Menu/monnaie

Le confinement a eu raison de ma monnaie : je n’ai pas retiré d’espèces depuis le mois de mars. Le seul à en pâtir est le monsieur qui fait la manche devant la Biocoop. J’ai remplacé la pièce par la boîte de son choix : sardines, haricots, camembert… Il dit que ça lui va. Je lui donnais moins que le prix de la boîte, mais la pièce, il pouvait l’utiliser comme il voulait.

La dernière fois, il n’a pas eu envie de choisir. Il a eu la même réplique que mes autochtones quand je leur demande ce qu’ils veulent manger : « Comme tu veux ». J’ai râlé (doucement hein, je ne vais pas gueuler sur ma caution bonne conscience) que je ne voulais pas être responsable de son menu. Imaginez que je lui compte ses calories et vitamines, à ce vieux gaillard, et après je l’enverrai faire du sport et se brosser les dents ! Je ne sais même pas où il vit.

Je ne connais pas sa vie.

Il y a plein de gens dont j’ignore la vie, et tant mieux d’ailleurs.

Que ferais-je de tant de détails et d’états d’âme ? Il me faudrait une vie -justement- pour tout embrasser.

Il me dit, dans une baguette, c’est très bon la sardine à la tomate, on écrase et c’est prêt. La fois d’avant, il m’avait dit que le camembert, c’était très bon dans une baguette, on écrase et c’est prêt. Rien sur les haricots, du coup je lui ai pris des sardines, ça se conserve mieux. Mais je me demande s’il a du pain.

Il est midi les amis, bon appétit et lavez-vous les coudes et les mains !

Vie saine, vilaine

(Vous l’avez vu venir, le jeu de mot avec Villani ? Voyez comme j’ai augmenté la maîtrise de moi)(habiter le 14e n’est pas une raison pour s’offrir des jeux de mots sur le dos de Villani, il faut rester petit)(fin de parenthèses)

(N’empêche qu’une majuscule change tout… Rester Petit, ça n’est pas comme rester petit. Il y a des gens qui posent des majuscules partout, pour montrer qu’ils ont compris, mais dans la plupart des cas, il faut rester minuscule, sauf s’il est question de madame Minuscule. Bref, je ne vais pas parler politique, je ne suis pas assez intelligente.)(c’est fini cette fois)

Dans ma quête de la vie parfaite (chapite 12 de mon Guide pour être moi, qui ne paraîtra jamais, soyez rassurés) il est question d’exclure de mon alimentation les produits industriels. Pourquoi ? Parce que c’est mal. Au début du confinement, j’ai fabriqué des pâtes. C’était ma phase passionaria de la bouffe, des heures en cuisine, les mains dans la farine… Plus tard, j’ai préféré dessiner.

Mais l’enfant aime les pâtes, c’est même une forme d’amour inconditionnel. Je pense qu’il aime plus les pâtes que moi. Donc on achète des pâtes, il est parfois écrit artisanal sur le paquet, si on cherche bien, c’est la recette qui l’est et non la pâte. On achète aussi du chocolat et de la moutarde, des cornichons et du poisson (en conserve). Et après je culpabilise. Un jour j’ai même acheté des saussices de soja.

Et puis après, je me dis que j’ai vraiment la vie facile, ce qui me permet de me prendre la tête pour des bêtises ! (Ok, je sauve la planète à mon échelle)

Bonne journée les écolos et pas colos et lavez-vous les coudes !

Histoire pour mon coussin

(et pour vous aussi, si vous êtes de bonne humeur)

Pourquoi pas Emile, me demandez-vous ? Parce que Gorgozola ! Ne me remerciez pas, ce n’est qu’une blague.

Hier fut un jour marquant de notre confinement, nous avons dîné de pizzas à emporter (avis aux voisins : Toto est ouvert, sauf dimanche et lundi, comme d’habitude). J’avais presque oublié la joie simple de ne pas cuisiner, immédiatement suivie par la culpabilité d’augmenter nos déchets ménagers, puis celle de consommer pas bio. L’enfer vous dis-je.

