à la place de « futur », j’ai continué à recevoir le message.

Les températures ont chuté brutalement, elles ont bien reçu le message. Restez chez vous, buvez de la bière bouteille, artisanale de préférence, bio si possible, pas trop alcoolisée, sans sucre ajouté (bon sang, vous allez tout savoir de moi).

J’ai remis le chauffage (je vous ai dit que l’appartement est au nord ?), j’ai fait mon yoga sans broncher, je n’ai même pas pesté en tendant la main vers la jatte (j’adore le mot jatte) de pâte à pain qui n’était pas là, vu que j’ai oublié de faire le pain hier. Je me suis dit, tant pis. C’est moins grave que bien des choses. Tout est moins grave que bien des choses en ce moment. Je suis pépouse sur le canapé, j’ai les pieds au chaud et je m’apprête à prendre mon petit-déjeuner. Le ciel est bleu. C’est bien.

Bonne journée les bien-heureux et lavez-vous les coudes !

A la cool

alcool1

Il arrive qu’un jour, l’horloge de votre ordinateur approche les 18h, et vous pensez « Tiens, je boirais bien une petite bière… ». Faut dire que vous avez bien travaillé, le nez sur l’écran, le dos presque droit, votre petit cerveau entièrement happé par des problématiques qui ne vous encombreraient pas dans le monde réel. Vous avez été dérangée vingt-cinq fois, et malgré tout, glorieusement, vous êtes parvenue à accomplir votre travail. Ouais. Yes, comme on dit là-bas. Le système de récompense s’enclenche, et la bière devient un eldorado tout à fait envisageable. Vous salivez.

Arrive cette petite pourriture de voix qui vous susurre que vous êtes probablement alcoolique. On parle de 4,5° d’alcool, rétorquez-vous. Mais n’est-ce pas l’intention qui compte, reprend la petite pourriture. L’intention, cette fameuse intention qui bouleverse le cours des campagnes électorales et alourdit le verdict du juge. L’intention, c’est ce qu’il y a de pire. Je me méfie de l’intention qui déplace les virgules et vous fait passer de 4,5 à 45°. Vous vous êtes enivrée avec l’intention de le faire (genre, je vais me mettre minable)! Vade retro alcoolo, comme on disait là-bas.

Quittez votre poste de travail en déclarant que vous avez piscine, n’avouez jamais que vous avez bière (surtout pas une pinte !). Encore, il y a vingt ans, je ne dis pas… mais en 2018, l’alcool est démodé. L’intelligence aussi, me direz-vous, bien qu’il n’y ait pas spécialement de rapport entre les deux.

Alors quoi faire ? Boire sa honte jusqu’à la lie ou s’en foutre ?

alcool2

L’âge de (foi)raison

42-1 42-2 42-3 42-4 42-5 42-6 42-7 42-8
L’école 42, fondée par Xavier Niel, est une école informatique complètement gratuite, elle encourage les jeunes à changer le monde (c’est ici : http://www.42.fr).
A ceux qui ont 42 ans aujourd’hui, on demandait plutôt d’entrer dans le moule et de trouver un métier bien rémunéré. Changer le monde ? Les parents l’avaient déjà fait en 68, Mitterrand allait le faire en 81 ; nous étions par naissance une génération bénie.

Sauf que. Ce monde-là, qui nous moule autant que nous l’avons moulé, il faut le changer (et vite).
Sauf que. A 42 ans, après avoir trimé pendant vingt ans pour des patrons qui se fichaient de moi, après avoir passé des week-ends entiers à me demander pourquoi y retourner le lundi, à y aller quand même, à y trouver des compensations et parfois de la joie… je suis un peu fatiguée.

J’ai des idées pour changer le monde, mais je mets en œuvre celles qui me permettent de contourner le flip à chaque fois que j’entends l’eau couler, que je jette un truc dans la poubelle ou qu’il fait chaud (oui, l’avenir de la planète me tracasse… pas vous ?). Honnêtement, c’est aussi efficace que de sucer un bonbon pour soulager une carie.

A 42 ans, je me retrouve avec une montagne de choses que j’ai envie de faire, mais la seule chose qui sera vraiment possible (envisageable, raisonnable, responsable) de faire, c’est d’aller m’enfermer dans une boîte et d’y dépenser toute mon énergie. Pendant encore vingt ans.

Bon dimanche, les amis !