Auteur : Pauline BUZY
Trop cool mon caca !
Cette semaine, j’ai prôné l’usage de parole. Aujourd’hui, je vous encourage à user d’un champ lexical inapproprié en toutes circonstances. Avec #TropCoolMonCaca, l’anicroche devient fastoche, la tuile est aux amandes et l’amende honorable. Depuis que nous utilisons abondamment cette expression, plus rien n’est vraiment grave et on s’amuse beaucoup… à vous de jouer !
Dites-moi…
Vous doutiez-vous que j’avais des jambes ? Bien sûr, vous ne doutez de rien… Pourtant rien n’est moins gagné qu’un détail considéré comme acquis chez l’autre. Nous sommes nombreux à « partir du principe que… » et fréquemment – gentils bonobos que nous sommes – ce principe, c’est nous ; alors qu’il n’y a pas plus différents de nous que nos semblables.
L’amoureux frais n’enchainerait pas les « moi aussi » émerveillés à l’énumération des marottes de son chéri, s’il parlait tous les jours avec des individus ayant les mêmes goûts que lui (leur parle-t-il, d’ailleurs ?). Mais l’amour est une catégorie à part, on ne peut pas théoriser avec l’amour.
Avec le travail, en revanche, on peut théoriser ! Voici deux phrases que j’ai souvent entendues en entreprise :
1) « Je ne suis pas dans ta tête ! » Réponse de l’Ingénieur développeur auquel il a été demandé de réaliser un Super Truc Pas Décrit Du Tout qui va sauver la boîte,
2) « C’était évident ! » Affirmation du directeur, horrifié par le résultat.
Je tiens à souligner souvent, car je les ai vraiment souvent entendues, ces deux phrases…
J’ignore comment pense mon voisin, quels croisements emprunte la logique de son cerveau, quelles images lui évoquent les mots… En termes de connaissance, il n’y a que dans l’ignorance que nous sommes égaux. Mon voisin et moi, pourrions nous entendre, avec des paroles.
Je me souviens de cette publicité antique « Dites-le avec des fleurs », contre laquelle je m’inscris en faux : Non, ne le dites pas avec des fleurs, dites-le avec des mots ! Une fleur ne dit rien, et fane, et plie, et pourrit (je n’aime pas les fleurs, tous mes amis le savent). Alors qu’une phrase, même simple, même ponctuée d’hésitations, même trébuchante… c’est tellement plus précieux. Une phrase, c’est comme un paquet de bonbons : se la remémorer, c’est piocher dans le paquet une friandise sucrée et la glisser entre ses lèvres.
Dites-le, même lorsque ça vous semble évident. Dites : j’ai faim, j’ai des jambes, je suis hyper fort en maths, je chante bien, je suis calé en économie, je n’aime pas le boudin, j’ai une mémoire fabuleuse, j’ai mal aux pieds, je n’ai pas compris, je n’ai pas entendu, je dois partir tôt, je parle couramment cinq langues, je dessine, je sais faire la roue, je tricote des pulls, je fais dix grilles de sudoku par jour, je cuisine divinement, je regarde le foot, je n’ai jamais pris l’avion…
(et demain, je parlerai du mensonge… non, je rigole !)
Ah, si j’étais riche !
Comme tout le monde (pas vous ?) je me demande souvent ce que je ferais de mon argent si j’en avais beaucoup.
En premier lieu, il convient de définir « beaucoup » : combien d’euros pour être un heureux, un héros, un huppé ? Ma réponse varie, car joyeusement femme varie.
Les jours de grand vent, lorsque je suis dynamique, jeune encore et pleine de désirs, riche rime avec plusieurs millions, car j’ai de l’ambition. Les jours de lait caillé, j’en voudrais moins car je ne saurais quoi en faire : une petite sieste sous un duvet de plumes, un rayon de soleil caressant ma joue, et basta !
