Chemin de traverse

Je n’ai pas besoin d’expliquer l’époque à mon fils, il l’a très bien comprise. Heureusement, parce que je serais bien embêtée si je devais décrire la panade dans laquelle nous sommes. Et bonne chance pour en sortir !

Quand j’étais ado, le discours parental était assez limpide : si tu obtiens le bac, tu passes ton permis de conduire ; si tu le rates, tu vas en pension. Le premier jalon de ta vie était posé. Déjà tu savais quoi faire de tes dix-huit premières années. Tu étais sur des rails, le paysage défilait, avec les petites vaches disposées sur l’herbe. Les petites vaches qui donnaient du bon lait riche en calcium pour être en bonne santé.

Aujourd’hui on sait que le réseau ferroviaire s’est dégradé, qu’une laiterie n’est pas une prairie verdoyante, que boire du lait n’est pas un gage de bonne santé. On sait aussi que la Vache qui rit® n’est pas un fromage et qu’il n’y aura pas forcément un examen à passer pour décrocher le bac.

Je force le trait pour le réseau ferroviaire, c’est mon côté parisienne… Avant on parlait moins de la chaleur qui dilate les rails, des feuilles mortes qui les encombrent, du froid qui freine, des grèves qui bloquent. De quoi parlait-on d’ailleurs ?! De littérature ?

Je force le trait pour ma jeunesse : je n’ai pas mon permis de conduire, malgré mon bac.

Je ne force pas le trait pour l’époque, que je ne fais qu’évoquer mais que je trouve flippante, sans doute parce que je n’ai pas le permis.

Un jour après l’autre : d’abord on va traverser la rue.

On regarde à droite, puis à gauche et encore à droite, et bien-sûr… On se lave les coudes !

Vous dormez bien ?

Il est beaucoup question de rêve et de sommeil. Nous avons ça en commun, ça et la bouffe. Tous, nous dormons, que nous travaillions ou non, que nous sortions ou non, nous mangeons, nous dormons, nous rêvons. On peut échanger sur le sujet.

Dormez-vous bien ? Faites-vous de beaux rêves ? Il paraît que vous rêvez de trains qui sont retardés ou prennent la mauvaise direction. Il paraît que vos cauchemars sont plus nombreux, plus intenses et le sommeil difficile à trouver. Vous vous décalez, comme pour changer d’hémisphère. Les matins raccourcissent, les soirées s’étirent ; il n’y a pourtant rien à faire de plus durant la nuit, qu’à gâcher l’électricité.

Je dors bien, il ne faut pas croire ce que je dessine. Lorsque j’ai l’impression de me réveiller la nuit, c’est que le matin est arrivé. Suis-je encore moi lorsque je dors ? Non. Incontestablement, nous sommes deux. Longtemps, dans la chambre de mon fils aîné a traîné cet exercice de physique « Dans mon lit, à quelle vitesse je me déplace ? ». Je n’ai jamais eu le corrigé, mais je parie qu’il n’aurait pas répondu à la question telle que je la visualise.

J’ai passé beaucoup de temps à « visualiser » les choses durant ma scolarité, avec une lenteur méditative et une perplexité qui ne m’ont pas rapporté beaucoup. Sauf maintenant. Je vais où je veux, et lorsque je dors je me déplace encore plus rapidement, le physique, la réalité, ont une importance toute relative.

Bon week-end, dormez bien et lavez-vous les coudes !