Lapsus élévateur

Je prendrais bien un petit T pour sTimuler mon cerveau plutôt que le simuler. On dit toujours « lapsus révélateur », formule magique à la Harry Potter, entonnée par des moldus qui bien souvent nous tapent sur les nerfs. Révélateur de quoi ?

Je sais : on dirait que j’aurais un cerveau, veau de mer, mercantile, tylenol… Et j’en passe. Syndrome de l’imposteur. J’adore l’idée qu’imposteur soit un nom masculin alors que le syndrome atteint majoritairement les femmes. Si on donnait un féminin à ce nom, les femmes n’auraient plus besoin de le ressentir. Et surtout, les hommes pourraient avoir le syndrome de l’impostrice (courrier ?), de l’imposeuse (lapin ?), de l’impostresse (ulcère ?) ou de l’imposeure (est-il ?). Heureusement qu’il y a l’imposture. Tout ne commence-t-il pas par une imposture ? Notre incroyable capacité à nous adapter, à être crédules la légitimera a posteriori.

En parlant d’adaptation, j’ai traversé l’hémisphère gauche de Paris pour me rendre dans le droit et j’ai pu apprécier tout au long du chemin l’effacement des publicités au profit de la communication citoyenne : on se salue sans se toucher, on garde la distance, on porte un masque… Diantre, ce sera ainsi jusqu’à la nuit des temps ? Ai-je pensé en mon cerveau encasqué. Fun. Et je vois déjà venir une aristocratie de la distance s’opposer aux populaires embrassades. On ne change pas une équipe qui gagne.

Bonne journée les embarrassés d’embrasser et lavez-vous les coudes !

J’ai fait du vélo !

Hier, je suis allée au bureau. Trente minutes de vélo à l’allée, trente minutes au retour, en comptant les escaliers. C’était comme y aller un 15 août, sauf que ça ne me viendrait pas à l’idée. Il faisait beau comme un 15 août, les magasins étaient fermés comme un 15 août, il y avait trois voitures et quelques piétons désoeuvrés comme un 15 août. Au bureau, ils étaient deux. Et l’un deux m’a dit (non sans une certaine ironie), c’est super, quand on sortira du confinement, on pourra attaquer le plan canicule. Merci Patrick !

L’idée m’avait déjà caressée, sans que j’y prenne trop de plaisir… il en sera ainsi tous les ans : pandémie, canicule, inondation. On aura des plans pour tout et on s’y pliera gentiment, rassurés de pouvoir « gérer le truc ». J’ai oublié les grèves. Et les gilets jaunes. Finalement on oublie vite.

Je digresse, je digresse, mais le pire dans tout ça, c’est que j’étais claquée hier soir ! J’ai failli m’endormir devant Pirates des Caraïbes dont je me suis aperçue avec joie que je ne m’en souvenais pas. La seule chose dont je me souvenais c’est la blancheur étincelante des dents de Keira Knightley. A l’époque, je ne l’avais pas trouvée crédible, aujourd’hui, je m’en fous. Je n’ai pas même eu une pensée pour le joli couple que formèrent Vanessa et Johnny au temps de ma jeunesse. Je me demande si je ne suis pas en train de me foutre de tout.

Après je suis allée me coucher et j’ai cauchemardé qu’on venait me réveiller. J’ai crié, et ça m’a réveillée. Non mais franchement. Il faut que je vire le scénariste, ma vie manque de peps.

Demain, c’est chasse aux oeufs de lapin dans le salon ! Je vous raconterai (mais non, rassurez-vous).

Bonne journée mes pâquerettes et lavez-vous les coudes.

Une vie de vélo

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Au moment où se publient ces lignes, chers lecteurs, je suis sur mon vélo ! D’après la météo, il fait 5°, le temps est sec et c’est tranquille.

A présent que mon vœu est comblé, qu’ai-je à espérer ? En cherchant bien, il me reste un bon gros tas de trucs que j’aimerais expérimenter, mais la plupart sont relativement hors d’atteinte. On dit que le désir est un moteur mais on dit aussi qu’il est sage de se contenter de ce qu’on a (surtout lorsqu’on n’a rien, ça aide…). Ce qui est amusant lorsqu’on atteint un but derrière lequel on a couru relativement longtemps, c’est le vide qui s’ouvre alors. Préférer l’attente à l’évènement, la douceur et le confort de cette attente, est-ce se contenter de ce qu’on a, ou est-ce attiser le désir ?

Bonne journée à tous !

Roule ma poule

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Mon premier vélo parisien était passablement laid. Je l’avais acheté chez Décathlon en rentrant du travail. J’ai beaucoup roulé avec mon fils sur le siège arrière. L’hiver j’enfilais ses bras dans de grosses chaussettes en laine, pour le préserver du froid. En ce temps-là, les hivers étaient rudes (j’ai 107 ans, mais sinon ça se passe bien).

