Choisis ton attitude

Comme toutes les femmes qui ont séjourné dans les années quatre-vingt-dix, je fais ce que je veux avec mes cheveux. Bien que la normalité demeure un fantasme. Quelle est-elle, cette normalité dont on nous avait vanté le retour ? Je ne la perçois pas encore, sans doute à force de rester à la maison, d’avoir ce rythme provincial du déjeuner pris à la maison et l’impression de naviguer de la chaise à la cuisine, de la chaise au canapé, du canapé au lit. Je me sens plus hamster que femme. Il me semble attendre septembre et le mot « rentrée ».

Les gens sont à bout, je ne sais pas si vous l’avez remarqué. Ils ont l’air d’enfants à qui on demande d’attendre avant de sauter dans la piscine. La frustration affleure, le sentiment d’injustice de celui à qui les règles n’ont pas été expliquées ou explicitées. Qu’est-ce que je fais là, moi, face à cette eau fraîche, avec l’ordre de ne pas sauter ? Autant ne pas venir, autant tourner le dos. Nous sommes comme ça en ce moment. Incrédules, suspendus, tas de foin attendant l’étincelle. On perçoit la sécheresse, la chaleur qui vient du cœur et qui n’a pas de nom.

Il faudrait marcher longtemps, dans un paysage qui ne serait pas limité par une route ou une ville ou la mer. Il faudrait marcher sans fatigue pendant des heures, sans la faim, sans la soif. Il faudrait marcher avec le vent dans le dos, sans le froid, sans la chaleur. Il faudrait marcher et puis au bout, être arrivé repu.

Mais la soirée est déjà bien entamée, j’ai perdu le rythme du matin et je sais que j’écris autrement le soir. Décalage immédiat.

Bonne nuit les amis, lavez ces coudes et faites de beaux rêves.

Ma semaine sans Instagram

Ô Instagram, gouffre de mes heures vacantes, aliénation de ma liberté, comme je suis soulagée de te laisser de côté !

Je ne blâme pas Instagram d’avoir dissous mes précieuses minutes qui si elles l’avaient vraiment été ne seraient pas allées s’y gâcher (quelle phrase improbable). Je me blâme seule de ma faiblesse. Yes. Plusieurs fois par an, je décide d’arrêter et j’y reviens comme on achète un magazine people au milieu de l’été pour voir la tête du nouvel amoureux de Stéphanie de Monaco ou Sophie Marceau (ne serais-je pas d’un autre siècle ?). Quelle n’est pas ma joie de retrouver le temps de consulter avec curiosité la conjugaison du verbe dissoudre, qu’on ne m’avait pas apprise à l’école.

On dit « j’ai dissous le vin dans l’eau » et « vous avez dissoutes l’assemblée ». C’est formidable. « Nous eûmes dissoutes ce vilain vernis à ongles ». J’adore. Je vais dissoudre plus souvent. Je vais dissoudre mes mauvaises habitudes dans une bassine de cercles vertueux. Chaque jour un nouveau verbe, pour atteindre le stade supérieur de mon évolution (je me prends pour un Pokémon, j’évolue) (d’ailleurs je n’ai pas saisi le but de l’évolution chez le Pokémon) (consommer moins de plastique ?).

Ces heures précieuses que je me lègue seront bien employées, je vous le promets.

Bon mardi chers lecteurs et lavez-vous les coudes !