Mode brouillon

Van Gogh

J’entasse les brouillons, je gribouille des dessins, j’écris quelques lignes d’un conte, parfois je termine une toile. Je lui cherche un titre, je m’autocensure. J’invente des recettes de cuisine, je ne les écris pas, même si elles sont réussies. J’improvise, j’approvisionne mon âme, je la nourris, j’observe, je crée, je lis, je dors, je vole. Le temps restant, je travaille.

Je suis sans cesse interrompue. Parce qu’il est l’heure de partir, d’arriver, d’entrer en réunion, de terminer ceci, de passer à table, de dormir, de se réveiller, de pratiquer le yoga, d’aller sous la douche, de cuire le pain, de petit-déjeuner. De micro-événements qui au bout du compte composent la vie, le temps saccadé, le tempo que je lui donne. C’est moi, quand même, qui décide. Ou alors les autres, je ne sais pas très bien.

Étonnamment, l’écriture du conte progresse. Il faut du temps, tout prend plus de temps qu’on ne le croit, même là. J’en suis au vrai moment du conte où l’héroïne sort de sa boucle itérative, le moment où le cycle se rompt, le moment où le chemin s’ouvre…

Je me pose déjà la question, comme à chaque conte que j’ai écrit : faut-il l’illustrer ? Je démarre le long dialogue avec moi-même. Tantôt le texte doit être suffisant. Il faut aller à l’os, vider la chair et ne garder que le dur. Alors l’image serait excessive. Sans compter que l’image serait un motif supplémentaire de rejet. Oui. De rejet. Porter un jugement définitif sur une image (beau/laid) qu’on explore en un clin d’œil, c’est facile. Le texte prend le temps de la lecture. Mon texte saccadé. Il faut prendre le temps de le lire avant de poser son jugement (j’aime/j’aime pas). D’un autre côté, l’image pourrait appuyer le texte, l’éclairer autrement. Donner à voir ce qui se cache dans les espaces. L’image pourrait même aller à l’encontre du texte, montrer le monde rêvé de l’héroïne, un monde à l’opposé de celui dans lequel elle évolue. Pour le lecteur, il y aurait quelque chose de trouble, un non-dit perturbant, inquiétant. Mais il pourrait y avoir un agacement. Une incompréhension.

Je ferai des essais. Il y a tellement de manières différentes d’illustrer un texte. Des manières opposées, des techniques différentes, plus ou moins appropriées. C’est le bien nommé embarras du choix. Cet embarras interrompu par un infini d’autres choix que je fais chaque jour, à commencer par celui de l’enchaînement des postures de yoga pour terminer par le sujet sur lequel je choisis de m’endormir.

Jauge

Coucou !

Je fais toujours coucou lorsque j’ai la tête en bas, mais d’habitude personne ne me regarde. Etrange abîme.

Aujourd’hui, dimanche 21 juin 2020, jour de Fête de la musique dans une queue d’épidémie. Je me souviens de la première en 1982, de l’effervescence, du climat joyeux et du parfum de liberté. La fête était improvisée, on ne savait pas encore qu’il y en aurait d’autres. Les premières années, c’était chaque fois une aventure.

Les événements se sont organisés, avec de grosses scènes sur les grandes places, mais toujours des petits courageux aux coins des rues, avec leur crin-crin timide sous le menton ou la flûte au bec. Et nous, badauds nostalgiques, fuyant la foule agglutinée au podium des grosses pointures, captant les sons mal balancés des amateurs de café.

Cette année je ne sais pas. Déjà quand ça tombe un dimanche, c’est moins festif. Il n’y aura pas a fuir les grands rassemblements. Flâner dans les rues me donnerait l’impression de me rendre au chevet d’une mourante. Cette vieille fête que d’année en année on dit moins en forme, qu’on peine à rendre joyeuse. Notre patrimoine.

Il est encore tôt. Tout est calme. Attendons les premières notes.

Bonne fête aux musiciennes et musiciens ; et lavez-vous les coudes !

Bohème bordélique

Cette métaphore yogistique pourrait évoquer le travail où il est souvent question de flexibilité, de souplesse et d’agilité. Parfois il s’agit d’un vernis qui cache une vaste incertitude, d’autres fois ce sera de la sagesse, et souvent il sera question de méthode. Que les adeptes des méthodes redescendent d’un cran, je ne vais pas en parler (l’agile déchaîne les passions).