Mon vélo suivant a été l’amour de ma vie. Un vélo vintage et racé dont le réparateur disait en rigolant qu’il avait mon âge, sans trop savoir quel âge j’avais (entre 25 et 35 ans, probablement). C’est sur la place la plus polluée de Paris que le jeune et arrogant conducteur d’une camionnette de location a écrabouillé ma roue avant.
Une place encombrée, vous savez comment ça se passe: les automobilistes veulent à tout prix passer au feu rouge sous prétexte qu’ils n’ont pas pu passer quand il était vert. Toujours est-il que le petit péteux s’est à peine excusé et m’a balancé un billet de 20 en disant de l’amour de ma vie qu’il ne valait pas plus.
Le réparateur n’a pas voulu/pu le sauver… et je lui en veux encore. En contrepartie, il m’a vendu un Gitane de ville pour femme, un vélo sans âme. Il m’a dit « ça va vous changer la vie »… et en fait, non.

Mon troisième vélo dormira au chaud car il est pliant et élégant. D’ici quelques heures, lui et moi, nous ferons notre premier trajet ensemble.
L’est pas belle ma vie ?

La pluie mode d’emploi

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Tôt ou tard, dans votre vie, il pleut. Il ne s’agit pas d’une métaphore poétique (en ce printemps des poètes), mais d’une basse réalité. Cette eau de là-haut est l’occasion de fusiller une paire de chaussures, d’attraper un mal de gorge ou d’affronter le ridicule. Voisin du coup dur, le ridicule ne vous rendra pas toujours plus fort et souvent ne vous tuera point. Une once de ridicule saupoudrée sur le quotidien vous oblige à traiter avec dédain les petites préoccupations. A défaut de ridicule, on peut aussi se forcer à manger un aliment détesté ou s’infliger une (petite) épreuve physique.

La méthode « cône de travaux » permet de mettre doublement cette théorie en pratique. Il pleut ? J’endosse mon costume orange fluo, et j’entends qu’on rit de moi derrière mon dos, je me hisse sur mon beau vélo et j’affronte la pluie drue qui me frappe au visage et mouille mes doigts et mes genoux (et le pantalon qui est autour). Car toute cône que je suis, il y a toujours un bout qui dépasse et que la pluie mouille. Mais qu’est-ce qu’un peu de mouillé dans ce monde de brut ? L’embryon d’un acte héroïque, la preuve qu’il est possible d’être mouillé sans se dissoudre.

Cet enseignement valait bien un mois d’attente… non ?

L’âge du temps

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L’avenir incertain m’a fait repousser le moment de faire réparer mon vélo. On s’habitue à l’usage exclusif du frein avant, à ne plus pouvoir passer les vitesses et à haleter au rythme du couinement de la chaine. Faisant corps avec mon vélo, je me croyais usée, éventuellement carencée. Alors c’est donc ça, vieillir : constater que les performances physiques diminuent, que le faux plat et la côte sont les nouveaux Everest, que le corps est un frein aux envies, qu’il peut entraver le mental et même l’influencer négativement. Je déplorais déjà de n’avoir pas été amie bien longtemps avec mon corps.

Parmi les critères les plus importants dans ma recherche d’emploi figurait le fait de pouvoir m’y rendre à vélo. Me convertir au métro quotidien, c’est comme emprunter volontairement le chemin de l’abattoir : c’est renoncer.

C’est le lâchage du frein avant qui m’a fortement incitée à confier mon vélo au réparateur. « C’est grave docteur ? » m’enquis-je avant de lui demander de préciser s’il était docteur en médecine ou vétérinaire. Il réfuta vétérinaire, alors que j’objectais « monture ». Après l’énoncé des soins apportés à mon piètre compagnon, et le montant associé aux réparations, j’ai rigolé que cette remise à neuf allait changer ma vie (je n’en croyais pas un mot).

Ce jour-là, j’ai eu deux fois tort : 1/ ma vie a changé, 2/ le réparateur de vélo est docteur en médecine. J’aborde le versant d’une nouvelle et « pédalante » jeunesse.

Si j’étais un homme…

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Telle Diane Tell en son temps, il m’arrive d’imaginer toutes les opportunités qui s’offriraient à moi « Si j’étais un homme ». Eh bien je peux le dire : je ne serais pas capitaine, d’ailleurs rien n’empêche une femme de l’être. En revanche, avoir un vélo de course, avec le guidon en bélier, le cadre bien droit et une vieille selle en cuir… c’est beaucoup plus amusant.

Dans « Flashdance », la fille conduisait un vélo de course (et le monsieur une voiture de course) ; mais voilà :

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C’est impossible.