C’était bien

En novembre 1999, mon fils aîné a fêté ses deux ans, quelques jours avant, mon livre Alice dans la ville a été imprimé. Jusqu’à présent, j’ai mis au monde plus d’enfants que de livre. J’en ai écrit plus que je n’ai été enceinte. Un éditeur m’a un jour répondu qu’il n’avait pas de case où ranger mon texte, à regrets d’ailleurs (les éditeurs regrettent beaucoup, mais je regrette souvent qu’ils ne regrettent pas plus…).

De la séance de dédicace organisée dans une librairie du centre ville, je me souviens d’un monsieur qui m’avait dit en riant n’avoir jamais de sa vie lu un livre en entier. Il a acheté le mien, 80 pages de textes courts et illustrés, sans intrigue, presque sans histoire. L’a-t-il terminé ? (Guillaume Musso se pose-t-il la question ?)

Il était venu acheter le livre après avoir lu un article paru dans le journal local. J’avais été interviewée et photographiée par un vrai journaliste, dans ce monde d’avant.

Il y a mille exemplaires. Certains dorment chez des inconnus, certains ont probablement été détruits, beaucoup sont chez des amis ou dans la famille. Trois sont à la bibliothèque municipale.

La librairie et la maison d’édition ont fermé. Il me reste deux exemplaires de mon livre. Une histoire courte, presque sans histoire.

Bon mercredi amis lecteurs et lavez-vous les coudes !

Elle téléphone

« Je n’ai plus de pelloche. » Vous souvenez-vous de cette phrase, vous les plus de 20 ans ? Phrase remplacée par le poétique « Je n’ai plus de batterie. » qui signifie tellement plus que l’absence de photo. A plat je suis, lorsque je n’ai plus de batterie. Mais lorsque mon téléphone n’en a plus, je n’ai plus : 1/ de téléphone 2/ d’agenda 3/ de répertoire téléphonique (combien de numéros de téléphone connaissez-vous par coeur ?) 4/ de plan de ville/métro/bus (on s’en fout, on est confinés) 5/ de géo-localisation (on s’en fout, on est confinés) 6/ de météo (on s’en fout, on est confinés) 7/ de quantité de pas et de poids (on s’en fout, on est confinés) 8/ de nouvelles du monde (on pourrait s’en foutre) 9/ de musique (aïe) 10/ de podcasts (re-aïe).

Avec un petit coup de jus, la batterie se recharge et toutes les angoisses s’envolent. Comment faisait-on, avant le téléphone portable, pour dissiper nos angoisses ? Certains avaient un chat de race, d’autres une chaine hi-fi dont le son était très pur, d’autres encore un appareil photo aussi cher qu’une voiture et tous avaient le téléphone à cadran gris, kaki ou crème qu’on trouvait aux PTT. D’ailleurs il y avait un ministère des PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones), jusqu’en 1991 (oui, j’étais déjà née).

Tout ça pour vous dire que j’arrête les polaroids. C’est mignon, ça fait des dessins bien carrés… Mais vous savez ce que c’est : la couleur ne tient pas et c’est plein de produits chimiques.

Demain, je vous raconterai un truc de dingue.

Bonne journée les connectés et lavez-vous les coudes !

Fétiches et oripeaux

Je fais un travail sur moiUn divan de vêtementsQue garder ?Ils me portent la poisse
Les hommes...
François HollandeParapluie

Les vêtements. Vaste sujet.
Sans vêtements, je suis nue (et je ne suis pas la seule). J’ai dans mes placards des montagnes de questions, et une seule paire de bottes. Une paire de bottes qui me galbe le mollet depuis bientôt cinq ans, alors que tout le monde prétend que l’amour n’en dure que trois. Mes bottes à moi, elles me parlent d’aventure, avec leurs talons de sept centimètres, avec cette couleur indéfinie que certains nomment « taupe » par paresse intellectuelle, avec ce long zip au feulement envoûtant lorsqu’il remonte vers le genoux (et un peu dégobillant lorsqu’il descend vers la cheville).
Mes chaussures préférées ont sept centimètres de talons, c’est ma hauteur, c’est mon chiffre. C’est un bon chiffre. Je ne devrais pas conserver mes vêtements au-delà de sept ans.

J’ai un pantalon Cacharel vert (vert d’eau, précisément celui-ci : #add97e), le genre de pantalon à la coupe précise, au tombé parfait, au tissu caressant. Un pantalon dont n’importe quelle fille aurait du mal à se défaire. Je le portais au mariage de Julie… … … … Ceux qui me connaissent savent exactement ce que je mets dans cette succession de points de suspension (les autres feront preuve d’imagination). A chaque fois que je glisse mes jambes dans celles du pantalon, je repense au mariage de Julie. Cela fait trois ans à présent que je ne l’ai pas porté, et cela fera bientôt huit ans que Julie est mariée. Dans dix minutes, je l’enfourne dans le sac à donner.

Mais que faire de cette robe ? Elle est jeune encore, elle a été fabriquée en France, elle est en coton bio, elle est magnifique (bien qu’elle me fasse un tour de taille de Bidibule), elle a du style. A chaque fois que je passe ma tête dans son col, je repense au jour où je me suis retrouvée dans le bureau de Big Big Boss lorsqu’il m’a proposé cette mission pas géniale, qu’il aurait fallu accepter, mais que j’ai refusée (d’ailleurs, j’ai eu raison). Je me sentais divine dans cette robe que je portais pour la deuxième fois, mais lorsque je suis ressortie du bureau, j’étais une petite crotte.
Le pouvoir des hommes de pouvoir est fascinant.
Il est trop tôt pour me séparer de ma robe-oiseaux… mais à quoi sert de la garder ?

Nous, les femmes, nous avons vraiment des problèmes avec nos vêtements honnis ou chéris.