Matérielle Girl

Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? Je ne sais pas. Mais un pouvoir de nuisance, c’est certain. Nos objets se débrouillent toujours pour nous trahir au pire moment, avec pour seule intention -je le soupçonne- de nous faire regretter notre attachement à leur égard. Il ne faut pas s’attacher aux objets, c’est exactement ce que j’expliquais à mon coussin (en lin, avec des pompons aux quatre coins, il est tellement chou que je lui ai choisi un compagnon dans une autre couleur, afin qu’ils échangent entre pairs, en faisant la paire. Bref). Il n’a rien répondu, mais il avait un air espiègle et câlin, j’ai tout de suite compris qu’il n’en pensait pas moins.

Hier j’ai fracassé mon téléphone contre la porte de l’immeuble. L’émotion, sans doute, de mettre le nez dehors et probablement une once de culpabilité de n’avoir point de masque tendu sur ce nez. Mon téléphone s’est vengé de sa servilité, tout comme la minuterie du four, le thermostat de la plaque à induction et mon stylo bille. Tous ces objets se sont ligués contre moi, mais je tiens bon. Je ne lâche rien.

Sinon : Material Girl est une chanson de Madonna, sortie en 1985 dont le propos traduit son désir d’une vie riche et aisée. Nous pouvons rapprocher ce propos d’une citation de Marguerite Duras : « Je veux bien ne pas avoir d’argent dans un monde désargenté, mais je ne veux pas être privée d’argent dans un monde où il y est. »

Ainsi puis-je justifier de me représenter en Madonna (elle-même se représentant en Marilyn) plutôt qu’en Marguerite Duras, c’est dimanche quand même !

A demain amis de l’immatériel et lavez-vous les coudes !

Y a-t-il un âge pour lire Sartre ?

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Sartre est-il le short de la littérature me demandais-je en dessinant cette page. Adolescente, j’avais pioché Maria de Cavanna dans la bibliothèque parentale ; vers le début du roman, il écrit « C’est con une ado, ça découvre Jean-Paul Sartre. » (je cite ma mémoire qui potentiellement flanche). Pile dans la cible, je me suis sentie affreusement vexée et j’ai refermé le livre. Bye Bye Cavanna, jamais plus je ne l’ai lu.

Si certains s’arrogent le droit de déclarer qu’une femme ne devrait plus porter de short au-delà d’un certain âge ; on peut aussi décider que certains livres ne peuvent plus être lus au-delà d’une limite qui reste à définir. « J’ai passé l’âge de lire Paul Auster. » ai-je ainsi entendu, de même Vian, Duras ou Kundera. Relire un livre vingt ans après la première lecture est une expérience étrange qui nous plonge dans la fiction de notre défunte jeunesse, sans entamer la vivacité du texte.

Avec mon short comme avec Duras, j’aurais pu vivre plusieurs vies. Sauf que je ne portais pas de short à l’époque où j’ai découvert Duras. Enfiler un short à 38 ans m’a procuré un grand sentiment de liberté. Qu’aurait bougé Duras en moi à 38 ans, si je ne l’avais lue à 13 ? Elle bouge encore, à la relecture ou à la première lecture d’un texte qui m’avait échappé. Elle bouge encore, même morte. Mais je dois avouer que je n’ouvre plus un livre de Duras avec la même fébrilité qu’autrefois. Je sais ce qui m’attend, je sais où elle gratte, je sais où elle creuse. Je connais sa musique, comment elle me fait danser.

Duras et Sartre sont-ils une piqûre de rappel ou peuvent-ils être le vaccin ? J’aimerais croiser un jeune, même un con, qui viendrait de les découvrir.