Anti-narcissique

Et voilà, on y est ! C’est le jour tant redouté où je suis obligée de fouiller dans mes archives pour dégoter un vieil inédit. Je le vis mal, c’est un échec. J’ai consacré ce temps précieux du dessin au traitement de méls pro en retard. Quelle erreur, quelle bêtise, quelle mauvaise gestion du temps, quelle incompétence, quelle vanité. Mes mots envoyés me vaudront un « cool, merci Pauline » dans le meilleur des cas, une nouvelle question dans le pire. Rien si je n’avais rien fait. J’eus donc doublement gagné du temps en ne rien faisant (je viens de comprendre la stratégie des planqués). Peu importe. Passons.

Cet autoportrait que je vous livre est un remède au narcissisme tant il m’est fidèle. Mes bottines rouges sont trop grandes pour moi, j’ai un sourcil plus haut que l’autre, le sourire grinçant et je pique du nez. Je me suis un peu flattée sur les chevilles : les miennes sont plus épaisses. Le dessin date de l’an dernier, d’après les chaussures. Je n’ai pas vraiment changé depuis, éventuellement de collants (vous savez comme ces petites bêtes ont la vie courte), mais avec le confinement, j’ai cessé d’en porter. Vous avez noté le petit V de la victoire. Bah voilà, c’est tout moi : V’y vais quand même.

Bon veudi les amis ! (Lavez-vous les coudes)

De la tenue

Depuis des semaines, tel un animal rampant des collines (le lit et le canapé ont le profil topographique de la plaine, mais ils m’évoquent la colline, la moquette est la plaine, le niveau de l’eau est la rue en contrebas, c’est très joli chez moi), j’évolue dans une structure molle : pantalon hors d’âge et majoritairement composé de trous, il ne craint rien, sauf l’exposition au monde du dehors, où je me suis rendue hier.

Je me suis dit, ma vieille, tu vas voir des gens, mets de vrais vêtements. Mon jean APC, une paire de bottines à talons et un gilet vert, me voilà parée pour m’enfermer dans un bureau avec un masque. Je n’ai vu que des moitié de visages inconnus. A la fin du rendez-vous (à distance respectable) on a soulevé le masque pour se montrer à quoi on ressemble, histoire de se reconnaître si on se croise un jour dans les couloirs. Un jour…

Le jean APC, toile japonaise : quand il est neuf, on réfléchit avant de s’asseoir. Ai-je vraiment besoin de m’asseoir ? Si j’attends huit heures, je peux m’allonger directement, sans plier les jambes. APC recommande de le nettoyer à sec ou dans la mer pour préserver tenue et couleur. Je le lave en machine, mais j’ai bien préservé la torture. C’est bizarre ce contact retrouvé avec le vêtement, je me suis sentie différemment humaine. Dos droit, mains enduites de gel, pieds parallèles… J’étais une autre. Fascinante expérience. Et puis je suis rentrée chez moi, telle Wonder Woman, j’ai tourné tourné tourné et repris mes habits ordinaires.

Quelle vie mes amis ! Bonne journée et lavez-vous les coudes !

La meilleure façon de marcher

Kleine Shoes me Mon fils est champion de Kung-Fu Révélation PerfectionJ’ai commencé à acheter des souliers à l’âge de trente huit ans, pour contrer les méfaits d’un homme qui me faisait marcher. « Trouver chaussure à mon pied » devint un plaisir, moi qui avais longtemps préféré au pied ceint dans sa camisole de cuir, hissé pour moins fuir, le sabot plat de nos amis allemands, celui qui laisse liberté et souplesse, du talon aux orteils.
Au plaisir s’ajouta la récompense : à l’issue d’une série de réunions conflictuelles, mon index était autorisé à cliquer sur le bouton « Commander » de la paire convoitée depuis plusieurs semaines. La futilité hissée au rang de première nécessité mériterait presque un rabais de la TVA au bout de la cinquième paire !

Le monde des femmes se divise probablement en deux catégories : celles qui ont beaucoup de paires, et celles qui en ont deux (été/hiver). Ayant longtemps appartenu à la seconde, je me souviens encore du mépris que je portais aux collectionneuses, ces femmes superficielles qui ne pensent qu’à dépenser leur argent dans le seul but de posséder des biens matériels (et donner du travail à ceux qui les fabriquent).
N’y a-t-il pas une meilleure façon d’utiliser son argent ?

L’apparence mérite-t-elle que nous lui consacrions autant de minutes de pensée ?