Avec beaucoup d’argent, il convient de garder les pieds sur terre. Les pieds. Les chaussures. Chaussez-moi. Encore ? Me direz-vous. Oui, encore. Toujours. Mille chaussures à mes pieds, je n’en voudrais pas, car pour en jouir, il faut les porter. A partir de combien est-ce assez ? Est-ce déjà trop quand c’est assez ? La réponse est oui. Savourez une tablette de chocolat, quart de carré par quart de carré jusqu’à la nausée et vous comprendrez. Le plaisir est présent à chaque quart, mais il arrive trop tard l’instant du déplaisir, car il vient après le dégoût. Le plaisir est un enfant qu’il ne faut pas trop gâter.
Depuis que j’ai réalisé qu’avec beaucoup d’argent, je n’achèterai pas beaucoup de chaussures, je n’ai plus envie d’être riche.
Hé oui, votre enfant grandit…



L’habit ne fait pas le moine et la taille ne compte pas… Ô combien ces affirmations sont fausses !
Depuis que mon aîné (mon fils, il fait médecine) m’a dépassée en taille, je me sens… dépassée. Il a fallu que ce jour arrive pour que je comprenne viscéralement le sens de ce mot. Au début, j’ai nié. Ensuite, j’ai enfilé des escarpins à talons de sept centimètres avant de lui adresser la parole. Enfin, j’ai capitulé. Oui, il est plus grand que moi, comme la plupart des gens que je côtoie, et ça n’est pas près de s’arrêter, puisque le petit fera pareil quand il sera grand. Allez-y tous, grandissez ! Dépassez-moi, puisque ça vous amuse ! Je vais rester là, toute petite, à me cailler en bas (puisque la chaleur monte).
C’est difficile d’être la maman d’un enfant qui peut regarder par dessus ma tête quand je lui parle. Les grandes personnes ont de l’ascendant sur les petites. Certaines, dotées d’une très haute taille, construisent des carrières qui n’auraient pas été évidentes avec vingt centimètres de moins. Prenez un double décimètre entre vos mains, et regardez : c’est ridicule, vingt centimètres ! On les franchit en un pas, les vingt centimètres. C’est moins qu’une demi-baguette de pain, moins que la hauteur de mon écran… et pourtant : c’est ce qui me sépare d’une carrière de top model. Vingt centimètres + des heures de sport + quelques régimes + des produits coiffants + trente ans de moins, pour être honnête.
Je me sens petite face à mon « jeune adulte ». Mais heureusement, il sera bientôt d’accord pour que je le surnomme « mon bébé », parce que quand on devient « adulte », on gagne en empathie.
Mon fils fait médecine
Mon fils fait médecine (poils aux enzymes) !
Imaginez ma fierté de mère, bien que je n’y sois pour rien. Déjà lorsqu’il s’est mis debout tout seul, je ne pouvais plus me contenir, quand il a interprété cet incroyable rôle du Mistral (oui, le vent) dans le spectacle de fin d’année en CM2, j’étais émue jusqu’au bout des doigts et lorsqu’il a décroché sa ceinture bleue de Kung-fu, j’en avais les larmes aux yeux. Je vais néanmoins attendre qu’il passe en deuxième année pour me faire un t-shirt « Mon fils fait médecine ».
Maintenant, mon fils, si tu lis cet article : arrête tout de suite, ne perds pas de temps, retourne à tes livres. D’ailleurs, le temps est désormais un luxe pour toi. Inutile de lire les programmes de ciné, d’acheter des BD, d’ouvrir ta Game Boy, de te cuire un bloc de tofu ou d’émincer un concombre : c’est fini.
C’est un peu dur, non ?
Ce qu’il te faut vraiment faire, c’est partir en quête de la vraie Médecine, celle qui soulage tous les maux et construit le plus beau chemin de la vie : l’Amour. Oui, l’Amour.
Va, mon fils, à la rencontre de ton âme sœur, cette femme d’exception, brillante et ambitieuse. Cette femme qui deviendra une célèbre chirurgienne, qui sauvera des vies, qui se hissera au sommet de son art et qui gagnera un max de pognon. Ainsi pourras-tu te consacrer au Kung-fu et lui mitonner de délicieux dîners. Prends ton temps, je ne suis pas pressée.
