Retour au pays

Bagarré

J’ai déserté pendant quatorze années un territoire où je régnais seule et qui était mon pays, pas tout à fait natal, mais qui fut néanmoins le pays où grandissait la part méconnue de ce que je suis censée être. Si tant est que nous soyons amenés à nous incarner.

N’ayant pas la possibilité de peindre aussi longtemps que je l’aurais souhaité, d’avoir un lieu où poser de grands châssis, de laisser cavaler la sauvagerie qu’implique l’état de peindre, je l’avais mis de côté. Un renoncement que j’ai plutôt bien vécu, n’ayant au bout du compte ni les connaissances techniques, culturelles ou sociales pour en faire un métier. N’ayant pas envie d’en faire un moyen de subsistance qui impliquerait d’avoir un talent ou une singularité qu’il faudrait imposer aux regards. N’ayant pas, tout simplement le courage ou la confiance ou la certitude de n’être pas dévorée par la folie.

N’ayant pas. N’ayant pas. N’ayant pas. Parfois je prétendais avoir envie de m’y remettre. Mais rien ne semblait possible. Ça n’aurait pas été « comme je voulais ». Il n’y a pas grand chose qui a été comme je l’aurais voulu, mais la route est longue et je suis parvenue à m’arranger avec tout ça. Avec moi. Je suis finalement devenue assez différente de celle que je pensais être.

Pendant mes dernières vacances, j’ai ressorti deux toiles vierges qui me restaient d’avant et mes vieux tubes de peinture à l’huile. Et j’ai recommencé. Curieusement, ça n’a pas été difficile. Le geste est demeuré vivant, je retrouve cette bizarrerie qui consiste à réaliser une image qui s’impose derrière le regard, et qui surgit différente, tant elle refuse d’être aménagée par la force. Je me sens bien, je suis rentrée au pays. Quelques heures par semaine.

Vue de la cheminée, avec des peintures de toutes les époques d’avant

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