Je sors.

Cet enthousiasme est simulé. J’aimerais autant ne pas aller, ne serait-ce que cinq minutes, mettre le nez dans une salle d’attente. Mais l’orthodontie réclame un suivi. On pourrait tous vivre comme des sauvages, tignasses au vent et dents dehors ; seulement l’animal social qui est en nous préfère se plier aux normes qui sont les nôtres (c’est le moment de lancer ce gros débat : pour ou contre les cheveux blancs ?).

Partons donc. Suivons le chemin. Parcourons tes rues, Paris, les pieds à l’étroit dans nos souliers délaissés depuis tant de jours. Prenons le vent, le soleil, l’air dont on a tant vanté la pureté et le besoin. Ah air de Paris, vent de liberté, insouciance du baguenaudage retrouvé. Ô rues riches d’architectures, de divagations canines, de héros masqués. Comme vous m’avez manqué.

A part ça, sans doute à cause de l’émotion que je viens de décrire, j’ai très mal dormi. Réveillée par un cauchemar, j’ai mis longtemps avant de me rendormir, en faisant la liste de tout ce je ferais si j’étais en arrêt de travail pendant deux semaines. J’ai plein d’idées ! Mais je vais être raisonnable et liquider les affaires en cours avant de poser quelques jours de congés que la pluie viendra arroser.

Je suis assez portée sur la rime ce matin… Assez pour conclure par même à Hollywood, lavez-vous les coudes.

Roule ma poule

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Mon premier vélo parisien était passablement laid. Je l’avais acheté chez Décathlon en rentrant du travail. J’ai beaucoup roulé avec mon fils sur le siège arrière. L’hiver j’enfilais ses bras dans de grosses chaussettes en laine, pour le préserver du froid. En ce temps-là, les hivers étaient rudes (j’ai 107 ans, mais sinon ça se passe bien).

Mon vélo suivant a été l’amour de ma vie. Un vélo vintage et racé dont le réparateur disait en rigolant qu’il avait mon âge, sans trop savoir quel âge j’avais (entre 25 et 35 ans, probablement). C’est sur la place la plus polluée de Paris que le jeune et arrogant conducteur d’une camionnette de location a écrabouillé ma roue avant.
Une place encombrée, vous savez comment ça se passe: les automobilistes veulent à tout prix passer au feu rouge sous prétexte qu’ils n’ont pas pu passer quand il était vert. Toujours est-il que le petit péteux s’est à peine excusé et m’a balancé un billet de 20 en disant de l’amour de ma vie qu’il ne valait pas plus.
Le réparateur n’a pas voulu/pu le sauver… et je lui en veux encore. En contrepartie, il m’a vendu un Gitane de ville pour femme, un vélo sans âme. Il m’a dit « ça va vous changer la vie »… et en fait, non.

Mon troisième vélo dormira au chaud car il est pliant et élégant. D’ici quelques heures, lui et moi, nous ferons notre premier trajet ensemble.
L’est pas belle ma vie ?