Choisis ton attitude

Comme toutes les femmes qui ont séjourné dans les années quatre-vingt-dix, je fais ce que je veux avec mes cheveux. Bien que la normalité demeure un fantasme. Quelle est-elle, cette normalité dont on nous avait vanté le retour ? Je ne la perçois pas encore, sans doute à force de rester à la maison, d’avoir ce rythme provincial du déjeuner pris à la maison et l’impression de naviguer de la chaise à la cuisine, de la chaise au canapé, du canapé au lit. Je me sens plus hamster que femme. Il me semble attendre septembre et le mot « rentrée ».

Les gens sont à bout, je ne sais pas si vous l’avez remarqué. Ils ont l’air d’enfants à qui on demande d’attendre avant de sauter dans la piscine. La frustration affleure, le sentiment d’injustice de celui à qui les règles n’ont pas été expliquées ou explicitées. Qu’est-ce que je fais là, moi, face à cette eau fraîche, avec l’ordre de ne pas sauter ? Autant ne pas venir, autant tourner le dos. Nous sommes comme ça en ce moment. Incrédules, suspendus, tas de foin attendant l’étincelle. On perçoit la sécheresse, la chaleur qui vient du cœur et qui n’a pas de nom.

Il faudrait marcher longtemps, dans un paysage qui ne serait pas limité par une route ou une ville ou la mer. Il faudrait marcher sans fatigue pendant des heures, sans la faim, sans la soif. Il faudrait marcher avec le vent dans le dos, sans le froid, sans la chaleur. Il faudrait marcher et puis au bout, être arrivé repu.

Mais la soirée est déjà bien entamée, j’ai perdu le rythme du matin et je sais que j’écris autrement le soir. Décalage immédiat.

Bonne nuit les amis, lavez ces coudes et faites de beaux rêves.

La route est longue

Attention si vous portez des sandales, aujourd’hui il pleut. Vous risquez d’attraper froid, ça nous changera du virus. Dans les années soixante-dix, on s’enrhumait par les pieds, dans les années quatre-vingt par la tête, dans les quatre-vingt-dix par le ventre, les deux-mille par le cou, deux-mille-dix par le dos. En 2020, le rhume n’existe plus. On peut tenter la sandale avec une météo incertaine. Joie.

Ce matin sur mon tapis de yoga, je me demandais s’il fallait mettre un terme à cette phase blogante, j’hésitais entre samedi et dimanche pour vous l’annoncer. Ou carrément ce matin. Bye-bye j’arrête, je suis épuisée du ciboulot, je ne comprends plus ce qu’on me dit au boulot. En fin de journée je soupçonne mon crâne de vouloir expulser mes yeux. Je pourrais utiliser ce temps libéré pour consacrer mon vide intérieur. Ce qui m’a donné envie d’écrire sur ça. Et puis sont venues d’autres idées. Et puis les vacances approchent. J’irai marcher avec mes pieds sur les chemins de montagne. Je n’essaierai même pas de dessiner ou peindre le paysage. Je serai dans le paysage.

A demain, mais pas trop tôt, bonne journée et lavez-vous les coudes !

Je sors.

Cet enthousiasme est simulé. J’aimerais autant ne pas aller, ne serait-ce que cinq minutes, mettre le nez dans une salle d’attente. Mais l’orthodontie réclame un suivi. On pourrait tous vivre comme des sauvages, tignasses au vent et dents dehors ; seulement l’animal social qui est en nous préfère se plier aux normes qui sont les nôtres (c’est le moment de lancer ce gros débat : pour ou contre les cheveux blancs ?).

Partons donc. Suivons le chemin. Parcourons tes rues, Paris, les pieds à l’étroit dans nos souliers délaissés depuis tant de jours. Prenons le vent, le soleil, l’air dont on a tant vanté la pureté et le besoin. Ah air de Paris, vent de liberté, insouciance du baguenaudage retrouvé. Ô rues riches d’architectures, de divagations canines, de héros masqués. Comme vous m’avez manqué.

A part ça, sans doute à cause de l’émotion que je viens de décrire, j’ai très mal dormi. Réveillée par un cauchemar, j’ai mis longtemps avant de me rendormir, en faisant la liste de tout ce je ferais si j’étais en arrêt de travail pendant deux semaines. J’ai plein d’idées ! Mais je vais être raisonnable et liquider les affaires en cours avant de poser quelques jours de congés que la pluie viendra arroser.

Je suis assez portée sur la rime ce matin… Assez pour conclure par même à Hollywood, lavez-vous les coudes.