
« Ce qui ne tue pas rend plus fort. » J’étais en colère contre cette phrase. Enragée presque. Nietzsche aurait dû y penser à deux fois (je ne doute pas que ce fût le cas) car laisser traîner des formules pareilles, c’est comme balancer ses chaussettes en travers de la chambre et ne pas les ramasser. Quiconque arrive ensuite ne fait que supposer la forme du pied et le sens de la chaussette.
Ce qui ne me tue pas me rend plus forte ? Allons donc ! Ce qui ne me tue pas me blesse, de ça je suis certaine. C’est à chaque fois un coup qui entre en résonance avec un coup plus ancien, jusqu’à toucher par ricochets la blessure première, c’est un enchaînement. Dans les deux sens du mot. Est-ce vraiment de la force ?
La formule porte à croire qu’être fort c’est savoir souffrir. Je n’associe pas la force à la résistance qu’on oppose à ce qui nous blesse. Je pensais : être forte, c’est construire un mur entre soi et toute forme d’attaque, c’est devenir dure, c’est se couper de son ressenti. J’avais tord.
Ce que j’ai appris dernièrement, c’est : ce qui ne me tue pas forge et renforce mon instinct. Puisqu’en moi sont réunis le présent et le passé, réside aussi la prescience de l’avenir. Je sais reconnaître le danger. Les manifestations de l’intuition sont parfois déroutantes, imperceptibles ou au contraire violentes. Elles engendrent des actes qui semblent inexplicables, elles composent des phrases fulgurantes. Ce serait comme abriter un animal qui soudain sort les griffes et dévore la blessure originelle.
Ma force c’est d’écouter mon instinct avec respect.


