C’est en s’ancrant qu’on parvient à onduler.

Je ne glande pas, j’ondule. Je me situe entre la méditation et le foisonnement créatif. Ensuite, et seulement ensuite, il est possible d’avoir de la flexibilité et de la rapidité (définition absolue de l’agilité). J’aime bien les gens qui vous accusent de manquer de flexibilité ou d’esprit d’équipe. Cette phrase : il/elle ne sait pas travailler en équipe. Je suis certaine que vous l’avez déjà entendue. J’adore.

Derrière tout ça se cache quand même le mythe de l’intelligence. Les intelligents sont doués d’agilité, s’ils ont été bien élevés, ils ont l’esprit d’équipe et au cran supérieur, l’esprit de compétition. Ceux qui ne savent pas faire, on les regarde de travers avec une once de pitié, et on les zappe.

Je ne sais même pas pourquoi je vous raconte ça… Alors que le monde a tant de beauté à offrir.

Bise du pied, bonne journée et lavez-vous les coudes !

Mes méditations

Je suis sur mon tapis de yoga, à placer mon corps dans ses inversions, je le tire, le plie, l’étend et j’arrive en lotus (pas la voiture, la posture). Parfait, me dis-je, je vais méditer ; mais il ne faut pas que j’y pense, me réponds-je alors. On nous a bien expliqué le principe de la méditation : faire le vide (ça me rappelle une chanson de Johnny, il fait le videuh dans sa têteuh) dans sa tête.

Je m’installe. Je vais traverser toutes les couches de temps et d’espace qui me séparent du moment de ma mort (c’est ce que je me dis à chaque fois). Je vais écarter ces couches semblables à un brouillard dense, et je regarder mon âme quitter mon corps. Je suis à peu près persuadée qu’à un niveau extrême de concentration dans le lâcher-prise, on peut traverser sa vie, arriver au bout, et revenir au présent. Alors la petite voix hurle « Hey, tu n’as pas le temps ! » et je passe aux bénédictions.

Alors non, on ne peut pas dire que je médite, j’explore.

Imaginez. Vous êtes dans un club de vacances pour quelques semaines. C’est pas mal, mais il y a du monde et quelques contraintes qui vous contrarient un peu. La piscine est souvent prise d’assaut, votre chambre est très éloignée du restaurant et malgré tout un peu bruyante. A l’usage, le lit moelleux manque de fermeté et vous dormez moins bien qu’au début de votre séjour. Sans doute la fatigue s’est-elle dissipée, mais au fond, vous êtes déçue ou déçu. Un matin, en explorant le territoire, vous découvrez un endroit désert, d’une beauté absolue, avec une chute d’eau et un bassin assez profond pour y nager. Joie. Malheureusement, vous partez demain.

Au cas où, explorez la méditation.

Bon dimanche les amis, méditez comme vous pouvez, et lavez-vous les coudes !

Vieillerie

Arrive le jour du mal de dos. Peut-on l’éviter ? Oui. Il y a foison de tutos sur internet, d’articles dans les magazines, de kinés dans les villes et même Ameli explique comment échapper au mal le plus répandu de nos contrées (avec la dépression et l’insomnie). Heureusement qu’il reste la dépression et l’insomnie pour se remonter le moral quand on a mal au dos. L’un n’empêche pas les deux autres, mais n’entrons pas dans cette spirale infernale. Stoppons le mal avant qu’il ne s’installe, ne se vautre dans tous les recoins de notre quotidien.

Quand le mal de dos se déclare, il accompagne une contrariété que je rumine, pendant qu’il irradie peinard jusqu’au jour où je retourne me coucher pour le dompter. Et je me dis : soit c’est le début de la vieillesse, soit c’est la fin de la jeunesse. Avons-nous un espace entre ces deux états (le bel âge ?) ? Que ne sommes-nous éternellement jeunes dans notre corps et mentalement matures ? Ah vie bizarre, comme tu es curieusement articulée. Avec la sérénité de l’âge, j’apprendrai à évacuer les contrariétés dès qu’elles se présentent et bannirai tous leurs maux (y compris la moutarde, c’est un jeu de mot idiot, j’adore la moutarde).

