



Sartre est-il le short de la littérature me demandais-je en dessinant cette page. Adolescente, j’avais pioché Maria de Cavanna dans la bibliothèque parentale ; vers le début du roman, il écrit « C’est con une ado, ça découvre Jean-Paul Sartre. » (je cite ma mémoire qui potentiellement flanche). Pile dans la cible, je me suis sentie affreusement vexée et j’ai refermé le livre. Bye Bye Cavanna, jamais plus je ne l’ai lu.
Si certains s’arrogent le droit de déclarer qu’une femme ne devrait plus porter de short au-delà d’un certain âge ; on peut aussi décider que certains livres ne peuvent plus être lus au-delà d’une limite qui reste à définir. « J’ai passé l’âge de lire Paul Auster. » ai-je ainsi entendu, de même Vian, Duras ou Kundera. Relire un livre vingt ans après la première lecture est une expérience étrange qui nous plonge dans la fiction de notre défunte jeunesse, sans entamer la vivacité du texte.
Avec mon short comme avec Duras, j’aurais pu vivre plusieurs vies. Sauf que je ne portais pas de short à l’époque où j’ai découvert Duras. Enfiler un short à 38 ans m’a procuré un grand sentiment de liberté. Qu’aurait bougé Duras en moi à 38 ans, si je ne l’avais lue à 13 ? Elle bouge encore, à la relecture ou à la première lecture d’un texte qui m’avait échappé. Elle bouge encore, même morte. Mais je dois avouer que je n’ouvre plus un livre de Duras avec la même fébrilité qu’autrefois. Je sais ce qui m’attend, je sais où elle gratte, je sais où elle creuse. Je connais sa musique, comment elle me fait danser.
Duras et Sartre sont-ils une piqûre de rappel ou peuvent-ils être le vaccin ? J’aimerais croiser un jeune, même un con, qui viendrait de les découvrir.