Miam miam

Hélène Darroze, cheffe étoilée et mère de famille, n’a pas les mêmes problèmes que moi, c’est certain. Lorsqu’elle pose sur la table un chef-oeuvre odorant, nappé de graisse de canard (madame est originaire du Sud-Ouest), tout le monde est déjà là depuis dix bonnes minutes, babines retroussées, peinant à contenir ses grognements d’envie. L’instinct animal ressort. Les mains sont crispées sur les couverts, le pied tremble un peu… Ah comme ça doit être palpitant un déjeuner familial chez Darroze !

Plus palpitant qu’ici où personne ne se précipite jamais pour manger… Car l’enfant aime le gras, le sucre et la viande, mais il n’aime pas les légumes ; l’homme aime le gras, le sucre et la viande, et tolère les légumes. Je me situe à l’exact opposé… Et c’est moi qui cuisine. Suis-je une femme ?

Non, car la femme ne se caractérise pas en opposition à l’homme. Mais sinon oui (la preuve, c’est moi qui cuisine), et bien des indices le prouvent.

Un ancien collège m’expliquait autrefois que la plupart du temps, ce qu’on mange est mauvais. Son idéal était de gober une pilule plutôt que d’avaler une louche de nourriture insignifiante. Je lui donne raison. Vous avez lu Un jeûneur de Kafka ? Lorsqu’il explique « je n’ai pas su trouver l’aliment qui me plaise. Si je l’avais trouvé, crois-moi, je n’aurais pas fait d’histoire et je me serais gavé comme toi et comme tout le monde. »

(Peut-on encore parler après Kafka ? )

Bonne journée les amis et lavez-vous les coudes !