Donc hier, on a junké. Et maintenant je boude. D’autant plus que la nourriture devient un sujet récurrent de ce blog, ce qui n’est pas le concept initial. D’ailleurs il n’y a pas de concept initial.

Mais quand même, je me pose une question, et vous la pose par la même occasion : si je mange une cacahuète, sachant qu’elle est trop grasse et trop salée, suis-je un danger pour ma santé ? Ne devrait-on pas plutôt dire « pour votre santé, évitez de manger trop trop gras, trop trop salé » (Trotro trop trop rigolo) ? Une cacahuète, c’est peanuts, comme on dit.

Bon dimanche, chillez trop trop et lavez-vous les coucoudes !

Moi les animaux

Moi les animaux, je ne les mange pas. Les gens disent souvent « j’aime le boeuf, j’aime le lapin, j’aime l’autruche » et ils les mangent. Je préfère que ces gens-là ne m’aiment pas. Ou qu’ils fassent un effort de champ lexical.

Curieusement, la nuit dernière, j’ai rêvé que j’allais au restaurant. Ou plutôt que j’essayais d’atteindre un restaurant très luxueux, dans un interminable hôtel de luxe. Le menu était composé d’une variation petits-pois-pois-cassés. Auparavant, dans le même rêve, j’ai (par ordre chronologique) échappé à une guerre rouge dans un monde sauvage, navigué à bord d’une boule blanche ( ? ) vers une île magnifique et dîné chez des amis. Après le restaurant, j’avais l’intention de m’acheter un pull bleu marine. Mais je n’ai jamais réussi à trouver le bon étage et j’ai fini par me réveiller, lasse de tourner en rond.

Dans mes rêves, je ne mange pas de viande non plus. Aux rapaces captifs, on donne à manger des poussins de un jour. Normalement vous dites « Mais quelle horreur ! » alors que la plupart des poussins mâles sont broyés. J’aime bien les œufs. Je suis même en empathie avec l’œuf, alors je le mange. Mais je ne mange pas de poussin de un jour. Et je ne sais pas si on peut assimiler un poussin de un jour à une graine germée, dont l’apport nutritionnel est supérieur à la graine non germée.

J’aime l’œuf comme j’aime l’île de mon rêve. Des contours définis, indiscutables, impossibles à négocier : ce qui est autour n’est pas l’île. J’ai souvent fait ce rêve décevant d’une île sur laquelle j’arrive et qui au fur et à mesure de mon exploration se révèle ne pas en être une.

Tout ça pour vous dire qu’hier, j’ai parlé nutrition, végétarisme et véganisme avec une collègue. On a parlé boulot aussi, mais j’imagine que ça vous intéresse moins.

Bonne journée mes poussins, et lavez-vous les coudes !

Miam miam

Hélène Darroze, cheffe étoilée et mère de famille, n’a pas les mêmes problèmes que moi, c’est certain. Lorsqu’elle pose sur la table un chef-oeuvre odorant, nappé de graisse de canard (madame est originaire du Sud-Ouest), tout le monde est déjà là depuis dix bonnes minutes, babines retroussées, peinant à contenir ses grognements d’envie. L’instinct animal ressort. Les mains sont crispées sur les couverts, le pied tremble un peu… Ah comme ça doit être palpitant un déjeuner familial chez Darroze !

Plus palpitant qu’ici où personne ne se précipite jamais pour manger… Car l’enfant aime le gras, le sucre et la viande, mais il n’aime pas les légumes ; l’homme aime le gras, le sucre et la viande, et tolère les légumes. Je me situe à l’exact opposé… Et c’est moi qui cuisine. Suis-je une femme ?

Non, car la femme ne se caractérise pas en opposition à l’homme. Mais sinon oui (la preuve, c’est moi qui cuisine), et bien des indices le prouvent.