A ce moment-là vous pensez : ceinture abdominale. J’y ai pensé aussi. Je suis armée, je la recharge tous les matins comme un bon petit soldat qui lutte contre les méchants (moi aussi je suis en guerre, on a tous nos guerres, quoi qu’en dise Rambo C’est pas ma guerre alors que de fait, ça devient son combat, pauvre de lui). Mais ça ne suffit pas. Peut-être ne muscle-je pas dans le bon sens ? Possible. Je ne suis pas Véronique & Davina, je suis moi et c’est assez. Je vais reprendre un tuto abdos qui ne bousille pas le périnée avant d’aller m’asseoir sur ma petite chaise de travail sans croiser les jambes.

Bon lundi les amis, tenez-vous droits et lavez-vous les coudes !

Esprit mantra

Esprit mantra, es-tu là ? Eh non. Dommage, je suis persuadée du bénéfice du mantra sur l’esprit. Les mots répétés résonnent et bercent le corps et la tête dont les pensées sans cesse courent dans tous les sens, ou se fixent parfois sur une seule phrase, négative de préférence, venue de nulle part (ou de la radio restée allumée dans un coin de la pièce). J’aimerais bien essayer, mais je n’aimerais pas réveiller toute la maison avec mes incantations.

Intérioriser le mantra et couper le son n’étant pas une solution, je renonce temporairement et le place dans ma Caisse de retraite.

Vous n’avez pas de Caisse de retraite ? C’est là qu’il faut ranger tout ce que vous ne pouvez pas faire dans votre vie actuelle, mais qui deviendra possible lorsque vous en aurez terminé avec ce satané boulot. Certaines intentions ne peuvent pas être placées dans votre Caisse de retraite : sauter en parachute, devenir chirurgien, participer à une compétition de poney… Ce qui concerne les sports extrêmes, ça n’est pas possible. Il faut le faire avant.

Je ne médite pas non plus. Pourtant je ne risque pas de réveiller grand monde, même en y allant à fond. Tout le monde médite, de nos jours. Tout le monde « s’ancre », parce que le monde bascule.

Il faut se tenir au pinceau tandis que l’échelle disparaît. Il n’y a pas d’autre solution.

Demain, je vous parlerai de Dieu dans tout ça.

Bonne journée mes petits confinés et lavez-vous les coudes !

Ô pression

Hier l’été s’est arrêté et le Président a annoncé qu’on n’irait pas boire de bière pression avant juillet. Il l’a dit avec ses mots à lui, mais j’ai bien reçu le message. La dame sur la droite l’a dit avec ses gestes à elle, et j’ai bien reçu son message également. Le type qui transcrit ce que dit le Président l’a dit avec ses lettres et quand il a tapé « foutu » à la place de « futur », j’ai continué à recevoir le message.

Les températures ont chuté brutalement, elles ont bien reçu le message. Restez chez vous, buvez de la bière bouteille, artisanale de préférence, bio si possible, pas trop alcoolisée, sans sucre ajouté (bon sang, vous allez tout savoir de moi).

J’ai remis le chauffage (je vous ai dit que l’appartement est au nord ?), j’ai fait mon yoga sans broncher, je n’ai même pas pesté en tendant la main vers la jatte (j’adore le mot jatte) de pâte à pain qui n’était pas là, vu que j’ai oublié de faire le pain hier. Je me suis dit, tant pis. C’est moins grave que bien des choses. Tout est moins grave que bien des choses en ce moment. Je suis pépouse sur le canapé, j’ai les pieds au chaud et je m’apprête à prendre mon petit-déjeuner. Le ciel est bleu. C’est bien.

Bonne journée les bien-heureux et lavez-vous les coudes !

