
J’écoute des podcasts féministes. Lorsque les protagonistes ont mon âge, ou dix ans de moins, elles disent souvent que les jeunes d’aujourd’hui sont en avance, qu’elles sont plus vigilantes que nous au même âge. Tu m’étonnes ! Qu’est-ce qu’on a pu nous répéter de bien nous tenir, de répondre gentiment, de dire merci même si le compliment est douteux, de ne pas faire de vague, de nous attacher les cheveux, de nous écraser. J’ai bénéficié récemment des conseils d’une aînée pour régler une « situation » avec un con (je dis con, pour résumer) : il faut l’ignorer. Et moi qui croyais que l’ignorance n’avait jamais résolu un problème ! Je devais me tromper…
Moi aussi, je trouve les jeunes plus éveillées (et tant mieux), sans doute n’ont-elles pas été bercées aux mêmes illusions. La théorie que je préfère est que l’homme traite la nature comme il traite la femme. D’où l’état du monde. Et toc, ai-je envie de dire. J’entends d’ici les dents grincer, et les « oui mais les femmes aussi elles polluent avec leurs tampons ». Et je me marre. Puis-je argumenter ? Difficilement : je suis un pur produit de ma génération provinciale, je sais être polie, m’asseoir correctement, porter des vêtements décents, me taire, rire aux blagues misogynes. L’enjeu consiste à brosser à rebrousse poils tout ce fatras, quitte à m’entendre dire que j’ai passé l’âge.
Ma vraie nature est dans le flou.
A demain les amis et lavez-vous les coudes !

Le physique est juste un mauvais moment à passer. Entre 13 et 40 ans, le corps est susceptible de générer des complexes (ou beaucoup d’argent dans certains cas), on se prend à imaginer sa vie avec dix centimètres de plus et cinq kilos en moins, avec des seins comme ci et des fesses comme ça (ou alors l’inverse). Ensuite on se calme. La sagesse que nous sommes tous en droit d’atteindre réclame que l’attention aille se poser ailleurs (« Merde, j’ai raté ma vie ! » ou encore « Nous laissons une piteuse planète à nos enfants »).




