Sur la pointe (des fesses)

J’aime bien dessiner les pieds, c’est plein d’orteils, de bouboules et de talons. Attention, je ne suis pas fétichiste. D’ailleurs quand j’étais adolescente, je peignais plutôt des seins, souvent des fesses, mais très peu de pieds. J’aurais dû faire des pieds et des mains avant de peindre des fesses : le pied est plus lisible que la fesse.

La fesse souffre d’obligations esthétiques, on veut la faire lisse et ronde, dans des dimensions raisonnables et conventionnelles. C’est assez ennuyeux, une fesse, si on y réfléchit. Maintenant, je préfère les pieds. Voilà ce qu’on appelle, je crois, la maturité. D’un point de vue pratique, il est plus aisé de portraiturer son pied que sa fesse, même avec toute la souplesse que m’apportent mes années de yoga.

Certes, je dessine mes pieds de tête, j’ai ce défaut de paresse. Quant à ce dessin, imaginez : une paire de fesses sur un cerveau aurait été une façon de dire « je m’assois sur mon cerveau », là vous voyez bien que je me hisse dessus. Il ne faut pas compter sur ses fesses pour se hisser.

Bref, rien de moins important que nos coudes à laver.

Bonne journée !

Lapsus élévateur

Je prendrais bien un petit T pour sTimuler mon cerveau plutôt que le simuler. On dit toujours « lapsus révélateur », formule magique à la Harry Potter, entonnée par des moldus qui bien souvent nous tapent sur les nerfs. Révélateur de quoi ?

Je sais : on dirait que j’aurais un cerveau, veau de mer, mercantile, tylenol… Et j’en passe. Syndrome de l’imposteur. J’adore l’idée qu’imposteur soit un nom masculin alors que le syndrome atteint majoritairement les femmes. Si on donnait un féminin à ce nom, les femmes n’auraient plus besoin de le ressentir. Et surtout, les hommes pourraient avoir le syndrome de l’impostrice (courrier ?), de l’imposeuse (lapin ?), de l’impostresse (ulcère ?) ou de l’imposeure (est-il ?). Heureusement qu’il y a l’imposture. Tout ne commence-t-il pas par une imposture ? Notre incroyable capacité à nous adapter, à être crédules la légitimera a posteriori.

En parlant d’adaptation, j’ai traversé l’hémisphère gauche de Paris pour me rendre dans le droit et j’ai pu apprécier tout au long du chemin l’effacement des publicités au profit de la communication citoyenne : on se salue sans se toucher, on garde la distance, on porte un masque… Diantre, ce sera ainsi jusqu’à la nuit des temps ? Ai-je pensé en mon cerveau encasqué. Fun. Et je vois déjà venir une aristocratie de la distance s’opposer aux populaires embrassades. On ne change pas une équipe qui gagne.

Bonne journée les embarrassés d’embrasser et lavez-vous les coudes !

Table rase

J’ai rangé. Oh, rien de spectaculaire… Quelques papiers ont pris le chemin de la poubelle, les copeaux de crayon et autres rognures de gomme ont été aspirés. Un béotien ne remarquerait rien. Il faut être humble au quotidien, sinon c’est la déprime. J’adore ceux qui disent « Moi je range un peu tous les jours », ceux qui suivent des méthodes (d’abord les vêtements, puis les papiers…), ceux qui ont un coach ; mais mes préférés sont ceux qui ont un cagibi ou une pièce inutilisée dans leur appartement. Ah la grande pièce qui n’a aucune fonction et qui au fil des ans se remplit de tout, mieux qu’un grenier, elle est dans le même couloir que le salon. Au début c’était une chambre d’amis, mais le lit était pourri et les amis ne sont jamais venus y dormir. Peut-être à cause de l’ambiance pesante au petit-déjeuner, ou de la salle de bain humide, ou des toilettes jouxtant la chambre des enfants. Ou de l’impression d’être un intrus. C’est difficile de dormir chez l’habitant lorsqu’il n’est pas hôtelier. Je connais peu de parisiens qui ont un grenier de plain-pied, c’est un luxe de province.

Il est un peu tôt pour mesurer le bénéfice du rangement sur mes capacités intellectuelles… Laissons passer la semaine et voyons.

Bon lundi les amis et lavez-vous les coudes !

A la cool

Quel beau dimanche les amis ! Je savoure un thé vert après avoir achevé ma séance de yoga. Me voici tranquillement allongée sur le canapé, évitant du regard tout ce qui doit être rangé. J’écris allongée, comme Philip Roth qui ne tenait plus assis ; mais dissipons toute ambiguïté : je ne me prends pas pour Philip Roth, je n’ai pas son bagage ni son bardage, encore moins son ramage. Mais je suis vivante.

Ce matin, j’ai ouvert le Yoga qui soigne de Tara Stiles pour guider ma pratique. J’ai choisi la séquence « Gueule de bois », qui vient juste après « Grippe » et « Grossesse », mais je n’ai pas pu m’empêcher de faire les postures « Acnée » et « Allergies », c’est toujours ça de pris, me suis-je dit, puisque mes allergies me donnent principalement des boutons. Mon corps, mon ami, tu trouves toujours le moyen de te rappeler à moi. Mais je pense à Philip Roth qui ne tenait plus assis, et je relativise.

Je viens tout juste d’embrasser la pièce du regard et tout ce qui doit être rangé me saute aux yeux. Place au rangement me dis-je, avant de retourner à mon petit écran fissuré. Je range le rangement dans un coin de ma tête. Je repense à cette série de conseils glanée dans un quelconque magazine pour permettre aux énergies de mieux ciculer. L’énergie qui circule fluidifie la pensée, attise la créativité, augmente les performances intellectuelles. Tout en haut de la liste trône le rangement. Même Tara en parle dans la section « Week-end inspiration », il faut dégager l’espace. Je pensais être vieille, alors que je suis simplement encombrée. Et je pense à Philip Roth qui écrivait debout, sur un pupitre incliné (l’anti bazar par excellence).

