Il arrive que nous soyons dimanche

Il arrive que nous soyons dimanche et que le soir se faufile doucement par la fenêtre ouverte. Il arrive que nous soyons dimanche et l’envie d’aller voir ailleurs. Il arrive que nous soyons dimanche et la rage envahissante surmonte la décence polissée. Il arrive que nous soyons dimanche et que luttent l’une contre l’autre lassitude et force vive. J’aimerais avoir envie. J’aimerais avoir envie de m’asseoir face à mon écran et d’être tout entière happée par mon travail. J’aimerais être absorbée, centrée, concentrée, habitée d’une force et d’une détermination inusables. Croire qu’il est utile de faire ce pour quoi je suis payée. J’aimerais avoir l’assurance d’être utile, de contribuer à rendre le monde vivable, à le rendre plus juste, plus beau. Je mesure déjà la chance que j’ai, de faire ce travail plutôt qu’un autre qui me plairait moins. D’avoir ce travail tout simplement, et le luxe de m’en plaindre. Je suis ce petit rouage de la machine, celui qui pollue autant qu’il trie, celui qui veut limiter son empreinte et que tord le désir de laisser une trace. Il arrive que nous soyons dimanche et que nos ambivalences nous sautent à la figure. Il arrive que nous soyons dimanche et que la douceur de l’air me rappelle les printemps de mon adolescence qui étaient à coup sûr l’adolescence de ma vie, où je pressentais qu’une liberté immense s’ouvrait à moi. Et comme pour le reste, je me suis précipitée à l’encombrer. Il arrive que nous soyons dimanche, chaque semaine.

Faux bond

J’ai failli ne pas écrire ici aujourd’hui. Grosse fatigue, irrésistible envie de rien plutôt qu’autre chose. Il y a bien-sûr l’appel du dehors, tellement décevant, de ces rues de quartier, identiques à ce qu’elles étaient avant. Il n’est pas dit qu’un ailleurs soit préférable. Plus personne n’y croit. L’horizon à perte de vue, les grands espaces, l’aventure, tout ça appartient au monde de l’imaginaire. Dans la réalité, on revient toujours devant son évier. Nous sommes ancrés, ici ou là ; nous revenons à notre lit. Les habitudes reprennent, les gestes n’ont pas besoin d’être pensés.

L’ordinaire. La période fut exceptionnelle, l’ordinaire nous attendait sagement.

D’ici quelques jours nous reprendrons la route qui ne mène à rien que nous ne connaissions déjà. L’ordinaire route du quotidien régulier, désormais régulé par les gestes qui protègent.

La distance est ce qu’on peut désormais revendiquer, notre petit espace préservé, notre souffle derrière un masque, nos pensées lissées. La distance, ce sont quelques mots qui suffisent à renvoyer chacun à son propre évier.

Demain est férié. N’est-ce pas une bonne nouvelle ?

Bonne soirée les amis et lavez-vous les coudes !

A la cool

Quel beau dimanche les amis ! Je savoure un thé vert après avoir achevé ma séance de yoga. Me voici tranquillement allongée sur le canapé, évitant du regard tout ce qui doit être rangé. J’écris allongée, comme Philip Roth qui ne tenait plus assis ; mais dissipons toute ambiguïté : je ne me prends pas pour Philip Roth, je n’ai pas son bagage ni son bardage, encore moins son ramage. Mais je suis vivante.

Ce matin, j’ai ouvert le Yoga qui soigne de Tara Stiles pour guider ma pratique. J’ai choisi la séquence « Gueule de bois », qui vient juste après « Grippe » et « Grossesse », mais je n’ai pas pu m’empêcher de faire les postures « Acnée » et « Allergies », c’est toujours ça de pris, me suis-je dit, puisque mes allergies me donnent principalement des boutons. Mon corps, mon ami, tu trouves toujours le moyen de te rappeler à moi. Mais je pense à Philip Roth qui ne tenait plus assis, et je relativise.

Je viens tout juste d’embrasser la pièce du regard et tout ce qui doit être rangé me saute aux yeux. Place au rangement me dis-je, avant de retourner à mon petit écran fissuré. Je range le rangement dans un coin de ma tête. Je repense à cette série de conseils glanée dans un quelconque magazine pour permettre aux énergies de mieux ciculer. L’énergie qui circule fluidifie la pensée, attise la créativité, augmente les performances intellectuelles. Tout en haut de la liste trône le rangement. Même Tara en parle dans la section « Week-end inspiration », il faut dégager l’espace. Je pensais être vieille, alors que je suis simplement encombrée. Et je pense à Philip Roth qui écrivait debout, sur un pupitre incliné (l’anti bazar par excellence).

Je vais ranger. Je vais me concentrer. Et lundi, je reviendrai avec un cerveau.

Bon dimanche mes amis et lavez-vous les coudes !