Oui. Parce que certains matins, vêtements et souliers nous servent de tuteurs, il serait impossible -sans leur soutien- d’avancer jusqu’à son bureau et d’y abandonner sa liberté. J’aime travailler, mais s’il fallait y aller avec un uniforme, je serais moins emballée. C’est la raison pour laquelle je fuis les vêtements qui sont des « classiques », des « indémodables », ceux qui « vont avec tout ». La chaussure parfaite est forcément celle qui « ne va avec rien », puisqu’elle laisse le champ libre à la composition, à ma différence.

Et puis non. Il y a tant de livres à lire, d’histoires à connaître, de schémas à appréhender. Il y a tant de personnes qui ont besoin d’argent pour se nourrir.
Et puis oui, encore. Parfois on parle d’apparence, mais aussi de dignité : prendre soin de soi, être propre, être bien habillé, c’est avoir de la dignité. C’est appartenir au monde social.

Et puis peut-être. Parfois, je me demande ce que j’emporterais s’il me fallait partir, marcher sur la route pendant des jours. Emporter uniquement ce que mes bras peuvent porter : un savon, un livre (mais lequel ?), de quoi écrire et dessiner, une gourde, une boule de levain, une culotte, une couverture… ?
Pour les chaussures que je n’ai aucun doute. Je n’en choisirais aucune de ma collection, je chausserais cette paire de Dr Martens qui gardera mes pieds au sec, et les protégera des chocs.
Tout le long du chemin, je glisserais mes pieds dans des escarpins imaginaires, rêverais de lanières dorées et de fines semelles en cuir, de rubans noués à la cheville et de talons de bois, de semelles ailées m’emportant sur un tapis volant. Enfin, je n’en sais rien.

Dr Martens

Ah, si j’étais riche !

Je choisis presque tout Et moi ? Pas toi Je vais te rêverComme tout le monde (pas vous ?) je me demande souvent ce que je ferais de mon argent si j’en avais beaucoup.
En premier lieu, il convient de définir « beaucoup » : combien d’euros pour être un heureux, un héros, un huppé ? Ma réponse varie, car joyeusement femme varie.

Les jours de grand vent, lorsque je suis dynamique, jeune encore et pleine de désirs, riche rime avec plusieurs millions, car j’ai de l’ambition. Les jours de lait caillé, j’en voudrais moins car je ne saurais quoi en faire : une petite sieste sous un duvet de plumes, un rayon de soleil caressant ma joue, et basta !

Avec beaucoup d’argent, il convient de garder les pieds sur terre. Les pieds. Les chaussures. Chaussez-moi. Encore ? Me direz-vous. Oui, encore. Toujours. Mille chaussures à mes pieds, je n’en voudrais pas, car pour en jouir, il faut les porter. A partir de combien est-ce assez ? Est-ce déjà trop quand c’est assez ? La réponse est oui. Savourez une tablette de chocolat, quart de carré par quart de carré jusqu’à la nausée et vous comprendrez. Le plaisir est présent à chaque quart, mais il arrive trop tard l’instant du déplaisir, car il vient après le dégoût. Le plaisir est un enfant qu’il ne faut pas trop gâter.

Depuis que j’ai réalisé qu’avec beaucoup d’argent, je n’achèterai pas beaucoup de chaussures, je n’ai plus envie d’être riche.

Ti Tou Toui : bulletin météo

Mieux eut-il valu que je vous parle du soleil hier, car aujourd’hui :

Pauline Buzy

J’en profite donc pour faire (vite fait), un hommage au cinéma
(Rouge Baiser est un film de Véra Belmont, primé d’un Ours d’argent au Festival international du film de Berlin pour la meilleure actrice : Charlotte Valandrey).

A chaque pluie, me vient cette pulsion :

Pauline Buzy

Pauline Buzy

Dans la vraie vie (celle qui est juste devant l’autre), c’était ça :
Pauline Buzy

Une classe folle, mais surtout :Pauline Buzy

Alors voici venu le temps des grandes décisions qui accompagnent si souvent les principes :

Pauline Buzy Pauline Buzy

Puis le temps des proverbes venus de la nuit des temps…

Pauline Buzy

Si j’étais un homme…

Pauline BuzyPauline BuzyPauline BuzyPauline Buzy

 

Telle Diane Tell en son temps, il m’arrive d’imaginer toutes les opportunités qui s’offriraient à moi « Si j’étais un homme ». Eh bien je peux le dire : je ne serais pas capitaine, d’ailleurs rien n’empêche une femme de l’être. En revanche, avoir un vélo de course, avec le guidon en bélier, le cadre bien droit et une vieille selle en cuir… c’est beaucoup plus amusant.

Dans « Flashdance », la fille conduisait un vélo de course (et le monsieur une voiture de course) ; mais voilà :

images

 

C’est impossible.