Mon problème avec Sfar

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Le problème avec Joann Sfar, c’est que pendant que vous enquillez trois réunions, il peaufine le montage d’un long métrage et publie un roman et deux carnets. Il profite de votre sommeil pour assaisonner Instagram avec cinq inédits et alors que vous prenez votre petit déjeuner, il campe devant son chevalet en rêvant à Monsieur Bonnard. Sfar dessine au lit, devant la télé, probablement aux toilettes, fréquemment dans le train ou l’avion, il dessine forcément à table et surtout pendant que je travaille, il dessine. Il y a pire comme vie, qu’être esclave de sa passion.

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Les vacances, c’est court

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Amie fille, écoute-moi bien (ou plutôt, lis-moi fissa) et enfile un short. Même (et surtout) si quelqu’un t’a dit que tu n’avais pas le physique qui sied au concept. Résiste et porte un short. Tu découvriras le bonheur d’avoir les gambettes à l’air. Pourquoi certains vêtements devraient-ils être réservés à l’usage exclusif des filles sublimes ? Interdit-on aux idiots, aux bègues, aux sourds, aux zozoteurs de prendre la parole ? Bé non.

Tu te visualises comme un boudin ? Prétends être sublime, jusqu’à ce que tu le deviennes (le siège du corps est dans la tête, tout le monde le sait). La vie est courte, porte un short.

Dès que tu dévoiles ton corps, les hommes t’embêtent ? Attends d’avoir passé 25 ans pour te mettre en short. Une étude a démontré que les hommes cessent de regarder les femmes qui ont atteint cette limite. Sois libre, porte un short.

Quant à toi, ami garçon, écoute-moi bien : garde ton bermuda ou ton pantacourt. C’est injuste et anti paritaire, mais il faudra t’y faire.

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Empilement de trucs

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J’ai toujours sous le coude deux ou trois choses en souffrance. C’est mon côté sadomaso : mes trucs et moi, on se fait souffrir mutuellement. Dans la mesure où la vie est relativement bien faite, c’est toujours moi qui trinque, au final. A moins qu’il ne s’agisse de mon côté rebelle : dans ce carcan mesuré du quotidien, laisser quelques tâches à l’abandon revient à créer un espace de liberté. S’obstiner à ne pas faire, c’est tirer par le cheveu un raisonnement jusqu’à ce que le bulbe pope.

Ceci étant dit, comparé à tout ce qui est fait, la liste des trucs non faits est assez modeste.

Hey ! C’est cool le caca ;-)

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Trop cool mon caca ! En deux ans d’activité, il est l’article qui a récolté le plus de visites.
Bravo à vous, chers lecteurs, je sais combien cette information vous touche, tant elle révèle votre désir d’un monde meilleur et votre appétence pour les vies exemplaires (mais qui voudrait d’une vie parfaite, hein ?).
A la découverte de ce titre accrocheur, vous avez pensé « Enfin ! du sang, de la chique et du mollard ! », comme on le scandait si fort dans la cour de récré à l’aube de nos neufs ans (surtout les garçons, si je puis me permettre).
Si vous souhaitez revivre le moment Ken Loach de ma vie, il est ici.
235 articles auparavant, il y a eu le tout premier : Révélation. En ce temps-là, je photographiais mes dessins, j’avais une coiffure de merde et mauvaise mine.
Je vous ai présenté les 20 centimètres de Mon homme, et je vous ai même expliqué ce que j’en ferais, si j’étais un homme.
Ensuite, je me suis essayée à la chanson dessinée, et là ce fut Waterloo (water l’eau, pour les fans de pléonasme).
Un soir, alors que je gribouillais dans mon carnet de croquis, Cornette est arrivée avec ses cornes et sa culotte. Moi le renard est en 35 épisodes à l’encre de chine.
Ensuite j’ai adapté un texte que j’avais écrit il y a plusieurs années, Je (re)viens de loin… et je n’ai pas fini ! Il me reste quelques planches non publiées sous le coude… ça s’en va, on ne sait jamais quand ça revient.
A ma grande surprise, après sept mois à personnalités multiples, je suis revenue avec mes joues rouges. Un peu plus tard, je découvre la couleur, le scanner et François Hollande (dans le même article).
J’aurais aussi, au cours de ces deux années formidables passées en votre compagnie, créé un royaume (la Papucherie) et réalisé une vidéo. Et pendant tout ce temps, merci, vous m’avez suivie…

Alors qu’est-ce qu’on dit ?

