L’espace intérieur

Puisque le vide nous compose à 99,9 %, il nous laisse beaucoup de place pour notre espace intérieur. Je suis multitude de personnes en moi, multitude de paysages pour chacune d’elles. Je peux être la forêt un matin de printemps, la Seine qui coule sous les ponts de Paris, simple pivoine au milieu de mes sœurs sur le bord de la cheminée, une épopée de dunes, des cimes enneigées pour quelques années encore, souveraine un matin, solitaire une nuit, avec toute ma panoplies de mots, de traits et de parfums. Je peux aller et venir à l’intérieur de moi, revenir sans cesse sur un souvenir ou le laisser se dissoudre sans un regret. Je décide où aller, quel chemin fouler, quelle pensée suivre, laquelle chasser, si tenace soit-elle, que sa rémanence ne soit qu’une couleur maintes fois lavée et diluée dans mon paysage. Nous sommes riches de ces mondes que nous élevons, le plus souvent en secret.

La grande poupée contient toutes les autres, si on les place côte à côte pour former une famille de femmes, elles sont vides alors. Selon les modèles, la plus petite est pleine et ne s’ouvre pas, ou alors elle s’ouvre et reste vide. On peut y ranger un secret minuscule. Il faut attendre la fin pour savoir. Je vais rester confinée encore un peu.

Bonne journée matriochkas, et lavez-vous les coudes (ça ne va pas être facile ! ).

Pouce vert et morne pousse

« Pour réussir sa vie, un homme doit faire un enfant, écrire un livre et planter un arbre. » C’est une citation de Compay Segundo. J’ai parcouru sa page Wikipedia sans y trouver de livre ni d’enfant, quant à l’arbre… Sinon, je n’accorde aucun crédit à cette phrase, à moins de se mettre d’accord sur le sens du mot « réussite », qui comme vous le savez, est un jeu de cartes à une seule personne, qu’on appelle aussi patience. On réussit là où les autres renoncent, parce qu’on est très patient…

S’il me fallait réussir selon Compay, il ne me resterait plus qu’à planter un arbre. Fastoche, que je me dis, passe-moi une branche et de l’eau que je bouture rapidos. Et ni une ni deux, je me saisis d’une branche de sauge, car qui a de la sauge dans son jardin n’a pas besoin de médecin (je n’ai pas de jardin, qu’importe je fonce) d’un pot de yaourt en verre et point.

Comme je trouve le rituel assez léger comparé à la promesse (réussir sa vie), je compose une formule d’encouragement pour cette petite branche qui doit pousser ses radicelles hors de son mini tronc. Si je devais en faire autant, je perdrais mes moyens.

J’encourage, donc, chaque jour, un petit mot gentil, une présentation de l’appartement, un peu de radio, quelques podcasts, pousse ma grande, lui dis-je. Mais son mini tronc reste glabre, ses feuilles fanent et se courbent.

Voilà comment j’ai raté ma vie.

En revanche, pour l’élevage de mites, je suis au top. Si vous en voulez, je vous en mets de côté pour égayer vos soirées.

Bonne journée les amis, plantez des arbres et lavez-vous les coudes !