Les grands espaces

Les grands espaces sont intérieurs. Heureusement : s’il en était autrement, le parisien serait toujours en train de se plaindre.

Dans l’appartement encombré, l’adulte équilibré doit faire des choix. Ouvrir un tiroir et trier. Déposer à gauche ce qui mérite d’être gardé et à droite ce qui peut être donné et dans le sac ce qui part à la poubelle. Peu de choses peuvent être données.

Donner, c’est pour la gamme supérieure des objets qu’on possède. Ils doivent être utiles, utilisables, pas trop usés ; et nous être inutiles, à nous. C’est la catégorie rare des objets qui peuvent être utiles à d’autres. Par exemple une trancheuse à jambon le jour où vous décidez de tourner végétarien. La table à langer lorsque l’enfant entre au lycée.

Donc hier, j’ai descendu dans mon jardin (la chambre de mon fils) et j’ai croisé les petits fruits en bois, rattachés en leur milieu par une pastille velcro. On dirait qu’on serait en train de couper des fruits, ai-je pensé. Et tchac-tchac, avec le petit couteau en bois, je les ai sectionnés. Et ploum, je les ai ressoudés et rangés dans leur petite boîte, ni vu ni connu. C’est qu’il a bien passé l’âge de jouer à la dînette, mon collégien.

(A ce propos, en dépit des fruits et légumes en bois, du petit service à thé rouge à pois blancs, il n’est pas hyper volontaire pour mettre la main à la pâte… C’est bien du gros n’importe quoi les jeux éducatifs !)

Techniquement, nous pourrions donner les jouets. Mais je ne suis pas encore prête. Je préfère me plaindre du manque d’espace.

Amusez-vous bien aujourd’hui et lavez-vous les coudes !

Jouer aux vacances

« On dirait qu’on serait en vacances ». J’ai choisi une formule à mi-temps : je travaille le matin. L’après-midi, je joue avec mon fils. Et je suis drôlement contente d’être sa mère, parce que c’est moi qui lui ai appris à jouer « aux jeux de société ». Notre société étant excessivement réduite, la façon dont nous jouons est probablement illisible pour les autres.

Je n’aime pas jouer. Ceux qui jouent avec sérieux me donnent envie de quitter la table. Quel est l’intérêt de jouer « sérieusement » ? Ne serait-ce pas antinomique ? Autant dire que les « serious game » qui fleurissent dans le monde de la cohésion d’équipe me donnent envie de me casser la jambe ou filer ma démission. C’est une réaction violente, j’en conviens, qui cache probablement la terreur d’y prendre plaisir (dois-je consulter ?).

Donc, nous jouons, avec des règles adaptées à notre besoin de faire n’importe quoi. Des règles floues, implicites et mouvantes. Parfois c’est la suppression des règles qui permet de se focaliser sur l’intérêt du jeu (trouver un maximum d’images dans Lynx est plus intéressant qu’éliminer le plus lent). Inventer une nouvelle couleur au Uno et prolonger la partie jusqu’à épuisement de la pioche est plus amusant qu’être le premier à liquider son jeu. Je m’autoanalyse au passage : n’aurais-je pas un problème avec la performance ?

Notre ludothèque est mince (puisque je n’aime pas jouer, j’évite d’acheter des jeux, je reste cohérente), on tourne avec quatre : les deux déjà cités, Logic Ville et un Memory (le Pimemento, pour les connaisseurs).

Donc la réponse est non : je n’ai pas verni mes ongles de pieds.

Bonne journée les printaniers et lavez-vous les coudes !