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Mai, s’il te plait

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Si on m’avait demandé mon avis, j’aurais choisi le 1er mai comme jour de Nouvel An. Plutôt que de créer cet embouteillage de fêtes en décembre, j’aurais élu ce premier jour du mois au nom le plus court (3 lettres, un bonheur !). C’est l’un des rares jours fériés à être pire qu’un dimanche, surtout cette année.
J’aurais pris mai, parce que c’est le mois qui nous enjoint à faire ce qu’il nous plaît. J’aurais pris mai, mais j’aurais été aussi maline que Pâques et l’Ascension, j’aurais dit “Le Nouvel An survient le premier mardi du mois de mai“, mais j’aurais laissé le début de l’année au 1er janvier : c’est seulement la fête qui serait fêtée au 1er mai. J’aurais pris mai, parce que les jours sont longs, la lumière est douce et le muguet cloche. J’aurais pris mai, qui l’aurait mal pris, mais mai est tout de même un mois plus clément que décembre, qui souvent sonne “des cendres”. Mai est un mois qui objecte, séduit et s’indigne. Mai est un bon mois pour changer.

Parité bien ordonnée

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Contrairement aux apparences, les femmes ne sont pas les seules à s’habiller. Chacun donne librement son avis sur ce qu’il est acceptable de montrer ou de dissimuler d’une femme, selon son âge et sa condition. Du vêtement de l’homme, il n’est jamais question. Ont-ils le droit de sortir en débardeur ? De glisser une tongue entre leurs orteils ? De laisser apparaître le bas de leur dos lorsqu’ils se jettent à nos pieds ?

Arrêter, reprendre.

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Je me résous. Le verbe se résoudre signifie consentir, se transformer, ou aboutir à un résultat. Résoudre, seul, c’est aussi trouver une solution. Une résolution est une bonne façon de changer. A ceux que la vie comble, la privation est une distraction sans égale. C’est un luxe de nantis qui est aussi un moyen de reprendre du pouvoir sur sa vie. Ne sommes-nous pas « volonté » avant d’être comblés ?

Souvent, j’arrête.

 

 

 

 

 

(je sais, elle était facile)

 

 

Allô-delà, tu es une star !

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Paulina Wurst n’est pas très connue, ce qui est une bénédiction lorsqu’on voit la fréquence à laquelle les stars tombent (vous aviez oublié l’émission de Laurent Boyer ? Voici votre mémoire rafraîchie… ne me remerciez pas).

Paulina Wurst, en tant qu’artiste féminine à barbe, était en affinité avec Prince, artiste aux traits féminins, qui savait se mettre au niveau des femmes ordinaires (lui qui n’arrivait qu’aux seins des top). L’aisselle d’une top, la tête d’une naine, la fesse d’une géante, l’épaule d’une égale… ne sont que des points de vue. Pourtant, Prince les choisissait petites, les femmes qu’il hissait sur scène à ses côtés. C’est d’ailleurs tout ce que je peux vous dire de lui, car je n’ai jamais été à l’écoute de son talent, fut-il immense.

Paulina Wurst, artiste méconnue, a toujours choisi des hommes pileux, ce qui d’une certaine façon la rapproche de Prince. Qui se ressemble s’assemble, dit-on, c’est pourquoi j’ai tant de paires de chaussures.

Pour ceux qui l’ignorent, « wurst » signifie « saucisse » en allemand.

 

Y a-t-il un âge pour lire Sartre ?

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Sartre est-il le short de la littérature me demandais-je en dessinant cette page. Adolescente, j’avais pioché Maria de Cavanna dans la bibliothèque parentale ; vers le début du roman, il écrit « C’est con une ado, ça découvre Jean-Paul Sartre. » (je cite ma mémoire qui potentiellement flanche). Pile dans la cible, je me suis sentie affreusement vexée et j’ai refermé le livre. Bye Bye Cavanna, jamais plus je ne l’ai lu.

Si certains s’arrogent le droit de déclarer qu’une femme ne devrait plus porter de short au-delà d’un certain âge ; on peut aussi décider que certains livres ne peuvent plus être lus au-delà d’une limite qui reste à définir. « J’ai passé l’âge de lire Paul Auster. » ai-je ainsi entendu, de même Vian, Duras ou Kundera. Relire un livre vingt ans après la première lecture est une expérience étrange qui nous plonge dans la fiction de notre défunte jeunesse, sans entamer la vivacité du texte.

Avec mon short comme avec Duras, j’aurais pu vivre plusieurs vies. Sauf que je ne portais pas de short à l’époque où j’ai découvert Duras. Enfiler un short à 38 ans m’a procuré un grand sentiment de liberté. Qu’aurait bougé Duras en moi à 38 ans, si je ne l’avais lue à 13 ? Elle bouge encore, à la relecture ou à la première lecture d’un texte qui m’avait échappé. Elle bouge encore, même morte. Mais je dois avouer que je n’ouvre plus un livre de Duras avec la même fébrilité qu’autrefois. Je sais ce qui m’attend, je sais où elle gratte, je sais où elle creuse. Je connais sa musique, comment elle me fait danser.

Duras et Sartre sont-ils une piqûre de rappel ou peuvent-ils être le vaccin ? J’aimerais croiser un jeune, même un con, qui viendrait de les découvrir.