Un ancien collège m’expliquait autrefois que la plupart du temps, ce qu’on mange est mauvais. Son idéal était de gober une pilule plutôt que d’avaler une louche de nourriture insignifiante. Je lui donne raison. Vous avez lu Un jeûneur de Kafka ? Lorsqu’il explique « je n’ai pas su trouver l’aliment qui me plaise. Si je l’avais trouvé, crois-moi, je n’aurais pas fait d’histoire et je me serais gavé comme toi et comme tout le monde. »

(Peut-on encore parler après Kafka ? )

Bonne journée les amis et lavez-vous les coudes !

Un amour de cantine

Cantine à la COP21La saison du tout, tout le tempsLa semaine du bonheur
Les enfants qui vont à l’école en France peuvent manger à la cantine. Ils n’ont pas besoin d’apporter leur déjeuner dans une petite boîte.
Le tarif de la cantine est fixé selon le revenu des parents.
Ainsi, chaque enfant (quelle que soit la situation de ses parents) peut déjeuner d’un repas chaud, équilibré, élaboré par des nutritionnistes, dans la pure tradition française : entrée, plat, fromage, dessert et pain.

La cantine scolaire est une invention formidable ! Mon petit cœur se serre, parce que je vais en dire du mal. Mais mon petit cœur  vert saigne à chaque fois que je constate que cette magnifique cantine se fout autant des saisons que mes voisins se fichent du tri. Et ça ne va pas. Cette cantine est l’endroit idéal pour apprendre aux enfants qu’en hiver on mange des choux, et qu’il ne sert à rien d’avaler de la viande tous les jours.

Alors heureusement, il y a la thématique COP21 cette semaine ! La cantine propose : plein de bio et des betteraves, de la mâche, du potimarron, des brocolis, des haricots verts (hic), des carottes, du chou-fleur… Et la semaine prochaine, on fait comme si rien ne s’était passé. Chut.

Je crois que si on ferme tous les yeux… on sauvera la vie de l’Homme sur terre (mais en même temps, hein ?).

La tomate est immortelle

Ce sera la fin des haricots

Lire le journal Intense RoquetteAu fond de la glacière creusée dans le sol, on entreposait d’abord les haricots, puis le fromage, puis la viande. Les soldats pouvaient tenir plusieurs semaines, ils mangeaient la viande en premier, puis le fromage. A la fin des haricots, il ne restait plus rien à se mettre sous la dent. Ou alors les chats, qui avaient déjà mangé les souris afin qu’elles épargnent les réserves.

La fin des haricots arrivera par un chemin différent de celui qui était tracé au Moyen Age. Elle viendra de l’excès.

Ma fraise

L'homme est ce qu'il mange der Mensch ist, was er isst. Je commence un régime pêche + patateTandis que j’étais attablée devant mon ordinateur, essayant de produire plus pour gagner du temps, tout en luttant contre une furieuse envie de dormir, j’ai pensé « ô combien voudrais-je avoir la patate de mes 8 ans. »
C’est alors que cette phrase de notre ami Ludwig (le nom allemand de « Feuerbach » traduit en français donnerait « ruisseau de feu », ce qui est assez proche de la patate d’un enfant de 8 ans, pour peu qu’il soit correctement alimenté) m’est venue en tête.

Si j’ai bien compris l’article qui lui est consacré dans Wikipédia, cet homme écrivait aux crochets de sa femme qui possédait une manufacture. Voyez vous-même ! Il est scandaleux autant que réducteur de résumer soixante huit années de vie d’un philosophe allemand à ce détail matrimonial. Mais je crois au pouvoir de l’anecdote.

Le livre « L’homme est ce qu’il mange » de Feuerbach est pratiquement introuvable, excepté sur le site des introuvables où vous noterez cette délicieuse erreur dans le titre : « L’homme est-ce qu’il mange ».
Comme je vous le disais : je crois au pouvoir de l’anecdote.