Elle téléphone

« Je n’ai plus de pelloche. » Vous souvenez-vous de cette phrase, vous les plus de 20 ans ? Phrase remplacée par le poétique « Je n’ai plus de batterie. » qui signifie tellement plus que l’absence de photo. A plat je suis, lorsque je n’ai plus de batterie. Mais lorsque mon téléphone n’en a plus, je n’ai plus : 1/ de téléphone 2/ d’agenda 3/ de répertoire téléphonique (combien de numéros de téléphone connaissez-vous par coeur ?) 4/ de plan de ville/métro/bus (on s’en fout, on est confinés) 5/ de géo-localisation (on s’en fout, on est confinés) 6/ de météo (on s’en fout, on est confinés) 7/ de quantité de pas et de poids (on s’en fout, on est confinés) 8/ de nouvelles du monde (on pourrait s’en foutre) 9/ de musique (aïe) 10/ de podcasts (re-aïe).

Avec un petit coup de jus, la batterie se recharge et toutes les angoisses s’envolent. Comment faisait-on, avant le téléphone portable, pour dissiper nos angoisses ? Certains avaient un chat de race, d’autres une chaine hi-fi dont le son était très pur, d’autres encore un appareil photo aussi cher qu’une voiture et tous avaient le téléphone à cadran gris, kaki ou crème qu’on trouvait aux PTT. D’ailleurs il y avait un ministère des PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones), jusqu’en 1991 (oui, j’étais déjà née).

Tout ça pour vous dire que j’arrête les polaroids. C’est mignon, ça fait des dessins bien carrés… Mais vous savez ce que c’est : la couleur ne tient pas et c’est plein de produits chimiques.

Demain, je vous raconterai un truc de dingue.

Bonne journée les connectés et lavez-vous les coudes !

Routine chérie

Comme j’aime ma petite routine de confinement ! J’aime la routine en général, elle rythme mes journées et ritualise mes semaines. Mais là, c’est le bonheur (si je pouvais remplacer le travail par la peinture, je volerais).

Je commence par me lever (on en est tous là, je suppose), à 6h. J’enfourne le pain qui a bien travaillé pendant la nuit, je bois du vinaigre de cidre dans un verre d’eau tiède et mange une cuillère de miel avec une goutte d’huile essentielle (citron, niaouli ou santal, selon mon humeur). Et je commence ma séance de yoga. Cette partie-là ne change pas. Le confinement me permet d’allonger ma séance de yoga (et mes jambes, j’en suis persuadée – l’espoir fait vivre). Il est 7h15.

Je roule mon tapis, sors le pain du four, mange un fruit et une demi-banane (la banane n’est pas un fruit mais une source de potassium) et j’allume mon petit téléphone pour écrire ici. J’écris sur mon téléphone parce que ça me pèse d’allumer mon ordi.

Sans confinement, je serais déjà sortie de la salle de bain et j’aurais fini de préparer le petit-déjeuner. J’aurais réveillé mon fils, nous aurions pris notre petit-déjeuner ensemble et nous serions allés au collège après nous être habillés en quatrième vitesse.

J’aurais pédalé jusqu’au bureau (ô joie, même les jours de pluie) pour allumer mon ordi vers 8h40. Fin de ma journée.

Bah non, pas fin… Plutôt « fin de ma vie personnelle », qui reprend en début de soirée.

Là, je retrouve ma vie personnelle à midi et à l’heure du goûter ; et parfois entre deux portes. On rigole un peu ou on boude, ça dépend et puis je retourne tapoter sur mon clavier, jusqu’à la fin de l’après-midi.

Je m’étais dit que le jour où je raconterai ma routine, j’aurai vraiment râcle le fond de mon inspiration… On y est les gars. Je me demande ce que je vais vous servir demain.

Bonne journée les amis, la bise aux malades (qui vont arrêter de l’être) et lavez-vous les coudes !

A prendre !

yoga

Vous pouvez répéter la séquence plusieurs fois.
Le yoga pour les pieds (contre toute attente) restaure les connexions neuronales, il participe donc à l’entretien de la mémoire.

J’étais persuadée avoir déjà dessiné cette séquence il y a trois ou quatre ans. Après une fouille approfondie dans les articles anciens (plus de 300, Mazette ! et après je m’étonne de n’avoir le temps de rien) il semblerait que ce soit la première fois que je vous ouvre mon yoga des pieds. J’en profite également pour vous confier mon mantra préféré « Bougez votre corps, avant d’être mort. »

A part ça, il fait beau. Vivement demain que je retourne au travail.