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Joies insomniaques





Souvent je ne dors pas, je ne dors pas de plein de manières différentes. Le sommeil ne vient pas, même si je suis épuisée ; le sommeil me quitte au beau milieu de la nuit, ou une heure avant la sonnerie du réveil. Trop tard, trop tôt… et parfois au réveil, j’ai l’impression d’avoir seulement affleuré le sommeil. Heureusement, je ne suis pas la seule ! La France est remplie d’insomniaques.
J’adore dormir, pourtant. J’en ai besoin, en plus. Sinon, je suis d’humeur pourrie, l’hyperacousie me fait froncer les sourcils, j’ai tout le temps faim, mal au dos et la vue trouble (ceci dit, j’ai tout le temps faim, même après une bonne nuit).
L’insomniaque est à traiter comme un grand bébé sportif de haut niveau : pas d’écran le soir, le régaler d’un dîner sans sucre (c’est à dire sans alcool), sans chocolat et sans protéines animales, éloigner du lit ondes et lumière, régler une température idéale (ni trop élevée ni trop basse) ; et dès l’après-midi supprimez-lui les excitants (y compris son chef). A saupoudrer d’activité physique, afin que le corps se souvienne de ses principales fonctions.
J’ai pensé au couvent, pour faire plus simple.
Comment j’ai cessé de peindre
Pendant vingt ans, j’ai peint. A une période de ma vie où je vivais seule, je me tenais devant mon chevalet durant six heures, chaque nuit, jusque tôt le matin. La journée, je travaillais ; le week-end je dormais. Durant les périodes où je ne vivais pas seule, je peignais moins. Peindre exige de la solitude et du temps. Au début, je peignais à la gouache, sur du bois, du carton ou du papier journal, j’ai ensuite collé des rectangles en tissu sur des grands panneaux que je fabriquais avec des feuilles de papier journal encollées, sur ces rectangles, je peignais à l’huile. Plus tard, j’ai utilisé des toiles du commerce et de l’huile, toujours. Peindre exige de la solitude, un temps ininterrompu et un minimum d’espace. J’aimais être absorbée par le geste, j’aimais m’extraire du monde et devenir le prolongement du pinceau. Après la naissance de mon fils ainé, je peignais encore beaucoup. Je m’installais dans la cuisine, assise par terre, entre le lave-linge et la porte, la toile posée contre le mur. J’aimais ce moment où dès le réveil, je découvrais à la lumière du jour ce que j’avais peint la veille. Je regardais ce qu’il fallait reprendre, accentuer, modifier. Le soir, j’y revenais. Il fallait toujours y revenir, jusqu’à obtenir l’image que je voulais atteindre et que j’avais en moi (« en moi » n’est pas exactement la tête). Je préférais y revenir plutôt que sortir, ou passer du temps avec d’autres. J’ai très peu peint à la lumière du jour. La nuit est propice à l’absorption, à ce moment où le corps est entièrement compris dans le seul geste de peindre. Je fabriquais du silence avec de la musique, j’avais un monde qui tenait dans un mètre carré.
J’accrochais mes toiles aux murs pour qu’elles sèchent et pour les regarder et imaginer les suivantes. J’aimais que mes amis les découvrent, qu’ils disent « C’est nouveau, ça ! ». Aujourd’hui dans mon salon, je compte quinze toiles accrochées. Certaines sont empilées contre des murs, entre deux étagères, d’autres sont ailleurs, déposées chez des amis, prêtées, données, vendues. Tant que je peignais, il m’a été possible de m’en défaire, avec beaucoup de légèreté.
La dernière fois que j’ai peint à l’huile, sur une toile, j’étais enceinte de mon deuxième enfant. J’espérais y puiser de la douceur, mais là, il n’y en avait pas, il y avait de la fatigue. La toile est inachevée.


Youpi, c’est la rentrée !
L’école.