Je vais ranger. Je vais me concentrer. Et lundi, je reviendrai avec un cerveau.

Bon dimanche mes amis et lavez-vous les coudes !

Du nerf

Le cerveau a ses heures, semble-t-il. Je crois que le mien est cool entre 7h et 9h puis de 17h à 19h. Il est même super cool entre 17h et 19h. Potentiellement, il pourrait être cool jusqu’à 22h, mais ça tombe pile au moment du « tunnel du soir » qui est totalement bouché. Souvent j’emporte mon cerveau cool dans la cuisine où il taille des légumes en écoutant des podcasts, dont il ne retient rien, sauf si ça parle de sexe (mais non, c’est faux, j’écris ça pour augmenter mon audience).

Mais goddamned, comme disent nos amis, c’est le week-end, que n’ai-je besoin de me préoccuper de mon cerveau ? Que ne puis-je simplement le laisser se vautrer dans la médiocrité, l’aboulie, le déni de soi ? Mon cerveau, cet ado sempiternel cloué au canapé, rotant des litres de coca et riant gravement (il mue) aux blagues qui défilent sur son écran. Je ne bois pas de coca, c’est pour augmenter mon audience et avoir l’air normale que j’écris ça. Le coca, c’est utile contre la gastro.

Je vais l’emmener marcher, repousser la ligne d’horizon et lui montrer le ciel. Il va râler un peu, m’expliquer qu’il a la flemme, qu’il est fatigué et une fois dehors, mon petit cerveau sautillera partout, tel un caniche nain un peu pénible.

Allé hop hop hop, du nerf, on met le nez dehors sous son masque et on se lave les coudes en rentrant !

Potion magique

Je suis dans une phase obsessionnelle. Je pense cerveau, je lis cerveau, je mange cerveau… Ça passera quand il faudra envisager le maillot, probablement en 2021.

Imaginez qu’en mangeant un cerveau, vous héritiez de ses connaissances… Premièrement, plus personne ne mangerait de la cervelle d’agneau au beurre noisette. Ensuite, il y aurait L’Argus du cerveau qui publierait le palmarès des meilleures origines, selon le marché de l’emploi ou des besoins à satisfaire en priorité (si le PIB n’est plus la référence, il faudra d’autres compétences). Il y aurait des cerveaux d’exception, mis aux enchères (petit espoir pour Trump), et un organisme international chargé de neutraliser les cerveaux dangereux, et un autre organisme chargé de surveiller le précédent.

Les plus riches se débrouilleraient pour que leur cerveau soit équitablement répartis entre leurs descendants. Les moins riches n’auraient pas d’autre choix que de le vendre pour améliorer leur retraite. Ils diraient c’est le beurre dans les épinards. Ils diraient on a travaillé toute notre vie pour rien. Parce que leurs enfants n’auront pas la jouissance de ce que leurs parents auront appris. Et ainsi de suite : les pauvres auront le niveau de connaissance d’une vie alors que les riches n’auraient aucune limite, ils auraient mille vies. Ils seraient fous et désespérés, ils détruiraient la planète.

J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer du coup : on n’en est pas là.

Bonne journée aux travailleurs qui sont sur le pont et à ceux qui chillent. Sortez masqués et lavez-vous les coudes !

Évaporation

Curieusement, je me souviens du jour où j’ai réalisé que je n’étais plus capable d’écouter une conversation en faisant autre chose. J’ai repensé à ce « vieux » collègue qui me demandait de ne pas lui parler pendant qu’il tapait une requête. Je m’étais moquée de lui.

Hier, pendant une réunion (forcément téléphonique), j’ai recherché un mél et j’ai totalement occulté la conversation. Bim, blanc total : aucune notion, pas un indice concernant ce qui venait d’être dit. Ça fait des années que j’ai perdu mon super pouvoir multitâche, mais je continue à surestimer mes capacités.

J’ai la nostalgie de mon ancien boulot, on riait beaucoup, c’était intellectuellement et humainement stimulant (ça ne signifie pas facile), j’avais de vrais amis, jamais mal au dos, pas de rides et pas de cheveux blancs. J’avais des illusions. Honnêtement, ça n’était pas le paradis non plus, mais j’avais un cerveau alerte, capable d’assimiler et de connecter les informations entre elles.

Je me retrouve à la tête d’un animal lent, au bord du trop-plein et qui passe son temps à refuser l’information en hurlant « fous-moi la paix ». J’ai envie de le perfuser à la caféine pour qu’il bouge son QI. Parfois je me dis qu’un long hurlement continu pourrait le décongestionner, sinon le réveiller.

A demain les têtes pensantes et lavez-vous les coudes !

A prendre !

yoga

Vous pouvez répéter la séquence plusieurs fois.
Le yoga pour les pieds (contre toute attente) restaure les connexions neuronales, il participe donc à l’entretien de la mémoire.

J’étais persuadée avoir déjà dessiné cette séquence il y a trois ou quatre ans. Après une fouille approfondie dans les articles anciens (plus de 300, Mazette ! et après je m’étonne de n’avoir le temps de rien) il semblerait que ce soit la première fois que je vous ouvre mon yoga des pieds. J’en profite également pour vous confier mon mantra préféré « Bougez votre corps, avant d’être mort. »

A part ça, il fait beau. Vivement demain que je retourne au travail.