Vraie nature

J’écoute des podcasts féministes. Lorsque les protagonistes ont mon âge, ou dix ans de moins, elles disent souvent que les jeunes d’aujourd’hui sont en avance, qu’elles sont plus vigilantes que nous au même âge. Tu m’étonnes ! Qu’est-ce qu’on a pu nous répéter de bien nous tenir, de répondre gentiment, de dire merci même si le compliment est douteux, de ne pas faire de vague, de nous attacher les cheveux, de nous écraser. J’ai bénéficié récemment des conseils d’une aînée pour régler une « situation » avec un con (je dis con, pour résumer) : il faut l’ignorer. Et moi qui croyais que l’ignorance n’avait jamais résolu un problème ! Je devais me tromper…

Moi aussi, je trouve les jeunes plus éveillées (et tant mieux), sans doute n’ont-elles pas été bercées aux mêmes illusions. La théorie que je préfère est que l’homme traite la nature comme il traite la femme. D’où l’état du monde. Et toc, ai-je envie de dire. J’entends d’ici les dents grincer, et les « oui mais les femmes aussi elles polluent avec leurs tampons ». Et je me marre. Puis-je argumenter ? Difficilement : je suis un pur produit de ma génération provinciale, je sais être polie, m’asseoir correctement, porter des vêtements décents, me taire, rire aux blagues misogynes. L’enjeu consiste à brosser à rebrousse poils tout ce fatras, quitte à m’entendre dire que j’ai passé l’âge.

Ma vraie nature est dans le flou.

A demain les amis et lavez-vous les coudes !

L’âge du temps

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L’avenir incertain m’a fait repousser le moment de faire réparer mon vélo. On s’habitue à l’usage exclusif du frein avant, à ne plus pouvoir passer les vitesses et à haleter au rythme du couinement de la chaine. Faisant corps avec mon vélo, je me croyais usée, éventuellement carencée. Alors c’est donc ça, vieillir : constater que les performances physiques diminuent, que le faux plat et la côte sont les nouveaux Everest, que le corps est un frein aux envies, qu’il peut entraver le mental et même l’influencer négativement. Je déplorais déjà de n’avoir pas été amie bien longtemps avec mon corps.

Parmi les critères les plus importants dans ma recherche d’emploi figurait le fait de pouvoir m’y rendre à vélo. Me convertir au métro quotidien, c’est comme emprunter volontairement le chemin de l’abattoir : c’est renoncer.

C’est le lâchage du frein avant qui m’a fortement incitée à confier mon vélo au réparateur. « C’est grave docteur ? » m’enquis-je avant de lui demander de préciser s’il était docteur en médecine ou vétérinaire. Il réfuta vétérinaire, alors que j’objectais « monture ». Après l’énoncé des soins apportés à mon piètre compagnon, et le montant associé aux réparations, j’ai rigolé que cette remise à neuf allait changer ma vie (je n’en croyais pas un mot).

Ce jour-là, j’ai eu deux fois tort : 1/ ma vie a changé, 2/ le réparateur de vélo est docteur en médecine. J’aborde le versant d’une nouvelle et « pédalante » jeunesse.

Debout là-dedans !

Même pas en rêve
Sous la couette
Je ne sortirai pas
Tu es un mufle
Tous les magazines vous l’écriront : le sommeil est la meilleure crème de beauté. En gros, si vous dormez mal, non seulement vous êtes de mauvais poil, mais en plus vous êtes moche (ça c’est parce que nous ne sommes jamais à une injustice près lorsqu’il s’agit de beauté).

La beauté n’est pas l’unique raison qui me ferait rester au lit : le monde en est une autre. Je ne vais pas (encore) raconter des salades ou m’attrister pas sur le sort de Volkswagen, sur cette tendance à privilégier l’intérêt personnel plutôt que l’intérêt général. La bonne nouvelle, c’est que cette tendance n’est pas française, mais humaine, puisque l’illustration cette semaine nous vient directement d’Allemagne (ça me fait plaisir d’assimiler le peuple allemand à l’Humanité, c’est comme ça).

D’ailleurs, moi-même, je ne sais pas si je quitte mon lit par intérêt personnel ou général. Tout dépend de la qualité de mon sommeil, me direz-vous. Certes.

Elixir de Jeunesse