Auteur : Pauline BUZY
Le propre de l’homme
Une longue absence, une présence inexpliquée
Tant pis pour l’odeur
L’homme au masque de renard revient, les bras chargés de victuailles. Il est assez fier de lui, il espère émerveiller la jeune femme. Lorsqu’il s’aperçoit qu’elle est partie, il s’assied lourdement sur le bord du lit, prend sa tête entre ses mains et se lamente pour le plaisir. Il n’a aucun doute sur l’avenir, il goûte avec délice cet instant de chagrin.
Il se contemple un instant dans les yeux morts du poisson avant de le glisser sous les draps. Il part à la recherche de la jeune femme. Tant pis pour l’odeur.
Chez soi

C’est l’histoire d’une femme qui pose les deux pieds sur le sol après avoir échappé à la mort. Elle tient debout, stable, en équilibre parfait. Elle part comme le renard lui a appris à le faire : sans laisser d’explication. Elle quitte la maison enterrée et traverse la forêt. Les feuilles caressent son visage, c’est une belle journée.
Chez elle, la porte est grande ouverte, telle qu’elle l’a laissée en partant. C’est intimidant, cette maison offerte à tous ; elle n’est plus vraiment chez elle. Qui sait ce qu’elle va y trouver ?
Eau vive

C’est l’histoire d’un homme qui porte un masque de renard et refuse de montrer son visage à la jeune fille qu’il a sauvé. Il préfère s’occuper du déjeuner. Il tire de l’eau vive un poisson furieux d’avoir perdu. Pendant ce temps, la jeune fille s’ennuie. C’est certain, ça ne pourra pas durer éternellement.
Le chemin du coeur

L’homme au masque de renard mange son petit-déjeuner, seul comme prévu. La solitude le dérange moins que l’occupation de son lit. Parfois il tourne la tête et regarde la femme qui dort derrière lui. Il observe sur sa peau le chemin que parcourt l’infime goutte de venin jusqu’au coeur ; et le temps qui passe.
La femme est bleue comme un ciel un peu sale. Elle se tourne sur le dos, la bouche entrouverte laisse passer le souffle d’une respiration qui a séjourné trop longtemps au fond des poumons. Mais quand même elle revient, elle revit.
Lorsqu’elle ouvre les yeux, elle voit le renard.
La grenaille

C’est l’histoire d’un homme qui rentre chez lui au petit matin, après avoir passé la nuit dans la forêt. Sa maison est creusée dans le sol, à l’abri du vent et du soleil. Il descend l’escalier de terre en portant sur ses épaules une jeune fille lourde comme deux chevreuils. Il la laisse glisser de ses bras jusqu’au lit, il pense à une poupée de chiffon dont le corps serait bourré de grenaille de plomb, alors que le chevreuil mort est raide comme du bois, mais tellement doux.
Elle est empoisonnée, elle se réveillera lorsque son sang aura gagné la guerre contre le venin. Il suffit d’attendre.
La patience est une amie fidèle pour l’homme au masque de renard, mais son ventre est un maître. Il a très faim. Il prépare le petit-déjeuner. Il mangera seul, cette fois encore.
Dense et légère




C’est l’histoire d’un homme qui porte un masque, un masque de renard. Il trouve une jeune fille étendue sur le sol, inanimée. En vérité, il la suit depuis le début de la nuit, il sait qu’elle a été mordue par le serpent. Il pose ses lèvres sur la morsure, aspire sur l’empreinte des crocs. Le goût du venin, mêlé au goût du sang et au parfum de sa peau : il ne sait pas les dissocier, il recrache tout. Il la hisse sur ses épaules sans qu’elle ne se réveille. Elle est à la fois lourde et légère, dense et souple ; lui est très grand et fort, à moins qu’il soit seulement courageux. Ils partent au loin.
Vous êtes nombreux (!) à ne pas comprendre ce défilé d’animaux depuis quelques jours… mais à votre avis, pourquoi le renard ne voulait-il pas sortir ??? Parce que la forêt est remplie de bêtes !
Bonne journée lapins des bois !
Blanche Neige au jardin d’Eden
C’est l’histoire d’une fille dont le renard a disparu. Elle le cherche dans la forêt, elle crie son nom « Seigneur ! Seigneur ! ». Ses cris dérangent le noir corbeau, mais le Seigneur ne se montre pas. Le corbeau la poursuit, de son bec pointu veut lui crever les yeux. Effrayée elle se cache sous un arbre.
Un serpent fraie un chemin entre les feuilles humides. Peut-être, telle la pomme, est-il tombé de l’arbre ? La jeune fille l’attrape et tente de le remettre sur la branche basse du grand arbre tordu. Mais le serpent la mord et la jeune fille tombe, inanimée.
J’espère que vous comprenez le sens du titre… Oh, et puis rassurez-vous mes lapins : la jeune fille n’est pas morte !
Demain, j’arrête la nuit qui est trop longue à dessiner.



















