
Le confinement a eu raison de ma monnaie : je n’ai pas retiré d’espèces depuis le mois de mars. Le seul à en pâtir est le monsieur qui fait la manche devant la Biocoop. J’ai remplacé la pièce par la boîte de son choix : sardines, haricots, camembert… Il dit que ça lui va. Je lui donnais moins que le prix de la boîte, mais la pièce, il pouvait l’utiliser comme il voulait.
La dernière fois, il n’a pas eu envie de choisir. Il a eu la même réplique que mes autochtones quand je leur demande ce qu’ils veulent manger : « Comme tu veux ». J’ai râlé (doucement hein, je ne vais pas gueuler sur ma caution bonne conscience) que je ne voulais pas être responsable de son menu. Imaginez que je lui compte ses calories et vitamines, à ce vieux gaillard, et après je l’enverrai faire du sport et se brosser les dents ! Je ne sais même pas où il vit.
Je ne connais pas sa vie.
Il y a plein de gens dont j’ignore la vie, et tant mieux d’ailleurs.
Que ferais-je de tant de détails et d’états d’âme ? Il me faudrait une vie -justement- pour tout embrasser.
Il me dit, dans une baguette, c’est très bon la sardine à la tomate, on écrase et c’est prêt. La fois d’avant, il m’avait dit que le camembert, c’était très bon dans une baguette, on écrase et c’est prêt. Rien sur les haricots, du coup je lui ai pris des sardines, ça se conserve mieux. Mais je me demande s’il a du pain.
Il est midi les amis, bon appétit et lavez-vous les coudes et les mains !
