Télécran

J’avais un Télécran lorsque j’étais enfant. Je pouvais passer des heures à dessiner, à essayer d’en comprendre la magie. Le plus grand défi consistait à tracer des cercles. Une fois l’oeuvre accomplie (ou ratée), secouer le Télécran faisait disparaître l’image. Un jeu vain, donc, dont l’équation magique s’est résolue lorsque mon pied est passé au travers de l’écran, révélant une épaisse crème dorée (probablement toxique sur le modèle d’origine).

Lorsque j’ai remis la main sur un Télécran, trente ans plus tard, je n’y ai pas passé des heures. J’ignore si ma perception du temps a changé (tout s’est accéléré) ou si le jeu m’ennuie. La réponse est probablement : la somme des deux.

L’écran qui crame mon temps en ce moment est celui de la tablette où je regarde des séries. Bones, 12 saisons,246 épisodes de 46 minutes. J’en ai regardé 29, ça avance bien. Les histoires d’amour bourgeonnent tranquillou. On apprend la patience en révisant son vocabulaire (heureusement, je regarde en VO) anglais. Avec un peu de chance, j’aurais le temps visionner tous les épisodes avant la fin du confinement.

Il est important de se fixer des objectifs, et un cadre, nous a-t-on dit, pour réussir son confinement. Voilà qui est fait.

Bon lundi chômé mes amis, et lavez-vous les coudes.

A la cool

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Il arrive qu’un jour, l’horloge de votre ordinateur approche les 18h, et vous pensez « Tiens, je boirais bien une petite bière… ». Faut dire que vous avez bien travaillé, le nez sur l’écran, le dos presque droit, votre petit cerveau entièrement happé par des problématiques qui ne vous encombreraient pas dans le monde réel. Vous avez été dérangée vingt-cinq fois, et malgré tout, glorieusement, vous êtes parvenue à accomplir votre travail. Ouais. Yes, comme on dit là-bas. Le système de récompense s’enclenche, et la bière devient un eldorado tout à fait envisageable. Vous salivez.

Arrive cette petite pourriture de voix qui vous susurre que vous êtes probablement alcoolique. On parle de 4,5° d’alcool, rétorquez-vous. Mais n’est-ce pas l’intention qui compte, reprend la petite pourriture. L’intention, cette fameuse intention qui bouleverse le cours des campagnes électorales et alourdit le verdict du juge. L’intention, c’est ce qu’il y a de pire. Je me méfie de l’intention qui déplace les virgules et vous fait passer de 4,5 à 45°. Vous vous êtes enivrée avec l’intention de le faire (genre, je vais me mettre minable)! Vade retro alcoolo, comme on disait là-bas.

Quittez votre poste de travail en déclarant que vous avez piscine, n’avouez jamais que vous avez bière (surtout pas une pinte !). Encore, il y a vingt ans, je ne dis pas… mais en 2018, l’alcool est démodé. L’intelligence aussi, me direz-vous, bien qu’il n’y ait pas spécialement de rapport entre les deux.

Alors quoi faire ? Boire sa honte jusqu’à la lie ou s’en foutre ?

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