Je suis fan du concept : accéder à la connaissance, apprendre à vivre avec les autres, s’ouvrir au monde…
Dans la réalité, j’ai toujours détesté. Les petits matins frileux, la boule de larmes dans la gorge, l’ennui et la peur d’être prise en flagrant délit… Oouups ! Il me semble avoir rédigé le même article l’an dernier.
Il est temps d’inventer un programme capable d’écrire tout seul l’article « Youpi c’est la rentrée ! ».
Rentrée. Penchons-nous sur ce mot douteux, dont le sens est à l’opposé de ce qu’il concrétise. Contrairement à une rentrée d’argent, qui arrive dans votre poche (ou sur votre compte bancaire, extension moderne du portefeuille, lui-même extension ancienne de la poche.), la rentrée renfloue les établissements scolaires et vide votre foyer. C’est pourquoi il ne faut jamais dire « Rentrée (tout court) », mais bel et bien « Rentrée des classes ». Soyons précis, car rentrée est un homonyme !
Le Tu es bien rentrée ? demandé au téléphone pour vérifier que votre femme est à la maison n’a rien à voir avec le Tu es bien rentrée ? demandé à votre fille pour s’assurer qu’elle est arrivée à l’heure.
Mon ami Larousse m’explique que « rentrée : c’est l’action de rentrer quelque chose dans un local, à l’abri. »
En clair, à partir du premier septembre, l’école devient l’abri, la maison devient le en-dehors et la rue le dehors.
Je suis possiblement jalouse de l’école qui verra mon fils plus que moi cette année. L’aveu n’est-il pas le premier pas vers la guérison ?
Fétiches et oripeaux
Les vêtements. Vaste sujet.
Sans vêtements, je suis nue (et je ne suis pas la seule). J’ai dans mes placards des montagnes de questions, et une seule paire de bottes. Une paire de bottes qui me galbe le mollet depuis bientôt cinq ans, alors que tout le monde prétend que l’amour n’en dure que trois. Mes bottes à moi, elles me parlent d’aventure, avec leurs talons de sept centimètres, avec cette couleur indéfinie que certains nomment « taupe » par paresse intellectuelle, avec ce long zip au feulement envoûtant lorsqu’il remonte vers le genoux (et un peu dégobillant lorsqu’il descend vers la cheville).
Mes chaussures préférées ont sept centimètres de talons, c’est ma hauteur, c’est mon chiffre. C’est un bon chiffre. Je ne devrais pas conserver mes vêtements au-delà de sept ans.
J’ai un pantalon Cacharel vert (vert d’eau, précisément celui-ci : #add97e), le genre de pantalon à la coupe précise, au tombé parfait, au tissu caressant. Un pantalon dont n’importe quelle fille aurait du mal à se défaire. Je le portais au mariage de Julie… … … … Ceux qui me connaissent savent exactement ce que je mets dans cette succession de points de suspension (les autres feront preuve d’imagination). A chaque fois que je glisse mes jambes dans celles du pantalon, je repense au mariage de Julie. Cela fait trois ans à présent que je ne l’ai pas porté, et cela fera bientôt huit ans que Julie est mariée. Dans dix minutes, je l’enfourne dans le sac à donner.
Mais que faire de cette robe ? Elle est jeune encore, elle a été fabriquée en France, elle est en coton bio, elle est magnifique (bien qu’elle me fasse un tour de taille de Bidibule), elle a du style. A chaque fois que je passe ma tête dans son col, je repense au jour où je me suis retrouvée dans le bureau de Big Big Boss lorsqu’il m’a proposé cette mission pas géniale, qu’il aurait fallu accepter, mais que j’ai refusée (d’ailleurs, j’ai eu raison). Je me sentais divine dans cette robe que je portais pour la deuxième fois, mais lorsque je suis ressortie du bureau, j’étais une petite crotte.
Le pouvoir des hommes de pouvoir est fascinant.
Il est trop tôt pour me séparer de ma robe-oiseaux… mais à quoi sert de la garder ?
Nous, les femmes, nous avons vraiment des problèmes avec nos vêtements honnis ou chéris.




















